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Politique

Pour défendre des politiques d’austérité...

100ᵉ congrès des maires sous tension. Édouard Philippe cherche à déminer le terrain

Économies imposées, baisse des APL, suppression d’emplois aidés… Nombreux sont les sujets qui alimentent la grogne des élus locaux envers l’exécutif. Le congrès annuel des maires se transforme donc en exercice d’équilibriste pour Macron et son gouvernement.

En mars dernier, Emmanuel Macron était intervenu au cours d’un rassemblement de l’Association des Maires de France (AMF)… sans succès. Il avait alors été hué par l’assemblée, au moment où il défendait l’exonération de la taxe d’habitation pour 80 % des ménages, qui engendrerait pour les communes un manque à gagner de 9 milliards d’euros.

Un terrain miné donc, pour celui qui, élu depuis six mois, a déjà mis en place une série de mesures d’austérité qui retombent entre autres sur les municipalités. Et le gouvernement a mis les petits plats dans les grands pour contenter ce public mécontent du 100ᵉ congrès de l’AMF, qui s’est ouvert ce mardi et doit se clore jeudi. Les allocutions de pas moins d’une quinzaine de ministres sont prévues au cours de ces trois jours.

Pour arrondir les angles et prouver que « l’exécutif n’est pas en guerre contre les élus » comme on aime à le répéter à l’Élysée, Macron a convié 1500 maires sur les 15 000 attendus. Il s’agissait apparemment de « marquer l’importance de ce tissu d’élus de proximité et de confiance pour les Français » mais les premiers concernés ne l’ont pas entendu de cette oreille. Mécontent de la sélection opérée, ils ont envoyé leur propre liste à l’Élysée.

« Nous oscillons entre lassitude, résignation et colère. Nous avons cumulé les tours de vis budgétaires sous Sarkozy comme sous Hollande depuis tellement d’années, déclarait André Laignel, vice-président de l’AMF et maire PS d’Issoudun. Ce que nous inflige le président Macron, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase »

François Baroin, président de l’Association, annonce quant à lui qu’il espère voir le gouvernement « fixer un cap général vers plus de décentralisation ». En somme, les gros poissons essaient de placer leurs pions en mettant la pression sur l’exécutif.

Ce mardi, jour de l’ouverture du congrès, c’est Édouard Philippe qui était chargé de prendre la parole devant les maires mécontents, lui qui se trouvait dans l’auditoire avant d’être nommé premier ministre. Il avait comme objectif principal de déminer le terrain avant la prise de parole de Macron, qui aura lieu jeudi, à la fin du congrès.

Quelques sujets qui fâchent ont été évoqués, outre la suppression de la taxe d’habitation, que le gouvernement n’a toujours pas annoncé comment elle allait être compensée. Édouard Philippe déclarait par exemple ce mardi après-midi que « les contrats aidés ne sont pas une solution satisfaisante pour résoudre le chômage de masse, ni pour faire fonctionner les services publics de nos territoires. » Une déclaration qui l’engage à peu de choses puisque aucune solution véritable n’est mise en place pour résoudre le chômage et pallier la précarité.

A l’image de son allocution, la réaction de l’assemblée fut tiède. Quelques applaudissements polis, mais pas d’enthousiasme démesuré non plus. Un objectif partiellement atteint pour l’executif donc.

Ainsi, si langue de bois et costumes-cravates sont de mise, ce début de congrès des maires ne fait que confirmer la logique du gouvernement : faire des économies sur le dos des plus précaires, et défendre ces politiques austéritaires avec le sourire.

Crédits photo:GONZALO FUENTES. AFP




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