Politique

Deux fois plus de manifestant que le 9 mars

1,2 millions de manifestants ce 31 mars. Battre Hollande et sa Loi Travail, c’est possible !

Publié le 31 mars 2016

Le 31 mars a vu, comme pressenti, une mobilisation massive des salariés, étudiants et lycéens. Dans toute la France, ce sont, selon la CGT et FO, 1,2 millions de manifestants qui ont exigé le retrait total de la loi Travail. La pluie, alliée au gouvernement, et les tentatives de démobilisation des lycéens et des travailleurs n’y ont rien fait. La détermination des manifestants est restée intacte, malgré la forte répression policière. Des grèves dans le public, comme le privé ont perturbé les transports mais aussi la production. Mais pour que ce « tous ensemble » de nouveau réussi, dans la rue, fasse reculer définitivement ce gouvernement, déjà très affaibli, les pseudo-nouvelles journées de mobilisation annoncées ne suffiront pas sans des grèves reconductibles, seules à même de pouvoir construire un rapport de force et battre en brèche ce gouvernement au service du MEDEF.

Damien Bernard

Rien n’y a fait. Ni les fermetures administratives d’une vingtaine de lycées parisiens par certains proviseurs, malgré un communiqué pour la forme du gouvernement, ni les lock-out patronaux sur certains lieux de travail, notamment à PSA Poissy, ni la forte répression des étudiants, lycéens et salariés, durant ces derniers jours de mobilisation contre la loi Travail, rien de tout cela n’a réussi à démobiliser les manifestants. A Paris, 160.000 personnes ont manifesté. Le cortège s’est élancé de la place d’Italie, en début d’après-midi, sous une pluie battante, avec à sa tête, Philippe Martinez (CGT), Bernadette Groison (FSU), Jean-Claude Mailly (FO) et William Martinet (Unef). En Normandie, ce sont 50 000 manifestants, qui ont battu le pavé, alors que le Havre et Rouen étaient bloqués. A Lyon et à Rennes, 30 000 manifestants pour exiger le retrait de la loi Travail, malgré la répression. A Toulouse, c’est une mobilisation historique, 100 000 personnes défilaient dans les rues. A Bordeaux, ils étaient 30 000 selon les organisateurs. A Marseille, les syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires pour les salariés, UNEF, UNL et Fidl pour les étudiants et lycéens, ont revendiqué 120 000 manifestants.

Malgré la répression et les manœuvres, de nouveaux lycées se mobilisent

Sur le front de la jeunesse, les lycéens ont, une fois, de plus ouvert le bal. En Ile-de-France, malgré les lock-out, ce sont au minimum une cinquantaine d’établissements qui ont été bloqués, partiellement ou totalement, dès le matin. A Paris, de nouveaux lycées sont entrés dans la bagarre comme à Charlemagne ou Henri-IV, bloqués par les lycéens, signe que la mobilisation se massifie et prend, y compris, dans les lycées où se forment les futurs cadres précaires de demain.

Après la répression brutale du lycéen de 15 ans de Bergson, et malgré le placement en garde-à-vue du flic agresseur, destiné à faire baisser la pression, la mobilisation du côté de la banlieue et des lycées populaires, est restée tendue avec une forte présence policière, qui, pourtant n’a pas empêcher de nouveaux lycées d’entrer dans la mobilisation, comme à Pantin ou encore Noisy-le-sec. « On voit apparaître de nouvelles mobilisations dans des villes de province et de région parisienne. », se félicite une porte-parole de la FIDL.

Dans toute la France, ce sont près de 250 établissements qui ont été bloqués, partiellement ou entièrement, selon les syndicats lycéens. En province, les lycéens se sont aussi fortement mobilisés, notamment à Caen, avec le blocage du principal établissement de la région, le Lycée François de Malherbe. A Nantes, neuf lycées étaient bloqués dès ce matin. La mobilisation se massifie, la répression elle aussi ne baisse pas, même si, les forces de police ont surement reçu l’ordre de ne pas réitérer un nouveau « Bergson ».

Dans les universités, les étudiants bloquent et manifestent

Dans les universités, c’est la quatrième échéance nationale de mobilisation depuis le 9 mars, avec, par la suite, les 17 et du 24 mars, pour faire le pont avec le 31 mars, seule date de mobilisation fixée aux calendes grecques par les directions syndicales « contestataires », CGT et FO. Le plus souvent placés en tête de cortège, en compagnie des lycéens, notamment à Paris, les étudiants restent fortement mobilisés, les cortèges les plus fournis étant, comme lors des journées de manifestations précédentes, ceux des étudiants des universités de Paris-VIII, qui ont participé à l’interpro de Saint-Denis avant de partir en manifestation et ceux de Paris-I-Tolbiac, où s’est tenu mercredi un meeting de convergence réussi avec Lordon, les Goodyear et les cheminots.

Pour préparer ce 31 mars, les étudiants ont bloqués de nouveau plusieurs universités, comme Paris 8, Rennes 2, ou encore certains IEP (Institut d’études politiques) de région, et à Toulouse, où toutes les entrées de l’université du Mirail ont été bloquées. C’est au total une dizaine de facs qui ont été bloqués d’après l’Unef. Lyon 2, qui avait été fermée administrativement par la présidence de l’université lors de la mobilisation du 17 mars, a été cette fois-ci, été bloquée par les étudiants sur son campus "Berges du Rhône". A Limoges en revanche, la présidente a décidé de fermer la fac de lettres et sciences humaines, en raison du blocage opéré par les étudiants mobilisés. A Poitiers, le rapport de force imposé par les étudiants, a vu le conseil d’administration voter « la suspension du contrôle d’assiduité pendant toute la durée de la mobilisation ».

Le mouvement ouvrier, en grève, effectue la jonction avec la jeunesse

Ce 31 mars, les salariés étaient en masse dans la rue. Entraîné par la jeunesse, qui a fait le pont du 9 mars jusqu’au 31, le mouvement ouvrier refait une entrée tonitruante démontrant une nouvelle fois sa combativité et son envie d’en découdre. Freiné, jusque-là, par ses directions syndicales, qui n’avaient ni appelé au 17, ni au 24 à des journées de grève intercatégorielle, cette journée nationale de « grève interprofessionnelle » réalise de nouveau la jonction entre la jeunesse et les salariés tant redoutée par le gouvernement.

Pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, « il y a une très forte mobilisation » qui « va au-delà de ce qu’on avait prévu ». De nombreux secteurs stratégiques sont entrés en grève, pour le moment de façon non-reconductible. A PSA, la majorité des établissements du groupe sont entrés en grève, malgré les tentatives de lock-out ou de casse des grèves, comme sur les sites de Mulhouse, Poissy, ou Valenciennes. Au Havre et à Rouen, les dockers et les ouvriers portuaires ont déployé l’ensemble de leurs forces pour bloquer une nouvelle fois la ville et converger aux côtés de la jeunesse. Ainsi, ce sont « plusieurs milliers d’arrêts de travail », selon le secrétaire générale de la CGT, qui ont perturbé la production, les transports et l’administration.

Dans les transports, la SNCF, RATP et Air France, étaient en grève. Le trafic a été perturbé, dans les transports en commun (notamment à Paris, Lyon, Toulouse et Marseille), dans le trafic ferroviaire, tandis que le trafic aérien a été ralenti. Dans la fonction publique, les fonctionnaires étaient aussi fortement mobilisés. C’est aussi chez EDF, et dans le secteur de la presse et une grève à la Tour Eiffel, restée fermée toute la journée, qui ont marqué cette journée de mobilisation.

Le tandem Valls-Hollande, fortement affaibli

Alors que la mobilisation contre la loi Travail se massifie sur tous les fronts de la jeunesse au mouvement ouvrier, dans la rue, les universités et les lieux de travail, pour le tandem Hollande-Valls, c’est la soupe à la grimace. La dernière séquence sur la déchéance de nationalité est une peau de banane sur laquelle il n’en finit pas de déraper tous deux étant au plus bas dans les sondages. Daté de jeudi, selon l’Ifop, François Hollande ne serait même pas qualifié pour le second tour de la présidentielle, qu’il affronte Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy. À treize mois de la présidentielle, il obtiendrait 14 % contre le maire de Bordeaux et 16 % contre son prédécesseur, empêtré dans nombre d’affaires. La cote de popularité de François Hollande tombe à 15 %.

Ce n’est pas le moment de « négocier » mais celui d’imposer des grèves reconductibles !

Pourtant, alors même que ce gouvernement, déjà extrêmement affaibli, fait face à une mobilisation jamais vue depuis 2010, les directions syndicales freinent désormais des quatre fers, comme l’illustre le dernier communiqué du 31 mars de l’intersyndicale CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, UNL et FIDL. Dans celui-ci, les directions syndicales « confirment leur disponibilité pour rencontrer le gouvernement et faire des propositions de droits nouveaux en termes d’emploi, de salaires et pensions, de temps de travail, de protection sociale, de garanties collectives, de conditions de travail, de formation et de droits et libertés syndicales. ». Une façon de se montrer ouvert à la négociation et au retour au « dialogue social », d’antan.

De plus, alors qu’il s’agirait de battre le fer tant qu’il est chaud et d’appeler à des grèves reconductibles sur l’ensemble des lieux de travail, le tout à l’échelle nationale, ce n’est même pas le « minimum syndical » que l’Intersyndicale propose : ce 5 avril, journée de mobilisation de la jeunesse, ce sont des actions « d’interpellation des parlementaires » qu’elle suggère, de quoi ouvrir une porte de plus à la négociation. Pour finir, c’est un samedi, le 9 avril, qu’ « elles appellent à la réussite d’une nouvelle grande journée d’action de grèves et de manifestations. »

Ce gouvernement est totalement décrédibilisée et pourrait s’écrouler lui et sa loi Travail. Comme le confirme, un député socialiste « à ce stade, il n’est plus possible d’écarter complètement le scénario d’un effondrement ». Ce n’est donc pas le moment de freiner des quatre fers. C’est dès aujourd’hui qu’il faut enfoncer le clou, en imposant à nos directions syndicales des grèves reconductibles, dans les universités et sur les lieux de travail, pour le retrait total de la loi Travail, Ce sera le meilleur moyen, d’ailleurs, d’obtenir véritablement de « nouveaux droits », à commencer par la fin de la précarité, un travail stable pour toutes et tous, la réduction et le partage du temps de travail, à commencer par la semaine de 32h, un salaire minimum assuré de 1700 euros nets par mois, évoluant avec l’inflation.