Société

20 % des patrons américains seraient des psychopathes selon une étude universitaire

Publié le 19 septembre 2016

Il y a parfois dans la presse patronale des petites perles qui passent inaperçues. La rédaction de RP a trouvé cette information éclairante dans le journal La Tribune, aux positions pourtant ouvertement pro-patronales.

Léo Serge

Il n’y a pas si longtemps, un documentaire comparait le comportement des grandes entreprises à celui des tueurs en série psychopathes. Ce film canadien sorti en 2003 – The Corporation – exposait trois critères qui permettent de repérer un psychopathe : égoïsme, usage pathologique du mensonge, indifférence au bien-être et au respect d’autrui comme à ses propres malheurs. Bref, antisocial, sans remords et manquant de "comportements humains" : finalement pas si éloigné que ça des caricatures du patronat.

Au fond, ce que cette nouvelle étude américaine nous annonce c’est l’ampleur du désastre. Alors que 1 % à 4 % de la population mondiale est considéré comme psychopathe, c’est 20 % des patrons américains qui pourraient être classés dans cette catégorie ; une proportion qu’on retrouve dans la population carcérale américaine.

Le psychologue judiciaire Nathan Brookes et les chercheurs Katarina Fritzon (Université de Bond) et Simon Croom (Université de San Diego), auteurs de cette nouvelle étude, sont arrivés à ce constat, présenté le 14 septembre au congrès annuel de la Société australienne de psychologie, grâce à des entretiens avec 261 patrons américains du secteur de la gestion de la chaîne logistique. L’ironie, c’est qu’ils ont utilisé un outil développé pour permettre aux employeurs de détecter des traits psychopathiques chez leurs employés.

D’autres études de ce genre ont déjà eu lieu. Ainsi une étude canadienne réalisée en 2012 par le psychologue Robert Hare estimait que 10% des financiers seraient des psychopathes, et que le chiffre était probablement plus élevé à Wall Street.

Dans le magazine de l’institut CFA (pour Chartered Financial Analyst), destiné aux financiers, la journaliste Sherree Decovny écrivait en 2012 que les psychopathes peuvent apparaître comme des candidats parfaits pour les postes de direction, « montrant en abondance charme, charisme, intelligence, une capacité sans pareille à mentir [...] et à la manipulation ».

Steve Jobs, ancien patron d’Apple : le parfait exemple

Au fond, il n’y a rien de très étonnant. Dans un système inhumain, le meilleur chef est le plus inhumain, sans empathie, prompt à faire souffrir autrui sans remord. Ce qu’il faut questionner c’est la stabilité à moyen et à long terme d’un système qui promeut systématiquement des comportements anti-sociaux et inhumains. La production et l’achat massif de SUV et de quatre-quatre roulant au diesel dans des villes souffrant du réchauffement climatique est un bon exemple.

On sait que le maquillage permanent de la bourgeoisie lui permet de se peindre sous un jour meilleur. Ainsi Steve Jobs a été transformé en une sorte de « gourou » quasi-mystique par les médias, admiré par des centaines de milliers de geeks et de fanatiques des produits Apple. Mais combien de ces mêmes admirateurs connaissent réellement les conditions de production et de travail des ouvriers de Foxconn – sous-traitant d’Apple - où les suicides des travailleurs de moins de trente ans étaient massifs - probablement une centaine de suicides en moins de 5 ans, sans compter les « accidents », les blessés dans les révoltes, etc. Qui pourra dire que Steve Jobs s’en souciait réellement ?

Voilà comment ce dernier a été décrit par ses collaborateurs. Dan’l Lewin, déclare dans Fortune que Steve Jobs « avait des sauts d’humeur inimaginables ». Jef Raskin, qui fut un temps au début des années 1980 chef de projet pour le Macintosh, a déclaré que Jobs « aurait fait un excellent roi de France ». Dans sa biographie autorisée par Jobs, Isaacson décrit un fondateur d’Apple au-dessus des lois des hommes, affectant notamment de rouler dans une Mercedes sans plaques d’immatriculation et la garant n’importe où, par exemple sur les places réservées aux handicapés.

Du coup, on comprend mieux le discours de Steve Jobs aux étudiants de l’université de Stanford de 2005 : « Ne laissez pas le brouhaha des opinions des autres étouffer votre voix intérieure. Et, par dessus tout, ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition : d’une manière ou d’une autre, ils savent ce que vous voulez vraiment devenir. Tout le reste est secondaire. Soyez insatiables. Soyez fous. »

Pour Che Guevara, la plus grande qualité d’un révolutionnaire est l’amour

Nous ne devons pas attendre d’autres comportements du patronat, de la bourgeoisie cooptée et pantouflarde – c’est à dire qui fait des va et viens entre entreprise et milieu politicien. Elle a largement eu le temps dans l’histoire de le prouver, et tous les yeux encore ouverts peuvent constater les mêmes comportements aujourd’hui. C’est en effet la conséquence systémique d’un capitalisme basé sur le « marche ou crève », la concurrence à tout prix. Seul des psychopathes peuvent assumer de tenir jusqu’au bout les rênes d’un système brutal et inhumain.

Les généraux donnant l’ordre d’assassiner les femmes et les enfants des quartiers populaires de Paris pendant la Commune en 1871, les frères Goncourt applaudissant à ce spectacle, les Directeurs des Ressources humaines de France Télécom/Orange ou les empoisonneurs de l’industrie du sucre partagent bien des qualités. En tant que participants à autre chose, à l’autre « côté de la barricade » nous pouvons affirmer que l’empathie, la considération pour le futur, la rationalité, la sociabilité, sont les plus grandes qualités humaines.