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Hongrie

100.000 personnes manifestent en Hongrie contre la réélection de Viktor Orban

Près de 100.000 personnes sont descendues dans les rues de Budapest pour protester contre la réélection du Premier Ministre Viktor Orbán. Réunis sous les slogans « Viktor dégage » ou « Nous sommes la majorité », les manifestants ne réclamaient pas seulement le recompte des voix, mais surtout la liberté de presse et la liberté de vivre « dans un Etat de droit ».

Une foule composée majoritairement de jeunes, lycéen et étudiants, a envahi les rues de la capitale hongroise, Budapest, pour manifester contre la réélection de Viktor Orban. Bien que les revendications portaient surtout sur les aspects antidémocratiques du régime politique hongrois, le contrôle et la manipulation des médias par Orban et ses proches, cette manifestation exprime les divisions de la société hongroise.

Elle est aussi l’expression d’une certaine exaspération mais aussi d’une impuissance face à un Viktor Orban qui, malgré toutes les critiques, arrive à se faire réélire avec des scores impressionnants. Ainsi, beaucoup de manifestants critiquaient les partis d’opposition, de la « gauche libérale », de ne pas arriver à « se présenter unis ».

Cependant, c’est précisément après l’échec de cette « gauche » libérale et antipopulaire que Viktor Orban est arrivé au pouvoir en 2010. Aujourd’hui, les libéraux, à l’image d’une UE en crise et qui ne fait rêver personne, sont incapables de présenter un projet politique capable de défier le parti d’Orban, au-delà de Budapest et quelques villes du pays. Mais plus fondamentalement, elle est incapable de présenter un programme qui réponde aux intérêts de la jeunesse et des classes populaires.

La Hongrie : un régime bonapartiste de plus en plus autoritaire

Après une campagne uniquement centrée sur une rhétorique xénophobe, ciblant principalement les migrants et les populations de confession musulmane,Viktor Orbán a été réélu pour un troisième mandat, assurant à son parti, Fidesz, une majorité au parlement avec 49% des votes et 91 circonscriptions sur 106 – la plupart située dans des zones rurale. Le Jobbik, parti d’extrême-droite néo-nazi, est arrivé second avec 19% des voix.

Viktor Orban, Premier Ministre depuis 2010 (il avait déjà effectué un mandat de 1998 à 2002), a transformés ces dernières la Hongrie en régime bonapartiste de plus en plus fort via de nombreuses mesures autoritaires : réécriture de la Constitution, propagande agressive et mesures répressives contreles migrants,les Rromset les média d’opposition. Plus récemment, la loi « Stop Soros » (du nom du milliardaire Georges Soros, accusé par Orban d’être un agent à la solde d’intérêts étrangers) a limité de façon drastique l’installation des ONG dans le pays.

Suite à son arrivée au pouvoir, Orban a rapidement placé à la tête des institutions de l’Etat les membres les plus proches de son cercle d’influence, accentuant les traits d’un capitalisme hongrois corrompu de façon endémique.De plus, Orban a développé une rhétorique réactionnaire et xénophobe à l’encontre de tous ceux qu’ils qualifient d’ennemis : à l’intérieur l’opposition et les médias (souvent accusé d’être liés à l’étranger), à l’extérieur : les migrants (et notamment ceux de confession musulmane).

La rhétorique ouvertement xénophobe et nationaliste de Viktor Orban semble même faire des émules en Europe, à tel point qu’il apparaît même comme le principal inspirateur de l’extrême-droite « illibérale » européenne, notamment en France ou aux Pays-Bas.

L’Union Européennecomplice

L’instauration du régime « illibéral » d’Orban n’aurait pourtant pas été aussi commodesans la lâcheté complice des institutions et pays européens – dont les intérêts capitalistes sont étroitement liés à la Hongrie. Il convient tout d’abordde rappeler que le parti d’Orban est membre de la coalition européenne duParti Européen des Peuples, coalition de « centre-droit » qui compte notamment dans ses rangs le parti de la chancelière allemande Angela Merkelet Les Républicains en France.

L’Union Européenne s’accommode aisément qu’un autocrate émerge çà et là tant que les intérêts de la bourgeoisie européenne ne sont pas remis en cause. En l’absence de mouvements sociaux importants en Hongrie, Orban est même perçucomme un gage de stabilité dans la région par les investisseurs européens.

En outre, malgré une opposition au système européen de « partage » des demandeurs d’asile de la part d’Orban, il faut dire que celui-ci a fait une grand faveur aux pays du « nord » européen, à commencer par l’Allemagne, lors de la crise migratoire. En effet, en fermant sa frontière avec la Serbie, la Hongrie a rendu plus difficile la route des réfugiés vers l’Allemagne. Cela a permis à Angela Merkel d’apparaître comme la dirigeante européenne « gentille » alors qu’en réalité son gouvernement était en train de sous-traiter la répression aux migrants (comme il l’a fait avec le gouvernement servile macédonien).

C’est suite à cette campagne nationaliste et xénophobe que la question de l’immigration est devenue centrale dans le discours d’Orban et qui lui a permis aujourd’hui axer sa campagne là-dessus.

Les contradictions de l’économie Hongrie

Or, derrière les agitations xénophobes et nationalistes de Viktor Orban, derrière la propagande anti-musulmane et anti-sémite systémique qu’il met en place, derrière sa pseudo-rhétorique « illibérale » on décèle le visage peu reluisant et banal d’un capitalisme hongrois qui dépend en réalité massivement des capitaux étrangers et des subventions européennes (qui s’élèvent parfois jusqu’à 6% du PIB).

Par ailleurs, la Hongrie bénéfice – pour le moment – d’une forte croissancequi profite notamment aux classes moyennes hongroises. Or ces contradictions ne manqueront pas de fragiliser Orbanà terme.

C’est entre autresce qui explique que si Viktor Orban n’a de cesse de fustiger les banques, média et ONG, ce dernier reste tout à fait silencieux lorsqu’il s’agit d’intérêts industriels étrangers – mieux, il les accueille à bras ouverts. Invité à prendre la parole au lancement d’une nouvelle ligne de production Audi, Orban trahissait la vérité du régime capitaliste qu’il défend malgré ses subterfuges « illibéraux », déclarant :« La Hongrie aujourd’hui est inconcevable sans la présence d’Audi. »Les intérêts capitalistes étant toujours bien compris, et bien rendus, le PDG d’Audi devait déclarer à son tour :« Nous nous sentons comme chez nous dans votre pays. »Les capitalistes s’accommodent aisément de tout type de régimesde plus en plus autoritaires, tant qu’ils permettent aux multinationales d’empocher des profits considérables sur la base de la surexploitation de la main d’œuvre locale.

La force de la jeunesse doit trouver celle de la classe ouvrière

Les organisateurs de la manifestation de samedi semblent vouloir donner un ton « pro-européen » et libéral à la contestation qui s’est exprimée dans les rues. Demander un recompte de voix n’a strictement aucun sens, même s’il y a effectivement eu au cours de ces dernières années une reconfiguration du système électoral pour bénéficier le FIDESZ d’Orban.

Cependant, beaucoup des jeunes qui se sont exprimés dans les rues samedi avaient également participé de contestations contre la politique du gouvernement l’année dernière. Il faut se rappeler également, face à une image « d’invincible » de Viktor Orban, qu’en 2014 le son gouvernement a dû reculer sur son projet de taxe sur l’utilisation d’internet face à la mobilisation massive.

Les jeunes, de plus en plus opprimés, dans un climat profondément réactionnaire, avec des libertés restreintes, seront une force sociale fondamentale qui, le moment venu, saura défier le pouvoir de l’orbanisme. Les partis de l’opposition libérale sont dans l’impuissance totale et ne peuvent qu’amener à la démoralisation à cette jeunesse.

C’est pour cette raison que c’est dans la classe ouvrière hongroise que la jeunesse trouvera un allié fondamental. Aujourd’hui, les travailleurs ne se font pas entendre et beaucoup soutiennent même Viktor Orban. Cependant, dès que la conjoncture économique change et les contradictions de l’économie hongroise explosent, la classe ouvrière retrouvera le vrai visage de « l’illibéralisme » orbanien. A ce moment là, les travailleurs trouveront en la jeunesse un allié fondamental, et vice versa.

Photo : BERNADETT SZABO / REUTERS

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