Notre classe

Affaire des « chemises arrachées »

2 000 personnes à Bobigny en soutien aux « arracheurs de chemises » d’Air France

Publié le 28 mai 2016

Philippe Alcoy

Vendredi matin 16 salariés d’Air France, dont 4 ont déjà été licenciés, passaient au TGI de Bobigny dans l’affaire des « chemises arrachées ». Après une condamnation ferme du gouvernement, qui exigeait des peines « exemplaires », des perquisitions chez les salariés et une tentative de lynchage médiatique, les travailleurs étaient convoqués une première fois le 2 décembre 2015. Or la procès avait été reporté au 27 mai. Cette fois, sur demande de la défense, le procès est reporté à fin septembre.

Encore une fois, les soutiens des salariés d’Air France ont été très nombreux face à un procès scandaleux. Le contexte social tendu marqué par la contestation à la Loi El Khomri a sans aucun doute aidé à mobiliser également. En effet, parmi les soutiens présents il y avait plusieurs syndicats : CGT, Unac, SNPL, Sud Aérien, Alter, Solidaires, SPAF, FSU, FO, Unsa. De nombreuses délégations ont fait le déplacement jusqu’à Bobigny, notamment des représentants de la CGT et de Solidaires du Havre, les ex salariés de Goodyear Amiens, la CGT RATP, des postiers du 92, la CGT CHRU Lille, entre autres.

Des personnalités politiques et syndicales étaient également là pour exprimer leur soutien : Xavier Mathieu (ex Continental), Pierre Laurent (PCF), Olivier Besancenot (NPA), Eric Coquerel (PG), Jean-Pierre Mercier (LO).

La journée avait commencé avec une projection du film « Comme des Lions » sur la grève de 4 mois à PSA Aulnay contre la fermeture de l’usine. A la fin de celle-ci Jean Pierre Mercier, qui est également à la CGT et a mené avec ses collègues cette lutte, a pris la parole pour raconter leur expérience de lutte et de répression de la part de l’entreprise et de la justice.

Concernant l’audience à proprement parler, elle a été reportée au 27-28 septembre suite à la demande de la défense. En effet, la CGT a porté plainte contre Air France pour délit d’entrave (une grille a été fermée, empêchant les représentants syndicaux d’entrer dans le site) et pour délit d’immixtion (Air France aurait engagé du personnel de sécurité pour réprimer la manifestation qui était prévisible).

Il n’y a aucun doute que cette « affaire des chemises arrachées » a servi à Air France et au gouvernement pour dévier l’attention de l’enjeu réel : le licenciement de 2900 salariés ! Et cela au sein d’une entreprise qui fait d’énormes profits et dont le PDG, Alexandre de Jugnac, s’est fait augmenter son salaire de 65% en 2015 !

En effet, l’objectif du gouvernement est politique : éviter que la gronde légitime des salariés d’Air France gonfle et s’élargisse à d’autres entreprises. C’est pour cela qu’il a essayé de frapper fort avec la menace de répression judiciaire, les perquisitions chez les salariés, le licenciement de quatre d’entre eux. Mais la détermination des travailleurs et travailleuses reste intacte pour se battre contre ce plan social inadmissible et ils peuvent compter sur un très large soutien au sein du mouvement ouvrier et de la population en général.

C’est sûrement cet élément qui explique le premier report de l’audience en décembre dernier. Or, dans le contexte actuel les risques politiques et sociaux pour le gouvernement étaient beaucoup plus élevés qu’en décembre. Au-delà des considérations de la défense pour demander un report, il est clair que celui-ci était plutôt une bonne nouvelle pour le gouvernement. En effet, s’il y avait une condamnation des salariés les risques de réaction de la part du monde du travail étaient grands ; mais s’il y avait une relaxe cela aurait pu être vu comme une victoire sur le gouvernement sur ce cas précis mais aussi du mouvement contre la Loi El Khomri.

La relaxe définitive des salariés d’Air France dépendra en grande partie du soutien et de la mobilisation mais aussi du rapport de forces général. C’est pourquoi redoubler la résistance contre la loi Travail pour imposer une défaite au patronat et au gouvernement ne pourra que renforcer la défense de tous les syndicalistes persécutés par la justice de classe.