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Politique

« Il faut organiser la révolte »

700 personnes à Saint Denis, à l’appel de l’Intergare et du Comité Adama, pour préparer l’acte IV des gilets jaunes ! 

Dans une salle pleine à craquer, près de 700 personnes étaient venues pour préparer l'acte IV des gilets jaunes ce samedi 8 décembre. Le rendez-vous est donné à 10h à Saint Lazare pour un énorme cortège commun. C'était aussi pour préparer la suite. S'inscrire dans l'appel des gilets jaunes aux blocages des lieux stratégiques à partir du 10, et puis se saisir de la journée du 14 pour en faire une vraie "journée morte" dans le pays, pour avancer vers la grève générale jusqu'à faire plier Macron, voilà quelques idées qui ont été soumises aux présents dans la salle.

La journée du 6 décembre a été marquée par l’entrée en scène du mouvement étudiant dans plusieurs villes de France comme Toulouse, où les étudiants étaient plus de 3 000 rassemblés dès ce matin, ainsi que par la poursuite des blocus des lycéens, et leur répression sauvage. Une journée qui faisait suite au premier pas en arrière du gouvernement ayant annoncé qu’il annulait la hausse des taxes sur le carburant. C’est dans ce contexte particulièrement explosif que plusieurs secteurs et collectifs s’étaient donnés rendez-vous ce jeudi soir à la bourse du travail de Saint-Denis pour préparer la manifestation de samedi, l’acte IV des gilets jaunes à Paris.

Une dynamique amorcée le 1er décembre par le Comité Vérité et Justice pour Adama, les cheminots de l’intergares, le CLAQ, la Plateforme d’Enquêtes militantes et Action Antifasciste Paris Banlieue. Ils avaient alors lancé un appel à un départ commun du parvis de la gare de Saint-Lazare pour rejoindre les gilets jaunes et manifester à leurs côtés en cortèges organisés, avec leurs propres revendications. Déterminés à ne pas rester extérieurs au mouvement, les collectifs ont appelé à cette rencontre dans l’objectif de s’adresser à d’autres secteurs et aux gilets jaunes. Plus de 700 personnes étaient au rendez-vous, dont une bonne partie n’a même pas pu rentrer dans la salle tellement les capacités d’accueil de la bourse du travail ont été dépassées.

Dans la salle, beaucoup d’attention tout au long des prises de paroles. Nul doute que le nombre de personnes réunies et l’ambiance électrique dans la salle témoignaient du caractère extra-ordinaire de la situation politique. Si certains se posaient encore des questions sur le mouvement en rentrant dans la salle, Anasse Kazib, cheminot de l’intergares, est allé droit au but « aujourd’hui il faut y aller, voir comment on rentre dans cette bataille-là. ». Anasse comme Youcef Brakni - membre du Comité Vérité pour Adama - se posaient beaucoup de questions au début du mouvement, sur la nature de celui-ci, de ses revendications ou encore la présence de l’extrême droite. Youcef en avait même peur en raison des actes racistes perpétrés par certaines personnes et relayés par les médias. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de place pour le doute au regard de l’ampleur du mouvement et de son caractère profondément tourné contre Macron, les institutions et la "vie chère". Pour lui, le mouvement est aussi, et doit être, celui des noirs et des arabes, des habitants des quartiers populaires : « nous aussi on vit la pauvreté comme eux ». Un mouvement qu’il ne faut pas laisser aux mains de l’extrême droite.

L’urgence. C’est ce qui revient dans les différentes interventions qui se succèdent. L’urgence de réagir contre les violences policières qui ont tué Adama, mais aussi la dame de 80 ans touchée par une grenade lacrymogène samedi dernier. L’urgence de réagir aux violences économiques qui condamnent la majorité de la population à la « galère » et au chômage. L’urgence de réagir à la précarisation accélérée qui touchera violemment les plus pauvres, les femmes, les LGBT, les quartiers populaires.

« La vraie racaille c’est les policiers qui tirent sur les gens. C’est les dirigeants de ce pays » explose le grand frère de Gaye Camara, abattu par la police. « Il fallait qu’il y ait un mouvement des gilets jaunes pour faire trembler Macron et on ira le chercher à l’Elysée ». Pour ces militants des quartiers populaires « leurs revendications sont aussi les nôtres », comme l’affirme Assa Traoré qui était déjà dans la rue le 1er décembre. Nulle intention de mettre de côté leurs propres revendications contre les violences policières mais au contraire de les porter dans la rue au moment où la révolte gronde.

Une révolte qu’il va falloir organiser face à « une situation sans précédent ». C’est avec ces mots qu’Anasse interpelle la salle : un tel mouvement est inédit, « va changer nos vies » et son issue dépend de nous. Ce « nous » c’est ce « tous ensemble » qui n’a jamais paru si tangible. Un « tous ensemble » qui nécessite l’entrée du mouvement ouvrier dans la bataille et de tous les secteurs pour aller vers une grève générale. S’en suit un tonnerre d’applaudissements lorsqu’Anasse invite l’ensemble des syndiqués, non syndiqués, syndiqués de base à se joindre au mouvement et dénonce l’attitude de la plupart des organisations syndicales qui, ce même jeudi 6 décembre, ont choisi de négocier avec le gouvernement. Des organisations qui ne proposent aucun plan de bataille alors que la colère explose partout. « Criminelle », c’est ainsi qu’Anasse qualifie l’attitude de ces organisations syndicales face à la colère et la détermination exprimées par les gilets jaunes qui ont réussi à mettre en grande difficulté Macron et à le faire reculer. Preuve que « ceux d’en haut » ne sont pas invincibles.

L’appel lancé par le Comité Vérité pour Adama et le collectif des cheminots de l’intergare à d’autres secteurs de les rejoindre a rencontré un écho certain. Ainsi, se sont succédées à la tribune des interventions d’étudiants de différentes facultés mobilisées en région parisienne , Tolbiac, Paris 8 Saint Denis, Nanterre, ainsi que du collectif Femmes en lutte 93, des grévistes de la poste 92, de Sud PTT, Éric Beynel pour l’Union syndicale Solidaires, la CGT Geodis, les travailleurs des catacombes de Paris ou encore de la CGT éduc’action 93. Plusieurs gilets jaunes étaient également présents et ont répondu à l’appel pour chercher à se coordonner et construire des alliances, tous ensemble.

 

Les prises de paroles ont amené les secteurs moteurs de l’organisation de l’évènement à poser la question de la suite : dans la rue samedi et après ? « Il faut tendre vers la révolution, soit ce sera la contre-révolution, Marine Le Pen qui va récupérer tout ça » lâche Anasse à la fin de sa prise de parole. Et pour tendre vers une potentielle révolution, dans les prochaines semaines, la question brûlante est celle de la grève, celle du blocage de l’économie là où elle se concentre. Alors l’invitation formulée est celle de rejoindre et soutenir l’initiative qui émane de plusieurs groupes des gilets jaunes pour faire des actions de blocage à partir du 10, tout en saisissant la journée de mobilisation du 14 décembre pour en faire une "journée morte", c’est a dire une énorme journée de grève dans les secteurs où cela est possible, ainsi que de blocages des principaux secteurs stratégiques, comme une manière de commencer à préparer et à construire la perspective d’une vraie grève générale dans le pays, jusqu’à faire tomber Macron et son monde. Alors que le mouvement des gilets jaunes ne semble pas prêt de faiblir, que les étudiants et les lycéens sont rentrés dans la danse, dans la salle bondée de la bourse du travail de Saint-Denis, tout le monde semblait penser que c’est bel et bien le moment de s’y mettre pour construire ensemble et apporter notre pierre à l’édifice.

 

Rendez-vous le samedi 8 décembre à 10h sur le parvis de la gare Saint-Lazare pour manifester aux côtés des gilets jaunes !




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