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Monde

L’hypocrisie de nos dirigeants

68,5 millions de déplacés en un an. De quoi la « crise » migratoire est-elle le nom ?

Le nombre de personnes fuyant la guerre et la misère, en interne et en externe, est estimé à 68,5 millions pour l’année 2017. Un nouveau « record » qui ne cesse d’alimenter les discours haineux et les politiques meurtrières des dirigeants occidentaux.

Crédits photo : Attila Kisbenedek / AFP

Des conflits guerriers constants, un pillage permanent

Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) a publié un rapport qui acte un nouveau « record », pour la cinquième année consécutive, en termes de nombres de personnes réfugiées (dans d’autres pays que celui qu’elles ont fui) et déplacées (à l’intérieur de leur pays natal). En 2017, d’après le HCR, ils étaient donc environ 68,5 millions à fuir la guerre et la misère, dont près de la moitié d’enfants.

Les foyers de violences guerrières et économiques sont nombreux. Il y a la Syrie et l’Afghanistan, en guerre depuis des années, mais aussi le Soudan, la Palestine ou encore la mal nommée République Démocratique du Congo, desquels émigrent un nombre conséquent de femmes, d’hommes et d’enfants.

Des pays où la violence des conflits, la famine, l’exploitation, sont inimaginables et indescriptibles. Des pays dont la fuite se paie parfois au prix de sa vie, dans un périple très long, au cours duquel les migrants se heurtent la plupart du temps au chantage, aux coups et aux viols des passeurs, au danger de mort qui les guette à chaque instant, sans parler des prisons libyennes, des noyades en mer, et des frontières hermétiques de l’Europe-forteresse.

Ces guerres et cette misère qui ne cessent de s’aggraver ont pour conséquence un drame à grande échelle : un humain sur 110 est déraciné, dans l’obligation de fuir sa région d’origine.

Une véritable « vague » migratoire ? Les mensonges des médias et des gouvernements

Cette situation, et l’ampleur apparente de ces « vagues migratoires », alimentent les discours angoissants des médias dominants, qui n’ont de cesse d’énumérer des chiffres et de faire croire à « l’invasion ». Pourtant, sur les 68,5 millions de migrants en 2017, 85 % migrent vers des pays dits « en développement ». 

Loin de l’explosion vendue par les journalistes et les dirigeants de tous bords, les réfugiés représentaient 0,05 % de la population française en 2016. Soit une personne… sur 2000. Mais ces chiffres et ces calculs n’empêchent pas les gouvernements européens de se déchirer autour de la question de l’accueil des quelque 630 réfugiés de l’Aquarius

Un sujet qui ouvre la porte à des discours aux forts relents colonialistes, racistes et xénophobes, comme en témoigne la récente et ignoble tribune publiée dans FigaroVox->http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2018/06/18/31002-20180618ARTFIG00342-renaud-girard-immigration-arretons-l-appel-d-air-europeen.php]. Renaud Girard, son auteur, y déclare notamment à propos de la déclaration d’une représentante de SOS Méditerranée affirmant que l’Europe avait « quatorze mille morts sur la conscience » : « Quelle incroyable calomnie, visant à réveiller la vieille culpabilité de l’homme blanc ! Car en quoi les Européens sont-ils responsables que de jeunes hommes africains se jettent dans de dangereuses expéditions pour fuir leurs pays ? »

L’hypocrisie sans limite de la classe dominante en occident

Dans chaque pays occidental, se joue en différentes variantes l’éternelle excuse du « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde »Et derrières ces justifications, partout, différentes applications de la même politique meurtrière aux frontières. On songera aux milliers de morts noyés en Méditerranée chaque année, à la violence des expulsions et des quadrillages de frontières, aux déclarations de Collomb quant au « benchmarking » des réfugiés, à la politique de Macron, ou encore à un Trump et sa « tolérance zéro » pour l’immigration illégale qui le conduit à parquer des milliers de jeunes enfants et d’adolescents, séparés de leur famille à la frontière.

Mais ce que les médias et les politiques taisent par-dessus tout, c’est la responsabilité centrale de ces puissances impérialistes dans les crises qui conduisent ces femmes, ces hommes et ces enfants à fuir leur pays d’origine. Car depuis l’Afrique, de nombreux départs sont dus à une situation dramatique, causée par la main-mise de la France sur ses anciennes colonies, qu’elle pille allégrement, et maintient dans la misère. Au Moyen-Orient, ce sont différentes puissances occidentales et régionales qui tentent de se partager le gâteau, n’ayant cure des centaines de milliers de morts, de blessés et de réfugiés. En Palestine, c’est l’un des principaux alliés de la France et des États-Unis qui massacre la population.

Car au lieu de se focaliser sur les symptômes, c’est bien la cause de ces départs forcés qu’il faut éradiquer. C’est ce système fondé sur le profit, où les classes dominantes, marchands de morts et principaux assassins de ce monde, arrivent à se faire passer pour magnanimes quand ils accueillent une centaine de réfugiés sur les millions de migrants dont ils sont à l’origine.