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Notre classe

Avec Carrefour, les actionnaires « optimisment »

2 400 licenciements chez Carrefour : « on nous prend pour des pigeons ! »

Mardi, les salariés et les syndicats de Carrefour ont appris par voie de presse la mise en place d'un plan de licenciement par départ volontaire visant 2 400 salariés. Une pilule qui a du mal à passer dans l'ensemble des secteurs de la multinationale.

Crédit Photo : Photothèque Rouge/MILO.

« Un scandale de l’apprendre par la presse ». Les syndicats sont unanimes, l’annonce de 2 400 suppressions de postes ce mardi est une honte. L’entreprise explique que ce seront des départs volontaires, FO craint que ça ne soit que le début d’un plan plus vaste. Carrefour a en effet mis en avant sa volonté de réduire ses coûts de deux milliards d’euros dès 2020. On voit mal comment ils pourront atteindre ce chiffre sans licencier plus que les 2 400 départs soit disant volontaires. Le représentant de FO, Michel Enguelz, l’exprime très bien à l’AFP : « On est sur quelque chose de bien plus vaste que ce qui est annoncé, Carrefour continue d’avancer masqué ».

Selon Philippe Allard de la CGT qui s’est également exprimé, les 273 ex-magasins Dia acquis par Carrefour en 2014 seront en première ligne. Sans repreneur, il y a la « possibilité de licenciements ».

La location-gérance outil patronal

L’annonce de suppressions d’emplois s’est accompagnée de la confirmation du passage de 5 hypermarchés en location gérance, ce qui, pour Michel Enguelz, est « bien une façon déguisée d’éliminer » des effectifs. Le fait de passer en location-gérance permet de céder le fonds de commerce à une personne en échange du paiement d’une redevance, ainsi, les salariés ne sont plus sous les conventions collectives de Carrefour. Il y a une dizaine de jours, ce sont les salariés des supermarchés de Saint-Lô et Flers qui ont appris la mise en location-gérance de leur magasin. La CFDT de l’hypermarché de Château-Thierry dans l’Aisne a appelé à la grève ce mardi justement parce que les salariés sont concernés par ce changement en location-gérance. Elle dénonce de « très lourdes conséquences sur la rémunération et le statut collectif » avec notamment une perte de rémunération estimée à « deux mois par an ».

Mobilisation devant l’hypermarché de Château-Thierry

Devant l’hypermarché Carrefour de Château-Thierry, les salariés ont brûlé des palettes, Une forte colère s’est exprimée de la part des salariés en réaction de ce qu’ils venaient d’apprendre : dans un premier temps, la mise en location-gérance, puis la suppression de 2400 postes. Au micro d’Europe 1, une salariée hôtesse de caisse depuis 15 ans n’y va pas par quatre chemins pour expliquer comment on traite les salariés à Carrefour. « On nous prend pour des pigeons ». Elle dénonce l’excuse de la rentabilité mise en avant par la société : « il ne faut pas dire que Carrefour perd de l’argent partout. Ce n’est pas vrai. On se croyait à l’abri et là on n’y est plus du tout ». En 2017, Carrefour a fait 88,24 milliards de chiffre d’affaires. Une autre salariée qui travaille depuis 18 ans au rayon textile témoigne également de sa colère mais surtout de sa détermination au micro d’Europe 1 « On s’est tous pris une bonne claque. On a du mal à se relever, on est tous solidaires, prêts à sortir pour soutenir notre magasin et d’autres magasins ». Autre exemple de cette détermination, la venue sur le piquet de Dominique et Nabila hôtesses de caisse à Epernay et Thionville : « Je viens soutenir les collègues. Je suis à Carrefour aussi donc quelque part il y a une épée de Damoclès au-dessus de notre tête », explique Dominique. « Personne n’est à l’abri, aussi bien les directeurs qui sont dans nos magasins que les salariés », ajoute Nabila, les salariés ne sont pas dupes face à cette attaque qui s’annonce globale.

Vers la fermeture de plusieurs sièges sociaux

Les syndicats estiment qu’il faut s’attendre de 1 200 à 10 000 suppressions de postes sur les 115 000 salariés dans un avenir proche, et ce, seulement en France. En effet, le groupe qui emploie plus de 380 000 personnes dans le monde n’a pas dévoilé l’impact de sa restructuration dans les autres pays.
Pour l’instant on sait qu’il y a au moins un siège qui sera fermé, celui de Boulogne et que d’autres sont menacés comme à Ivry et Massy, ou encore celui de Mondeville qui semble également sur la sellette. Depuis le début des années 2000, il y a déjà eu déjà trois restructurations. La dernière en date, en 2006, a été particulièrement violente puisqu’elle s’est soldé par 150 suppressions de postes à Mondeville. C’est « l’ensemble des périmètres [qui] vont être touchés par ces suppressions de postes », affirme un représentant national FO sur FR3 du Groupe Carrefour.

Les syndicats prévoient une grève le 8 février prochain. Les salariés semblent déterminés face à une attaque d’envergure. Le groupe carrefour supprime ¼ des effectifs du siège, promet un avenir incertain aux 273 magasins ex-Dia. Tous les salariés seront impactés par ce nouveau plan social qui n’a pour seul but de remplir toujours plus les poches des actionnaires. Après l’annonce des 2400 suppressions de postes, l’action Carrefour a fait un bond de 6% à la Bourse de Paris et ne cesse de grimper. Les vautours sont de sortie pour se repaître des charognes des salariés. C’est Nabila, l’hôtesse de caisse de Thionville qui le dit elle-même : « Rien pour les salariés, tout pour les actionnaires ».




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