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Société

Tribune libre - Témoignage

A Calais, le rassemblement « pour la paix » réprimé par les CRS

23 septembre, journée internationale de la Paix. Environ 200 personnes se sont réunies à Calais pour partager ensemble cet après-midi. Jeunes et vieux. Femmes et hommes. Militants ou simples citoyens. Bref, nous étions ensemble, au-delà de nos différences, pour la Paix.

Dans un premier temps, le rassemblement était statique. Un groupe de musiciens mettait l’ambiance avec des chants engagés. Le PCF et l’association France Palestine Solidarité avaient monté un stand avec pétition, tracts… Les drapeaux arc-en-ciel floqués du mot « Paix » flottaient. Les gens discutaient. L’ambiance était bonne.

Les organisateurs installent une petite tribune. Discours sur l’histoire du Mouvement pour la Paix. Quelques applaudissements. Rapidement, un cortège se forme. On sort de la Place d’Armes, on part vers la rue Royale. On défile sur 30 mètres. Le tête de cortège tombe sur un cordon de CRS bien
équipé. Casques, boucliers, matraques. Le cougar est bien là aussi. Bien trop équipé pour un cortège de militants marchant pour la Paix. Un second cordon arrive sur notre droite. Un troisième par la gauche. Un dernier vient nous encercler par l’arrière. Monsieur le commissaire est bien présent, portant fièrement son écharpe bleu-blanc-rouge au dessus de son uniforme. Il essaie de donner des instructions dans son mégaphone défaillant.

Nous, en attendant les ordres du grand chef, on ne bouge pas. Nos formidables percussionnistes mettent l’ambiance. On frappe dans les mains. On chante. « Et c’est ça que tu appelles démocratie ? ». « Ni nations, ni barrières, ouvrez les frontières ». On y pense aussi aux migrants, à quelques kilomètres de nous, subissant au quotidien les excès de zèle de flics acharnés. On fait la fête. On rassure les plus inquiets.

En voyant le cercle se resserrer, quelques militants essaient de faire sortir les plus vulnérables. Un monsieur en fauteuil roulant. Des personnes d’un certain âge. Des parents avec des enfants. Les CRS ne sont pas très réceptifs. Sauf un ou deux, à croire qu’il y ait encore de l’espoir.

Mais l’étau se referme. Le cortège est pressé vers la Place d’Armes. Devant, ça frappe. Ca repousse pas avec les boucliers, non, ça frappe à grand coup de matraque, sur les gens, et même sur les instruments, mais pas en rythme. Deux militants sont interpellés. On ne chante plus. On crie. « Et c’est ça que tu appelles démocratie ? ». « Arrêtez d’obéir, arrêtez d’obéir ! ».

Les CRS nous encerclent à nouveau sur la Place d’Armes. Quelques militants ont réussi à s’échapper. Les flics quant à eux, ont appelé du renfort. La BAC est là. Les Renseignements sont présents. Ils auraient pas manqués l’occasion de photographier la tête de quelques militants pacifistes.
Nous, manifestants, on ne peux toujours pas sortir du cercle formé par les flics. Alors, les musicos’ remettent l’ambiance. On chante. On danse. Un militant essaie de parler avec les CRS, de les raisonner. Beaucoup l’ignorent, certains le fuient du regard, un seul lui répond : « Je suis d’accord avec toi, mais je dois obéir aux ordres ». A croire qu’il y ait encore de l’espoir.
Une vingtaine de minutes plus tard, Monsieur le Commissaire est allé acheter des piles pour son mégaphone défaillant. « Vous avez l’ordre d’évacuer. Dispersion exigée ». L’ordre circule chez les manifestants. Les musiciens arrêtent de jouer. Ne recherchant pas l’affrontement, on essaie de partir.

Les flics n’étaient pas au courant de l’ordre donné par leur patron. Finalement, la communication s’établit dans les casques. Une brèche s’ouvre. Une seule brèche. N’ayant pas le choix, on part tous du même côté. Une manifestante, n’avançant pas assez vite au goût d’un CRS se voit recevoir un violent coup de pied dans le dos. Elle a roulé au sol sur plusieurs mètres. Un sexagénaire est renversé de son vélo.

Monsieur le Commissaire, tellement heureux d’avoir réparé son jouet hurle : « Dispersez vous, ou nous utiliserons la force ! ». Comme s’ils avaient jusqu’à présent user de diplomatie ... Deux
manifestants sont interpellés par la BAC. Match nul entre les flics casqués et les flics en civil. Un groupe scande : « Tout le monde déteste la police ». Un autre répond : « La police déteste tout le monde ».

NdE : On voit bien les limites de la discussion avec ces messieurs. Au final 4 personnes en GAV, une perquiz le lendemain chez un militants. 2 comparutions immédiates avec des motifs fantaisistes et 2 procès à venir. Solidarité avec les réprimé.es !




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