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Bons baisers du Piquet

17ème jour de grève et de blocage à la Poste du Havre !

Publié le 28 septembre 2016

17 ème jour, palettes et grillages permettent de bloquer l’entrée du site de distribution La Poste d’Octeville, sur les hauteurs du Havre. La directrice du centre, elle, est partie en vacances au États-Unis au milieu du mouvement, comme si de rien n’était, comme si les revendications de ses employés lui passaient par dessus la jambe. Alors, on va lui donner des nouvelles du piquet !

Marylin Dujardin

Aujourd’hui, cela fait 17 jours que les postiers du Havre sont en grève. Depuis le début du mouvement, les grévistes sont confrontés à un patronat déterminé à casser la grève, ce qui donne parfois lieu à quelques scènes épiques. Retour sur certains moments de cette lutte en cours avec Sylvain Figurani : « L’huissier s’est pointé ce matin [mercredi], il nous a remis une notification d’ordonnance demandant d’évacuer les lieux au motif de l’entrave à la circulation des bien acquis et des personnes. En clair, qu’on empêche le boulot de se faire ! Cela nous a été notifié à 6H du matin. Au bout d’une heure, les policiers intervenaient et ils nous ont demandés de laisser les gens circuler sur la route, pas de débloquer l’entrée ! Les policiers ont étonnement respecté le droit syndical et n’ont pas appliqué l’ordonnance, ils n’ont pas souhaité l’exécuter. Peut-être que le mouvement est populaire ! »

Autrement dit, en faisant cette ordonnance, La Poste cherche en réalité le conflit pour décrédibiliser par tous les moyens le mouvement. Sylvain nous raconte aussi comment, depuis le début du mouvement, tout est mis en œuvre par la direction pour casser la grève : « C’est devenu très facile de casser une grève, ils ne peuvent pas nous remplacer par des intérims ou des CDD, alors ils envoient des CDI, des cadres, des gamins de région parisienne. Ils leurs font croire qu’ils vont avoir des promotions, ils ont la pression pour ne pas discuter avec nous, ce qui est dommage, ça crée des situations très conflictuelles entre des personnes qui a priori n’ont rien les unes contre les autres et qui sont instrumentalisées. C’est une armée de cadres de la poste qui nous remplace pour atténuer les effets de la grève.
Parmi eux, des chefs d’établissement. Le directeur courrier de Haute Normandie est venu lui-même montrer l’exemple en faisant une tournée de facteur au début de la grève. Il est venu casser la grève, du coup les autres cadres se sont sentis un peu obligés de le faire. En ce moment, ce sont des cadres qui viennent de partout qui font le boulot et ils le font mal
. »

Par ailleurs, Sylvain nous explique aussi qu’en l’absence de la directrice, c’est donc son adjoint qui est là pour négocier, mais le problème, c’est qu’il veut bien « négocier », mais pas sur le point centrale de la grève, à savoir la pause méridienne.

Ces derniers jours, le mouvement a pris de l’ampleur, avec l’UL CGT qui bloque le site (pour que les postiers ne bloquent pas eux-mêmes et risquent des dossiers disciplinaires). D’autres bureaux devraient partir en grève dans les jours à venir, il y en a d’ailleurs plusieurs en cours mais qui sont invisibilisés par le système médiatique. Ce processus d’invisibilisation par les médias empêche les travailleurs en lutte de se reconnaître entre eux et de faire pencher la balance en leur faveur. Puisque sans dénonciation forte portée au plus grand nombre, une direction comme La Poste continue toujours les attaques bureau par bureau, difficile alors dans cette configuration de coordonner ce secteur.

D’autres bureaux sont aussi en grève, notamment en Seine Maritime, à Marseille, dans Les Landes, ou ailleurs. Les postiers y luttent contre la pause méridienne, les suppressions d’emplois ou encore les mauvaises conditions de travail et licenciements abusifs. En ce début d’année, le mouvement des postiers prend de l’ampleur, mais il est difficile de dénombrer toutes ces grèves et donc d’organiser une réelle convergence des luttes, y compris au sein d’un même secteur. Sur le Havre, les postiers restent en tout cas déterminés pour ce 17ème jour, Sylvain nous le confirme d’ailleurs : « les grévistes sont super motivés. Maintenant qu’ils sont dans la lutte, ils ne vont pas reculer ! »