Société

La guerre de la communication continue

#5juillet. Témoignage d’un photographe interdit de manifestation et placé en garde-à-vue

Publié le 7 juillet 2016

Vincent Rispe-Burret est un de ces photographes indépendants à qui le gouvernement et sa police refusent désormais avec chaque fois plus de zèle le droit d’exercer leur profession. Ce 5 juillet, au moins 5 journalistes indépendants ont été embarqués devant l’Assemblée Nationale avant le début du rassemblement contre la loi travail et l’usage du 49.3. Depuis le début du mouvement, couvrir une manifestation était déjà une épreuve de force, au vu de la féroce répression policière. Désormais, c’est la liberté d’expression même qui est coupée à la racine, puisque les reporters qui échappent au contrôle des grands médias sont littéralement interdits de manifestation, certains faisant même l’objet de garde-à-vues irrégulières, comme c’est le cas de Vincent dont nous relayons le témoignage ci-dessous.

Propos recueillis - Vincent Rispe-Burret

Ce mardi 5 juillet 2016 je me rendais à la manifestation prévue contre la loi travail, et ce comme depuis 4 mois, pour couvrir la manifestation en tant que photographe. Comme depuis 2-3 mois je vais à la manifestation avec du matériel de protection pour éviter de risquer ma santé en travaillant.

En sortant du métro Nationale je me fais contrôler par les forces de l’ordre, avec du coup mon casque, mon masque de ski, et mon masque nasal, dans mon sac. Je précise bien entendu être photographe et que mon matériel de protection est là juste pour me permettre de travailler en toute sécurité et éviter tout complication de santé suite aux gaz lacrymogènes.

Les CRS, après concertation avec leur hiérarchie me signalent mon interpellation pour vérification d’identité. Il est alors 14h05.

Après ça je perds un peu notion du temps, car mon téléphone m’est confisqué (j’ai eu la présence d’esprit de l’éteindre avant). Tout ce que je sais c’est que j’ai attendu longtemps avant d’être transféré au commissariat du XVeme arrondissement rue Vaugirard. Là-bas, je me trouve dans une salle avec 4 autres interpellés (à peu près au même moment que moi). Tous les 5, nous avons attendu de longues heures avant le début de nos auditions. Durant ce temps nous avons appris être là en audition libre, mais que nous n’avions pas le droit de sortir. Quand mon audition a commencé, le délai des 4 heures étaient presque dépassé. À 18h15 j’ai fait valoir le fait que j’étais gardé depuis plus de 4 heures et que légalement j’avais le droit de partir, sinon cela serait une privation de liberté illégale car je n’ai pas été notifié être mis en garde-à-vue. Et là l’officier de police judiciaire nous signale aux 4 autres et moi-même qu’ils nous gardent jusqu’à décision du magistrat ; malgré le dépassement du délai. Durant les deux heures qui suivirent, ils en profitèrent pour regarder nos SMS (du moins une partie pour ma part, heureusement que j’en avais de trop et que l’OPJ avait une flemme de passer 24h à lire mes messages). Durant ce temps je reçu une convocation pour jeudi pour une prise d’ADN en audition libre. A 20h15 on nous sort tous les 5 et on nous dit que le magistrat a décidé de d’abandonner toutes les procédures et que rien ne serait marqué sur nos casiers.

Les OPJ ont refusé de nous donner nos procès-verbaux, ainsi que tous papiers faisant preuve de notre détention.


J’ai donc passé 6h au commissariat sans statut légal, et sans aucune preuve de cette privation de liberté. J’ai perdu une journée de travail, je n’ai pas pu couvrir cette manifestation. Mais en dehors de cela, d’autres personnes ont été empêché de manifester (pour port de lunettes de piscine et sérum physiologique) hier, ce qui n’est pas normal.

Malgré le fait que toutes les procédures ont été abandonnées, je suis toujours convoqué jeudi matin pour des prises d’ADN dans une procédure qui a été abandonnée, bien entendu comme il est autorisé par l’article du code de procédure 230-8 j’enverrai une lettre au procureur pour faire détruire mes données à caractère personnel.

Aujourd’hui je témoigne de ce que j’ai vécu car je trouve que tout ce qui s’est passé est tout à fait anormal et ne devrait pas se passer.