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250000 manifestants à Berlin contre le TAFTA et l’AEGC

La capitale de l'Allemagne n'avait pas connu de manifestation aussi massive importante depuis une plus d'une décennie. Plus de 250 000 personnes ont marché contre le TAFTA (traité de libre-échange transatlantique) et l'AEGC (accord économique et commercial global). Wladek Flakin, Sören Luxbach

Il y avait tellement de manifestants que la gare de Berlin a dû être temporairement fermée. Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées à Washington Square. Beaucoup de gens attendaient encore de pouvoir quitter le point de départ de la manifestation, que bien d’autres étaient déjà amassés au point d’arrivée, au pied de la Siegessäule (« colonne de la victoire »). Au total, un quart de million de personnes étaient dans les rues, 600 bus et cinq trains ayant afflué en provenance de toute l’Allemagne.

#NonTAFTA est le slogan de cette lutte contre l’accord de libre-échange prévu entre les Etats-Unis et l’Union Européenne, approuvé par le parlement européen le 11 juillet dernier. L’objectif de ces négociations, menées en secret depuis plus de deux ans, est de libéraliser les marchés en « égalisant » (c’est-à-dire en éliminant) les normes sociales, environnementales et de travail. Ce traité va garantir « la protection des investisseurs » en permettant aux corporations de poursuivre les Etats devant les tribunaux privés pour toute perte de profits qui seraient due à leurs régulations.

Une pétition, impulsée par l’Initiative européenne auto-organisée (ICE) Stop TTIP et signée par 3 millions de personnes, pourrait si elle était reconnue permettre que les « tribunaux de l’ombre » dominés par les corporations soient remplacés par les tribunaux de commerce publics. Mais cela ne serait pas le cas pour l’accord homologue Union Européenne-Canada, AEGC, ce qui posera une menace imminente puisque les négociations ont déjà été réalisées. 82% des grandes entreprises états-uniennes sont déjà basées au Canada, ce qui signifie que ces multinationales vont également tirer profit de l’AEGC – les autres n’attendront pas longtemps. La ratification globale est pour bientôt.

170 organisations différentes dont les syndicats, les associations environnementales et de consommateur/trice-s, des partis politiques tels que Die Linke et l’Alliance 90/Les Verts ont appelé à la manifestation. L’évènement a été méthodiquement organisé par les appareils réformistes, leurs objectifs étant de « défendre la démocratie » et d’assurer le « commerce équitable », comme le disait le premier intervenant, le politicien social-démocrate Michael Müller. Ceux-ci se positionnent comme si l’Allemagne n’était pas un pays impérialiste majeur qui s’est enrichi par l’exportation des armes, par l’occupation militaire et le pillage économique et financier des autres pays. Par ailleurs, un secteur de droite nationaliste et conspirationniste présent à la manifestation a affirmé que « Merkel nous vend aux Etats-Unis ». En réaction, les organisateurs ont assuré que de nombreux-ses militant-e-s états-unien-ne-s pouvaient venir parler à la tribune pour montrer l’existence d’une perspective internationale de la résistance des deux côtés de l’Atlantique.

En réalité, les corporations allemandes profitent autant que leurs concurrents états-uniens des règles de « libre-échange », détruisant au passage toute protection en matière environnementale, comme l’a récemment illustré le scandale de Volkswagen.
Les représentant-e-s de la capitale allemande sont énergiques lorsqu’il s’agit de la défense du TAFTA. « Il n’y aura pas de réduction des normes qui ont été atteintes » a promis Sigmar Gabriel (PSD), ministre de l’économie de Merkel, dans des annonces en pleine page dans tous les grands journaux. Le gouvernement n’a consacré aucune dépense et les syndicats patronaux (BDA et BDI) ont fait de même. « L’Allemagne vit surtout de l’ouverture des marchés », a déclaré Matthias Wissmann, chef de l’Association Automobile Allemande. Au passage, précisons que les grand-e-s expert-e-s de l’économie allemande ne voient dans cette ouverture aucune atteinte à leur souveraineté .

La manifestation a attiré un grand nombre de personnes de tous âges. Ce fut aussi le plus grand rassemblement de syndicalistes dans plusieurs années. Cependant, les objectifs de la démocratie et de la justice ne peuvent être atteints par une tentative de retour à la souveraineté nationale. Seule la solidarité internationale des travailleurs et travailleuses peut constituer une base pour un "commerce équitable", à savoir la production basée sur les besoins de toutes et tous et non sur les profits d’une poignée de capitalistes. C’est ce que les révolutionnaires ont mis en amont lors de la manifestation.

Traduction T. M.




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