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Politique

Sureffectifs dans les classes et heures sup’ à gogo

1800 postes en moins pour 2019 : Blanquer lance sa saignée !

Le deuxième temps de la salve contre la fonction publique est arrivé. Après un printemps marqué par la casse du service publique et du statut des cheminots, le gouvernement s'attaque désormais à l'autre grand bastion à dégraisser : l'Éducation Nationale. Après le passage en force de Parcoursup (et son échec en cette rentrée), Blanquer revient sur le devant de la scène avec la réforme du lycée et du bac ainsi qu'avec des suppressions de postes. Le très macroniste ministre de l'Éducation Nationale déroule à quelques jours de l'officialisation du budget pour 2019 ses mesures antisociales contre les enseignants.

En cette deuxième rentrée pour Jean-Michel Blanquer, marquée par l’affaire Benalla et le départ de Hulot cet été, le ministre a décidé de mettre en œuvre le fameux « dialogue social » qui doit adoucir l’aigreur des réformes macronistes. En effet, après l’échec patent de Parcoursup et la mise en place éclaire de la réforme du bac et du lycée, l’Éducation Nationale commence à se rendre compte que ses conditions de travail et son statut sont dans la ligne de mire du gouvernement.

Augmentation du budget et… suppression de postes

La communication du ministre est rodée : l’augmentation du budget de l’Éducation Nationale compense largement la suppression des postes prévue pour le budget 2019. En effet, le ministre présente une hausse de 850 millions d’euros contre 1800 postes supprimés, soit une augmentation significative de 1,7% du budget alloué à l’enseignement contre une baisse de 0,2% du nombre d’agent. Ils seront donc environ 1400 enseignants et 400 personnels administratifs à faire les frais d’un gouvernement capable « en même temps » d’augmenter le budget et de réduire le nombre de postes...

Ce que le ministre présentait lundi matin au micro de France Inter comme un « choix politique », s’inscrit dans la continuité du projet de suppression de 120 000 postes de fonctionnaires d’ici la fin du quinquennat. Ainsi, si ce sont 1800 personnels de l’Éducation Nationale qui verront leurs postes non-pourvus l’année prochaine sur les 4500 agents de la fonction publique qui disparaissent, il faut prendre en compte qu’en 2020 ce nombre dépassera les 10 000. Une nouvelle saignée dans le « pachyderme préhistorique », comme l’appelle Blanquer, est donc à redouter.

L’argumentaire du ministre consiste aussi à concilier le « en même temps » macronien jusqu’à l’absurde. Ainsi, il peut tout à la fois déplorer les classes à 35-36 élèves (quand ce n’est pas plus) et claironner que « le sujet n’est pas d’avoir plus ou moins 1800 postes. Le sujet c’est ce que nous faisons qualitativement avec les moyens supplémentaires ». N’en déplaise à celui qui se présente comme « le ministre des professeurs pour être mieux le ministre des élèves », les suppressions de postes ne vont pas régler les problèmes de sureffectif dans les classes qui nuisent autant aux élèves qu’aux enseignants.

Pouvoir d’achat et gel du point d’indice

Mais alors comment Blanquer compte-t-il s’y prendre pour faire passer cette première saillie dans le corps enseignant ? Tout simplement par la rémunération et tout un ensemble de mesures cosmétiques destinées à affaiblir le statut et à entériner sa précarisation comme le rapport CAP22 le préconise avec le recours accru aux contractuels dans la fonction publique.

Une part importante du budget revalorisé de 2019 pour l’Éducation Nationale sera consacrée à la rémunération des heures supplémentaires que Blanquer veut « exonérées de cotisations salariales, donc plus rémunératrices pour les professeurs ». Cette logique, qui va à l’encontre de la préservation du statut de fonctionnaire, introduit directement la logique marchande dans les établissements et prépare l’autonomie future de ces derniers et leur gestion sur le modèle de l’entreprise. À l’opposé d’une revalorisation du point d’indice, qui renforcerait le statut, Blanquer instille l’esprit de la concurrence dans l’enseignement afin de mettre au pas un secteur qui résiste encore à cette logique marchande. Aussi faut-il rappeler que ces fameuses heures supp’ sont bien miens payées que les heures « normales » de service…

Dans la même optique, le ministre se dit attaché à l’« attractivité » du métier et a annoncé la revalorisation de 1000 euros sur un an du salaire des nouveaux professeurs. Une largesse qui n’en est pas une au vu de la somme ridicule que cela représente sur douze mois. D’autant que la « prime d’installation », uniquement accessible pour les néo-titulaires sur demande, existent déjà… Comme pour l’obligation de scolarisation en maternelle que Blanquer revendique, mais qui dans les faits, est déjà très répandue, on craint les seuls effets d’annonce. Plutôt qu’une aide spéciale, le ministre devrait s’attaquer à la revalorisation de l’échelon initial de rémunération des stagiaires et néo-titulaires qui ont vu leur rémunération chuter de plus de 300 euros par mois il y a quelques années.

Faussement alarmé par cette situation, Blanquer a également déclaré vouloir « un observatoire du pouvoir d’achat des professeurs » pour trouver des remèdes à cet état de fait dont il est largement responsable. Le ministre, d’ordinaire si prompt à citer les autres pays européens pour justifier tous les reculs sociaux, ne semble pas disposer des chiffres comparant la rémunération des enseignants dans les autres pays. A titre de comparaison, les enseignants allemands sont payés en moyenne 56% plus que leurs collègues français.

Rien de bien nouveau sous le soleil pour les enseignants en cette rentrée des classes de Blanquer. Celui qui voudrait instaurer « une école de la confiance » montre surtout une volonté de mise au pas que cache bien mal une augmentation conjoncturelle du budget. Dans le fond, Blanquer entérine une mutation néolibérale de l’Éducation Nationale où les heures supplémentaires seront banalisées, la réduction des postes normalisée et où la « qualité de vie au travail » ne sera plus qu’une question de pouvoir d’achat et non la défense d’un statut qui permet de faire de l’école autre chose qu’une machine à sélection sociale.

Crédits photo : N. TAVERNIER/REA




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