Politique

17ème candidat à la primaire de droite

5 bonnes raisons pour ne pas acheter le dernier bouquin de Sarko

Publié le 23 août 2016

Depuis son retour politique en 2014, « pas forcément pour être candidat en 2017 », selon lui, on s’y attendait pourtant. C’est chose faite. L’ex-président (2007-2012) annonce sa candidature en publiant ce mercredi un livre-programme "Tout pour la France". Par les thèmes développés, Sarko compte bien marcher sur les plates-bandes du FN. Et poursuivre l’offensive sociale en cours. Voici 5 bonnes raisons (entre autres) pour ne pas prendre la peine d’acheter le dernier bouquin de Sarkozy (si tant est que certains étaient tentés…)

G. Gorritxo

Sarko sur les terres de Le Pen


On ne change pas une campagne qui gagne ? En 2007, après les émeutes de banlieue de 2005, Nicolas Sarkozy avait adopté un discours dur sur la sécurité et l’identité et avait ravi un grand nombre de voix à l’extrême droite. Aujourd’hui, dans un contexte où le Front National progresse, où l’échiquier politique vire à droite, sur fond d’attentats à répétition, il n’est pas étonnant de voir le candidat Sarkozy parier sur la carte de l’autorité. Néanmoins, la droitisation étonne, au sein même de sa famille politique.

Au programme ? Tout d’abord la suspension du regroupement familial, quand les autres candidats à la primaire de droite propose « seulement » d’en durcir les critères.

Ensuite, une réforme du droit du sol, consistant à attribuer « une présomption de nationalité française », à valider à 18 ans en fonction du casier judiciaire. 

Faire passer le délai de résidence de 5 à 10 ans pour obtenir la nationalité française. Supprimer les menus de substitution dans les cantines scolaires. 

Mais le plus important est d’accompagner ces propositions stigmatisantes de déclarations-choc, qui le sont tout autant : selon Sarko, « ce n’est pas avec les religions que la République a des problèmes mais avec l’une d’entre elles ». L’ancien président n’a pas hésité à dénoncer la prétendue « tyrannie des minorités » et se dit prêt à « engager un combat déterminé contre le multiculturalisme ».
Bref, le discours classique de l’ennemi intérieur, musulman et/ou immigré, contre le « mode de vie français » et les « racines judéo-chrétiennes ». D’ailleurs, pour l’anecdote, la fameuse lettre "t" en rouge sur le titre de son livre ressemble grandement à une croix (ou au télépéage de Vinci autoroute, au choix), ce qui a déjà fait le tour du net, avant même sa sortie...

Il nous refait le coup du « travailler plus pour gagner plus »


S’il y a bien une formule qui est restée dans les mémoires, et en travers de la gorge, c’est bien celle-ci : « travailler plus pour gagner plus ». Cette fois, sous forme de suppression des 35H, passage à 37H pour les fonctionnaires, repousser l’âge de départ à la retraite, etc. De ce point de vue, Sarkozy partage le même fond de commerce avec un Fillon ou un Juppé.

Mais les attaques sociales ne s’arrêtent pas là. Sur ce terrain, le programme ressemble simplement à la loi Travail... en plus dur. L’un des arguments avancés par la droite est effectivement de dénoncer une « semi-réforme », qui n’irait pas « jusqu’au bout ». Dans son bouquin, Sarko va au bout de cette réforme pourtant rejetée par 70% de la population. Plafond des indemnités de licenciements abusifs, accord par entreprises sur toutes les questions (et pas juste le temps de travail), mais aussi suppression de 300.000 postes de fonctionnaires, dégressivité des indemnités chômage au bout d’un an, etc.

Et s’il nous venait l’envie de refuser, comme contre la loi El Khomry, tout est prévu : « service minimum » étendu aux raffineries, centrales nucléaires et aérien. Ainsi, selon Sarko, « plus personne ne pourra prendre les Français en otage ».

Il traîne davantage de casseroles qu’il n’y a de pages à son livre


C’est peut-être l’un des principaux freins à son retour, à savoir le nombre impressionnant d’affaires dans lesquelles baignent le plus "berlusconien" des républicains.

De l’affaire Bygmalion sur sa campagne de 2012, aux écoutes dans l’affaire Bettencourt, en passant par les rétro-commissions de l’affaire Karachi, son refus de témoigner dans l’affaire Tapie ou encore l’affaire des « sondages de l’Elysée », on ne peut pas dire que l’ex-chef de l’Etat soit le plus clair des candidats. L’enjeu, pour lui, sera d’espérer dans les prochains mois n’avoir pas à comparaître ou témoigner dans l’une de ces affaires. Pour Hollande, qui laisse faire le Parquet, c’est tout bénéf’.

Des cadeaux aux riches, la matraque pour les pauvres


C’est une marque de fabrique chez Sarko, lui qui, après avoir remporté la présidentielle de 2012, avait dîner au Fouquets en compagnie des grandes fortunes de France. 

Tout d’abord, il propose de supprimer purement et simplement l’Impôt Sur la Fortune. Pour lui, il faut aussi doubler le CICE (Crédit d’Impôt Compétitivité Emploi, soit des milliards en cadeau aux patrons pour aucune création d’emploi), l’exonération totale pour l’emploi d’un salarié au SMIC, ce qui encourage surtout à ne pas l’augmenter, l’exonération de 85% pour la transmission d’entreprise, voire 100%...

Et pour ses amis de la télévision privée, la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, beau gâteau à se partager donc, présenté comme une volonté de renforcer la culture... Mais bien sûr !

On a déjà vu le film (et il est nul)


En définitive, malgré les annonces et les postures, c’est peut-être là sa plus grande difficulté. Jouer la rengaine du changement (obligatoire pour tout candidat qui se respecte) tout en ayant été pendant cinq ans Président, hypermédiatisé d’une part, détesté de l’autre. Et ce ne sont pas ses deux années de vacances politiques qui nous le feront oublier. Même si c’est surprenant, c’est le discours qu’il va jouer ces prochains mois : avec Hollande, c’était pire, moi j’ai changé... (et Juppé est trop vieux). Comme dit la chanson, « Faites un effort, Manipulez-nous mieux ! ».