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Politique

Rétrospective

2018 : ce que Macron n’avait pas vu venir…

Après une fin d’année 2017 marquée par les premières offensives d’un Macron en état de grâce, 2018 aura été l’année de sa progressive descente aux enfers. Lentement mais sûrement, les travailleurs et la jeunesse ont relevé la tête. Cette fin d’année explosive socialement augure d’une année 2019 pleine d’espoir. Mais à nous de saisir la balle au bond et de poursuivre la contre-attaque sociale ! Rétrospective.

Un pouvoir méprisant galvanisé par sa victoire éclair de l’automne 2017

Toute la substance du macronisme repose sur cet élan néolibéral agressif qui n’a droit ni au repos, ni à l’erreur. A peine donc la seconde réforme du code du travail entérinée, à l’automne, le gouvernement annonce qu’il ne s’arrêtera pas. Dès le début de l’année 2018 c’est à la SNCF qu’il compte s’attaquer en profondeur préparant ainsi la libéralisation du transport de voyageurs à l’échelon national, en cassant notamment le statut des cheminots et en détruisant progressivement le service public pour en faire une machine à profits privés. L’offensive exprime alors autant les velléités néolibérales et européistes du gouvernement de Macron que sa stratégie politique hexagonale à plus long terme. Vaincre les cheminots, historiquement à la pointe de nombreux conflits sociaux récents (1995, 2010 et 2016) enverrait un message fort à l’ensemble du monde du travail qu’il compte essayer de démoraliser. La victoire s’annonçait donc comme décisive. Personne ne pourrait plus prétendre vouloir encore défaire le chantre du néolibéralisme à l’européenne et fils prodigue d’un patronat hexagonal enchanté par son audace et loué à l’unisson par les médias.

En parallèle de cette réforme jugée risquée par le camp présidentiel lui-même, le gouvernement progresse à marche forcée sur un autre dossier historiquement épineux pour les gouvernements successifs : la réforme de l’enseignement supérieur. Mettre fin à l’université de masse des années 1960 en amorçant un virage vers une université d’élite à l’anglo-saxonne, réservée à une proportion restreinte de la jeunesse, a toujours été un objectif pour les capitalistes. Tambours battants, le gouvernement s’apprête donc à marcher sur le printemps, convaincu de pouvoir vaincre, de façon éclatante, cheminots et étudiants.

Une victoire coûteuse, des maladresses et le spectre d’une affaire d’Etat

La façon dont Macron mène son combat contre l’ensemble des travailleurs révèle la façon dont il se perçoit : comme une version rafraîchie de Margaret Thatcher, du nom de la première ministre britannique connue pour avoir libéralisé le Royaume Uni et défait, à l’issue d’une bataille sociale historique, la grande grève des mineurs de 1984-1985. Néanmoins, n’est pas Thatcher qui veut et surtout pas Macron, dont le projet politique tient plus du rafistolage express (rappelons que son programme a émergé quelques mois à peine avant les élections présidentielles) que d’une révolution, comme il l’avait pourtant lui-même qualifié.

Le 15 mars, pourtant, alors que toute la macronie attend de pied ferme le premier acte du mouvement annoncé des cheminots le 22 du même mois, une grande manifestation de retraités et de personnels des EPHAD perturbe un projet général qui semblait sans faille. Pour la première fois, Macron est rappelé à l’ordre par la « vieille » politique. Son électorat de cœur, les retraités est désormais contre lui, et la colère sociale commence à sortir de l’angle mort. Pas de panique, quelques effets d’annonce et le tour sera joué, veut-on croire alors.

Le 22 mars est une déferlante sans précédent, le taux de grévistes est historique et la manifestation parisienne est monstre. Les manœuvres bureaucratiques de la secrétaire générale de la FSU, Bernadette Groison, sauve une partie de la mise en empêchant la convergence entre cheminots et fonctionnaires qui aurait donné lieu à une gigantesque manifestation ne regroupant pourtant que deux secteurs. Malgré la contre stratégie évidente de la grève 2 jours sur 5 portée et maintenue par la CGT, le combat durera 3 mois et la combativité fera perdre à Macron le crédit d’une victoire nette et sans bavure.

D’autant plus que le mouvement étudiant, à partir du début du mois d’avril, s’enkyste profondément avec les occupations emblématiques de Tolbiac à Paris et du Mirail à Toulouse.

Mais c’est le 1er mai qui verra se nouer, dans le secret d’abord des désordres répressifs et policiers du quartier latin, le premier drame du macronisme : l’affaire Benalla

Un été sous le signe de la surchauffe politique et du revers de fortune

L’incendie allumé lors de la manifestation du 1er mai se transforme en brasier quand au début de l’été est révélée, par le journal le Monde, l’affaire Benalla, toujours pas refermée à l’heure actuelle. Loin d’être une spécificité macronienne, l’exposition médiatique du barbouze en pleine activité illégale de maintien de l’ordre révèle néanmoins à la fois le caractère ouvertement répressif et rétrograde du macronisme et son amateurisme.

La crise commence par en haut avec les démissions successives de Hulot, Flessel et celle, bien plus révélatrice, de Gérard Collomb. Au delà des démissions, c’est surtout la difficulté de la succession et son feuilleton devenu l’objet de moqueries qui met au jour l’isolement sans cesse grandissant de la macronie, comme en témoignent les nominations du très secondaire et au passé sulfureux, Christophe Castaner au poste central de ministre de l’intérieur et du très inapproprié François de Rugy au ministère de la transition écologique, comme un symbole pour la suite…

Dans ce contexte d’affaiblissement politique progressif du macronisme, outre Rhin, c’est Merkel qui arrive en bout de course. En perdant de façon critique du terrain au sein de la CDU, c’est l’interlocuteur privilégié de Macron qui s’évanouit et emporte par la même occasion une grande partie de la raison d’être de son projet austéritaire, soit la perspective de former un duo franco-allemand soudé pour peser dans la course internationale aux marchés et nouveaux débouchés sur fond de reprise de la croissance mondiale. Plus que jamais, le système politique de Macron parait tenir en équilibre alors qu’il reste tant à faire…

Un pouvoir fragilisé face à la tempête jaune

Confirmant la loi générale selon laquelle, en politique, tout se paye à un moment ou un autre, le 17 novembre 2018 a pris les aspects d’un gigantesque retour de bâton. Allumée par l’étincelle de la hausse des prix du carburant, la déflagration sociale des gilets jaunes a renvoyé au visage ultra-brite de la macronie le flot de sa violence antisociale, de son arrogance et de son mépris de classe. Débordant largement la seule question des taxes, la mobilisation d’ampleur dont le point culminant (en attendant la suite) aura été la journée insurrectionnelle du 1er décembre, a commencé à structurer un ensemble de revendications et de méthodes pour lutter contre le bulldozer pro-patronal de Macron.

Rompant ainsi son si précieux credo politique, Macron est contraint d’annoncer un premier recul, symbolique tant les « concessions » sont fumeuses, mais qui a peut-être consumé tout ce qui restait de son capital politique de l’année passée.

L’année 2018 aura donc été l’année du revers pour Macron, et celle de la remise sur pied pour notre camp social. « Leader du marché libre » aux yeux du célèbre journal Forbes le voilà devenu forcené assiégé dans son palais, cible de la risée des dirigeants internationaux, Trump en tête. À l’échelon national, le voilà tombé du statut de Jupiter audacieux et inébranlable à celui d’autocrate honni par la population. Pour parachever la chute, voilà que même les grands médias tendent à ne plus voir en lui le fils prodigue et éclairé du « nouveau monde » mais au contraire le représentant d’un pouvoir obstiné et aveugle. Paradoxalement, celui qui ne voit dans le service public, de la sécurité sociale à l’université en passant par les transports, que les traces d’un anachronisme économique et historique qu’il s’agit de balayer, n’a plus désormais que la matraque « publique » pour se frayer un avenir, déjà bien compromis.

La partie néanmoins n’est pas jouée, Macron a d’ores et déjà annoncé qu’il maintiendrait le cap des réformes antisociales et iniques qui ne profiteront qu’au seul patronat. Pour le vaincre il faudra repartir à l’offensive, sans complexe et avec toute la détermination qu’il nous est permis d’avoir à la suite de cette première grande victoire politique remportée par les Gilets Jaunes.




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