Société

De l’hygiène au contrôle des mœurs

À 18 mois, forcé de se rhabiller sur la plage

Publié le 31 août 2016

L’information n’a pas fait la Une des médias. Elle serait presque passée inaperçue si France Bleue ne l’avait pas relayée. Les parents d’un enfant de 18 mois qui barbotait nu sur les bords du lac de Villeneuve-de-la-Raho, près de Perpignan, ont été rappelés à l’ordre par les pompiers qui surveillaient la plage. Une histoire banale ?

Camilla Ernst

Quelques minutes à peine après s’être installés au bord de l’eau, les parents du garçon ont reçu la visite des pompiers, leur demandant de rhabiller leur fils. La justification avancée par les pompiers était les problèmes de pédophilie et le risque que l’enfant soit pris en photo. Vérification faite, il existe bien un arrêté municipal interdisant la baignade nue aux enfants comme aux adultes sur cette plage, mais pour des raisons d’hygiène, les bords du lac étant recouverts de terre et non de sable.

Réglementation respectée de part et d’autre, pas de vague, un simple fait divers donc. Sauf que la justification de l’arrêté municipal à titre sanitaire ne nous convainc pas, sauf à imaginer qu’un quelconque micro-organisme puisse être arrêté entre les mailles d’un simple bout de tissu. De même sur un autre plan, celui du risque d’agression, invoqué à tort par les pompiers qui, à la fois et comme à l’habitude prête à la victime potentielle d’une agression sexuelle une part de responsabilité quant à sa tenue vestimentaire qui serait une provocation, et montre que, pour les pompiers, le véritable motif de l’arrêté municipal n’est pas évident mais que n’importe quelle justification peut être trouvée. Au fond, c’est la loi, y a pas à discuter. Le traitement médiatique de l’affaire comme un fait divers nous laisse à penser la même chose.

Alors pourquoi prendre le temps d’en faire un article ? Parce que cette histoire est symptomatique. Alors que l’état d’urgence se prolonge sans fin depuis des mois sur simple décision du gouvernement, avec son lot de mesures liberticides, alors que l’offensive islamophobe sur l’interdiction du burkini échauffe les esprits, entre racisme d’État et contrôle des corps, ici, c’est une volonté de contrôle social et idéologique qui s’affirme, et qui se retrouve sur la plupart des plages en France, poussée au ridicule vu l’âge de l’enfant. Ainsi, on nous apprend et on nous oblige, et ce dès notre plus jeune âge, à accepter les règles et à cacher notre corps, à nous habiller comme il incombe de le faire, à ne pas faire de vague. La pudeur n’a rien de moral ni de sanitaire, elle nous enseigne la réserve quand la nudité serait synonyme de vice et de maladie, voire serait une forme de barbarie qui ne pourrait être tolérée dans un pays civilisé. Dépossédés de notre corps, il devient tabou, et au final, nous n’en avons aucune connaissance.

Ainsi, le respect des « bonnes mœurs » devient synonyme de contrôle des corps et des esprits, la soumission à la loi, y compris si on ne la comprend pas, finit par se transformer en une habituation aux lois et règles liberticides, et le tout façonne les valeurs républicaines censées nous « rassembler ». Mais si un « tous ensemble » doit effectivement exister, c’est bien pour se libérer des oppressions et du contrôle maintenu sur nos corps, sur notre liberté de penser ; et de l’exploitation.

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