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Politique

CAP2022

50 000 suppressions de postes : la saignée de la fonction publique commence !

Les attaques du gouvernement sur la fonction publique, dans la foulée de la destruction du code du travail avec la Loi Travail XXL et la casse du statut de cheminots, ne sont pas prêtes de cesser. Objectif affiché : 50 000 agents de la fonction publique en moins d’ici à 2022, sans compter que le plan comporte au total 120 000 suppressions de poste

120 000 postes au total

On se souvient de Fillon et de son projet de réduction de 500 000 fonctionnaires, qui avait placé la barre très haute lors de la campagne présidentielle de 2017. Macron faisait office d’enfant de cœur avec ses 120 000 suppressions de postes. Mais maintenant qu’on y est et que les perspectives se dessinent de plus en plus, notamment depuis que le rapport d’expert CAP2022 a fuité cet été, la détermination du gouvernement a de quoi sévèrement inquiéter le service public. Le pouvoir a beau communiquer sur un soi-disant virage sur la gauche entamé avec le plan santé et le plan pauvreté, l’attaque frontale contre la fonction publique laisse transparaître la volonté du président des riches de réformer jusqu’à la destruction la fonction publique.

Les orientations du rapport CAP2022 sont simples et dans la droite lignée de la politique néo-libérale de Macron : ouverture accrue aux contractuels, rémunération au mérite et plan de départ volontaire de la fonction publique. Pour casser le statut, le recours à la contractualisation va favoriser l’instabilité des carrières, ce que le gouvernement présente comme une opportunité de naviguer entre le public et le privé. Pour toujours plus faire entrer les standards de l’entreprise dans le service public, la rémunération au mérite va un peu plus casser les solidarités de corps et entériner la précarisation du service public. Enfin, le plan de départ volontaire signe l’ultime entrée du néo-libéralisme dans la forteresse de l’État. Là où Sarkozy proposait le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, Macron va jusqu’à envisager le départ volontaire des fonctionnaires.

La rhétorique de l’Élysée est décomplexée et assume ouvertement son parti pris de « faire des économies sans dégrader le service public » alors même que la dégradation des services prouve en permanence que le contraire est à l’œuvre depuis des années. Les progrès du numérique sont indéniable mais les besoins en personnels sont eux aussi criants. Le gouvernement a beau jeu de parler « d’un manque de maturité » quand on s’indigne que le service public ne soit considéré qu’à l’aune de sa « productivité », mais la défense du service public n’est pas un enfantillage car elle défend un acquis conquis de haute lutte.

50 000 postes dans la fonction publique

Plus proche des déclarations récentes, ce sont les 50 000 postes de fonctionnaires de la fonction publique que le gouvernement veut supprimer qui animent actuellement le débat. Alors même que les élections professionnelles approchent à grand pas, le gouvernement temporise dans l’annonce de son budget 2019 qui ne prévoit « que » 4164 suppressions de postes. Selon une source proche de l’Élysée, l’annonce claire et nette des 50 000 suppressions de postes devrait être plus claire pour éviter que ce sujet ne colle au gouvernement comme un « sparadrap ».

Les fonctionnaires usagés seront donc jetés progressivement comme de vieux pansements avec un rythme crescendo puisqu’ils seront 10 000 en 2020 et par conséquent 34 000 entre 2021 et 2022, soit jusqu’à la fin du quinquennat. Enfin, pas tous les fonctionnaires car si l’on en croit les chiffres annoncés, les suppressions de postes concernent certains ministères tels ceux de l’Action et des Comptes publics, du Travail, de l’Éducation Nationale ou encore de la Transition écologique et solidaire où l’Etat entend faire des économies tandis que d’autres secteurs verrons leur effectifs augmenter. Ainsi, en 2019 ce sera plus 2279 postes pour le Ministère de l’Intérieur, soit pour la police et la gendarmerie, plus 1300 postes pour la Justice et 450 pour le Ministère des Armées. Le message est clair : plus de moyens pour les forces de répression !

Éducation nationale : 2600 pour l’instant…

Blanquer est un habitué des suppressions de postes dans l’Éducation nationale. Sous Sarkozy, alors numéro deux du ministère, il avait accompagné la suppression de 59 500 postes. Les 2600 suppressions prévues dans le secondaire pour 2019, même si elles représentent le gros du morceau pour l’année prochaine, ne sont qu’une entrée en matière puisque l’année 2020 verra partir 10 000 fonctionnaires de plus. Les enseignants ne seront pas épargnés, d’autant plus que le réforme du lycée et du bac aura accompli ses effets d’optimisation des établissements et dégraissé le « pachyderme préhistorique ». Comme le disait récemment le fidèle serviteur de Macron, il faut arrêter de se « focaliser sur les créations de postes » puisque le « le mot rationalisation n’est pas un vilain mot ».

Le projet du gouvernement est clairement de détruire la fonction publique par tous les moyens possibles. Affaibli en cette rentrée après les affaires de l’été et les départs en cascade, le gouvernement peine à relancer la sucess story d’un Macron qui tente tant bien que mal de reconquérir sa base sociale sur sa gauche sans y parvenir. En dépit du peu d’écho que trouvent le plan santé et le plan pauvreté, la stratégie du gouvernement n’en suit pas moins un cap de réduction drastique des postes dans la fonction publique qui va aller en s’intensifiant. Cette première saignée dans les effectifs doit appeler à une mobilisation forte pour le 9 octobre afin de se donner les perspectives de faire plier le gouvernement.




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