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Politique

Commémoration

13 Novembre : Macron (re)essaye de légitimer l’état d’urgence permanent

Il y a deux ans jour pour jour les attentats du 13 Novembre 2015 coutaient la vie à 130 personnes et faisaient des centaines de blessés. En ce jour nos pensées vont d’abord aux victimes et à leurs proches. Pour le gouvernement cette journée d’hommage aura été l’occasion, en rappelant ces tragiques évènements, de mettre en avant le danger de la menace terroriste et de légitimer les lois répressives qu'il vient de faire passer. Comme l’avaient été à l’époque les attentats pour Hollande et Valls, c’est aussi le moyen pour un gouvernement à la faible popularité de créer un factice sentiment de « cohésion nationale » face à un ennemi menaçant.

Lundi, Emmanuel Macron a fait le tour de tous les lieux où ont eu lieu les attentats de Paris et Saint-Denis le 13 Novembre 2015. Lancer de ballons multicolores, dépôt de gerbes, et minutes de silence ont ponctué les divers hommages, auxquels étaient conviés notamment François Hollande et Anne Hidalgo. Le président a embrassé les familles des victimes, baisé le front des enfants, l’œil larmoyant, faisant à nouveau la démonstration de la capacité de la classe politique à instrumentaliser l’émotion pour redorer son image. C’est bien ce qu’a dénoncé une importante part des proches et familles des victimes, qui ont refusé de prendre part à cette mise en scène présidentielle. Selon un représentant de la mairie de Paris ce sont seulement 900 personnes parmi les familles qui se sont inscrits pour la cérémonie, soit 40% de moins qu’en 2016, et en réalité le carré réservé aux proches n’a compté qu’environ 200 chaises. Certaines familles dénoncent à raison l’instrumentalisation faite des victimes, que l’on ne sollicite qu’une fois par an pour les exhiber devant les caméras. Ainsi, Michael Dias, fils d’un homme tué au stade de France, écrit sur son blog qu’il ne veut pas « saluer le président de la République qui, depuis son élection, agit envers les victimes du terrorisme comme avec les plus défavorisés de notre pays d’une façon tout simplement méprisante et inacceptable ».

Dans cette chorégraphie bien rodée, les médias ont une belle part pour rappeler le danger toujours imminent des attentats. L’édito du Figaro est sûrement celui qui nous en fait la démonstration la plus frappante et la plus caricaturale : « Deux ans après les attaques de 2015, l’ennemi est toujours là. Pour longtemps. Il n’est pas invisible, comme on le dit. Il a le visage de l’islamisme. Le recul de Daech au Moyen-Orient ne change rien à l’intensité de la menace. Nous devons au contraire nous en méfier », « les assaillants surgissent de partout. », « Depuis la nuit tragique du Bataclan, les attentats, ou tentatives, se sont répétés. […] Quant aux cibles, elles ne répondent pas à un profil type : tout le monde est visé. » Pour Le Monde « Les attaques à Paris et Saint-Denis ont marqué le début de la prégnance du terrorisme de masse en France. » Tout un ensemble d’articles et de reportages visant à créer un climat de peur permanente et à développer une islamophobie grandissante. Ce, in fine, permet de justifier les restrictions de liberté que continue à faire passer depuis des années le gouvernement.

La loi antiterroriste, qui sous-prétexte de mettre fin à l’Etat d’urgence, vient entériner une partie majeure de ses mesures dans le droit commun, vient en effet d’être signée par le président. Elle met en place, on le rappelle, une surveillance généralisée, et des prérogatives accrues pour le pouvoir exécutif, qui pourra sans l’accord de la justice, assigner à résidence, placer sous bracelet électronique, fermer des lieux de culte, etc. Alors que de nombreux organismes de défense des droits de l’homme ont déjà alerté sur le caractère liberticide de la loi, il est bon pour le gouvernement d’utiliser la commémoration pour nous faire entendre que face au danger nous n’avons pas le choix. Le Figaro à nouveau, est très clair à ce sujet : « notre vigilance doit être globale, permanente, tous azimuts. » Gérard Collomb assure : face au terrorisme djihadiste, « nous sommes mieux armés » qu’en 2015. Pourtant loin d’avoir fait cesser les attentats, l’Etat d’urgence pendant deux ans n’a fait que renforcer le contrôle de la police sur les quartiers populaires et les personnes racisées, ainsi que sur les militants – comme on a pu le constater lors de la COP 21 et du mouvement contre la loi travail au printemps 2016.

Toutes la gestuelle présidentielle en cette journée d’hommage vise à donner l’impression d’une unité nationale. « C’est la première défaite de l’Etat islamique : ce mode de vie tant méprisé n’a pas cédé d’un pouce, pas plus que la société française ne s’est déchirée. La vie démocratique a suivi son cours, la cohésion nationale et européenne, fortement mise à l’épreuve, a tenu bon. » affirme le journal Le Monde. Il y aurait « la France » contre Daesh. Quoi de mieux pour souder la nation et faire croire un instant à une communauté d’intérêts entre le gouvernement et le monde du travail, la jeunesse, qu’il ne cesse d’attaquer par ses contre-réformes. Une aubaine pour le gouvernement, dont la popularité est en chute et qui apparaît de plus en plus comme un président pour les riches, du fait de sa politique anti-sociale et anti-ouvrière. Contre ce discours d’unité nationale, nous devons réaffirmer notre condamnation de la politique impéraliste et meurtrière de l’Etat français, dont la barbarie semée au Moyen-Orient est celle-là même qui fait le lit du terrorisme et de la montée en puissance des idéologies les plus réactionnaires, et les restrictions de nos droits démocratiques.




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