Politique

26 octobre 2014 … Ni oubli, ni pardon !

2ᵉ anniversaire de l’assassinat de Rémi Fraisse dans un contexte répressif exacerbé

Publié le 24 octobre 2016

Le triste anniversaire de la mort de Rémi Fraisse, abattu en octobre 2014 par la police sur la ZAD de Sivens dans le Tarn, s’inscrit dans un contexte répressif et réactionnaire exacerbé. Entre l’annonce de l’expulsion de la jungle de Calais ce lundi, le déploiement programmé des forces de répression pour déloger les zadistes de Notre-Dame-des-Landes et les manifestations de policiers, réclamant plus de moyens répressifs, ce deuxième anniversaire devient une échéance centrale pour l’émergence d’un pôle contre les violences policières.

Julian Vadis

Octobre – Novembre 2014. Toulouse, laboratoire de la répression

C’était il y a deux ans. Rémi Fraisse, jeune étudiant de l’université Paul Sabatier à Toulouse, tombe sous les grenades de la police, dans la nuit du 25-26 octobre 2014, sur la ZAD de Sivens dans le Tarn. Ce soir-là, et comme l’explique très bien le reportage de Reporterre, les forces de répression sont déployées pour une mission de rétablissement de l’ordre en milieu rural (RO). « Le rétablissement de l’ordre (RO), correspond à un engagement de moyenne ou haute intensité, (…) pouvant aller jusqu’à des situations particulièrement dégradées et nécessitant alors le recours à des moyens particuliers », selon une circulaire datant du 22 juillet 2011. Autant dire que, dans un contexte social qui, il y a deux ans déjà, se tendait sous fond de poursuite de la crise économique, Sivens a été une zone de test grandeur nature de nouvelles techniques de répression, ou plus exactement de réactualisation de méthodes. Selon Mathieu Rigouste, chercheur en sciences sociales, le RO utilisé à Sivens correspond à « un mode de pensée, une matrice idéologique structurée par et pour la « guerre dans la population », qui s’inspire des dispositifs des répertoires militaires et coloniaux ». Et ce déploiement spécifique des forces de l’ordre afin de rétablir l’ordre a conduit directement à la mort de Rémi Fraisse, faisant des locataires de Matignon et de la place Beauvau les premiers responsables de cet assassinat.

Mais, dans une période où les ZADs se multipliaient en même temps que le nombre de projets inutiles et désastreux, et que de nouveaux modes de répression étaient testés en milieu rural, l’exécutif n’en est pas resté là. C’est ainsi qu’à Toulouse, alors que la mort de Rémi Fraisse avait provoqué un émoi considérable, notamment à la faculté du Mirail, les manifestations d’hommage au jeune homme et contre les violences policières ont été elles aussi utilisées comme un laboratoire répressif, cette fois-ci dans un cadre urbain. Durant plus d’un mois, différentes méthodes ont été testées par les forces de répression, du matraquage et gazage en règle avant même le début du défilé à la manifestation « déviée » jusqu’en périphérie du centre-ville, en passant par l’enfermement à ciel ouvert sur les allées Jean Jaurès, entre deux lignes de CRS gazant tous azimuts et la BAC aux aguets aux abords des ruelles adjacentes. Nasses et interpellations arbitraires complétant le tableau. À un moment d’atonie de grands mouvements de contestation – sans aucune mobilisation de grande ampleur depuis la réforme des retraites en 2010 – l’aspect laboratoire de la répression sur un mouvement localisé à la ZAD de Sivens et de Toulouse (bien que quelques manifestations aient eu lieu à Paris et à Nantes) est apparu encore plus clairement par la suite. En effet, ce sont bel et bien ces mêmes méthodes qui se sont généralisées lors de la manifestation contre la COP 21 à Paris, puis massivement sur l’ensemble du territoire lors du mouvement contre la loi travail.

Un deuxième anniversaire en pleine offensive réactionnaire du gouvernement et de la police

Si l’hypothèse de l’aspect préventif et de test de la répression sur Toulouse lors du mouvement de l’automne 2014 s’est avérée confirmée par la suite des événements, le deuxième anniversaire de la mort de Rémi Fraisse tombe en pleine accélération réactionnaire et répressive du gouvernement socialiste. Si ce tournant bonapartiste s’est avéré continue ces deux dernières années, avec l’instauration de l’état d’urgence, la répression syndicale et le mouvement anti loi travail comme point chaud, le tout dans la continuité des violences policières dans les quartiers depuis des décennies, la période qui s’ouvre marque un nouveau tournant. Alors que le mouvement loi travail, la mort d’Adama Traoré et l’affaire Guillaume Vadot ont permis de faire émerger la question des violences policières sur le devant de la scène, les épisodes des cocktails Molotov à Viry-Châtillon et au Val Fourré, ont permis, sur le plan médiatique et politique, une contre-offensive idéologique forte de la part des classes dominantes. Une contre-offensive qui se traduit récemment par les deux annonces de l’exécutif de l’expulsion des migrants de la jungle de Calais et, dans un avenir proche encore à définir, des zadistes de Notre-Dame-des-Landes.

Mais qui n’est pas assez offensive pour un certain nombre de policiers qui manifestent – d’ailleurs cagoulés et avec arme de service – et cherchent par ce coup de force à imposer un régime d’impunité policière totale.


Si, en 2014 déjà, nous avions « lutté pour le droit de lutter » (et donc de manifester, s’organiser en assemblées, tenir des meetings…) pour faire face à une série d’interdictions, l’état d’urgence permanent et le tournant autoritaire de ces deux dernières années inscrivent les interdictions dans des coordonnées totalement différentes, accentuant fortement la nécessité de se battre en défense de nos droits démocratiques. Aujourd’hui, on voit une série d’interdictions, pour risque de trouble à l’ordre public, de meetings et réunions publiques remettant de près ou de loin en cause le bras armé de l’État, dans la droite lignée du discours de Valls qui, lors des attentats du Bataclan, déclarait qu’« essayer de comprendre, c’est déjà en partie excuser ». Mais qui se résume en réalité comme une offensive massive contre toute forme de pensée critique, que s’opposer à la politique sécuritaire du gouvernement, de quelque manière que ce soit, était une déclaration de guerre ouverte.

Faisons front ! Les facs comme épicentre de la riposte idéologique … et sur le terrain !

Il est clair que la situation actuelle pose la question immédiate d’une réponse de notre camp social, s’appuyant sur le meilleur du mouvement contre la loi travail, face à cette offensive réactionnaire. Une offensive idéologique qui, pour sûr, sera d’autant plus forte lors des anniversaires commémoratifs des attentats Charlie Hebdo et du Bataclan, pour ne citer que les deux plus proches dans la période. Pour l’heure, le gouvernement attaque non seulement les points de résistances potentielles tout comme les premières convulsions pour former un front de résistance. Les interdictions de meeting et réunion publique à Saint Étienne, Evry et Paris 1 sont autant de signes qui attestent de cette ligne politique et ce tournant autoritaire. Mais cette question est aussi une question de moyen-long terme, car le mouvement contre la loi travail a rappelé aux classes dominantes le potentiel de résistance, voire de contre-attaque, face aux politiques libérales, liberticides et réactionnaires.

Or, à l’instar du « Toulouse, laboratoire de la répression », il ne fait nul doute que l’ensemble des revendications policières – expression hors cadre institutionnel sur la droite – tout comme l’ensemble des restrictions démocratiques du gouvernement sont autant d’éléments de préparation pour les conflits qui, dans la situation actuelle et pour la période qui s’ouvre, ne manqueront pas d’émerger. Une situation qui s’alimente, sur le terrain politique, par une polarisation forte entre émergence du FN comme troisième voie face au bipartisme et la rupture à gauche de dizaines de milliers de personnes avec le PS. Une période qui apparaît principalement dramatique … mais aussi prometteuse.

En effet, la mobilisation autour des Goodyear, les échéances réussies avec le meeting de Tolbiac et les réunions publiques au Mirail et à Jussieu sont autant de points d’appui pour faire émerger, à contre courant de la tendance nationale, un front large de défense des droits démocratiques, essentiel pour défendre dans l’immédiat et la durée nos potentialités de résistance. C’est bel et bien l’esprit de convergence entre des secteurs aussi différents (ZAD, mouvement ouvrier, jeunesse, quartiers populaires) que réprimés, certes à des degrés différents, par un seul et même acteur : l’État. Dans cette période, plusieurs dates émergent comme des points chauds immédiats. En ce sens, le deuxième anniversaire de la mort de Rémi Fraisse en est un central. La manifestation de policiers appelée le même jour par une intersyndicale de policiers est d’ailleurs une grande provocation, une tentative d’affirmation de la Police. Un climat d’autant plus exacerbé puisque trois militantes ont été poignardées ce dimanche, lors d’une marche à la mémoire de Rémi. Comme en 2014, nous ferons front contre la répression, nous n’oublierons pas la mort de Rémi Fraisse et l’impunité de ses assassins. Rendez-vous à 18 heures, au monument aux morts, métro François-Verdier.