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Société

La barbarie carcérale de l’Etat

A Fresnes et dans les prisons en France : « on bouffe des rats et on mange des coups »

C’est la contrôleure générale des prisons elle-même qui dresse un portrait absolument glaçant de la situation carcérale à Fresnes. Une situation qui n’est malheureusement pas l’apanage de la plus grosse prison d’Europe.

Le rapport remis par Adeline Hazan, contrôleure générale des lieux de privations de liberté le 14 décembre est accablant. C’est l’administration pénitentiaire et, à travers elle, le ministère de la Justice et l’Etat français qui sont mis en cause. Les traitements infligés aux détenus de la Maison d’arrêt des hommes de Fresnes sont inhumains. Ils contreviennent à l’ensemble des traités et accords ratifiés par la France et pourraient entraîner une condamnation de Paris par la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) si un détenu portait l’affaire en justice. Une condamnation de plus, serait-on tenté de dire, car la France est une habituée des rapports dévastateurs sur les conditions d’incarcération. Mais dans la « patrie des droits de l’Homme », rien ne change et les détenu-e-en sont exclus.

A trois dans 10m²


Le rapport de Adeline Hazan pointe avant tout la surpopulation à Fresnes. Entre 2006 et 2016, le nombre de détenus a bondi de 52 %, passant de 1960 à 2989. Aujourd’hui, le taux d’occupation avoisine les 188 %. La surpopulation carcérale n’est pas propre à cet établissement, mais « son caractère massif et durable lui confère un caractère particulièrement indigne », souligne le rapport. Les cellules à Fresnes font toutes 10m2, mais on y entasse jusqu’à trois détenus. « Une fois déduite l’emprise des lits, des toilettes et de la table, [dans 421 cellules], trois personnes vivent dans un espace d’environ 6 m2 », autrement dit, bien en deça des normes fixées par l’Union Européenne : les détenus doivent bénéficier – hors espace sanitaire – de 14 m2 pour trois.

Pourtant, depuis 1875 et la loi Bérenger, il est inscrit dans la loi que l’encellulement doit être individuel. Depuis, ce droit a été systématiquement bafoué. Fresnes n’est qu’un exemple parmi d’autres. Avec 69375 personnes incarcérées en France pour 58311 places, la surpopulation va bientôt dépasser les 120% d’occupation. Dans les prisons françaises, ce sont 1648 détenus qui sont contraints de dormir sur des matelas posés à même le sol. Selon Dominique Raimbourg, président PS de la Commission des lois au Parlement, la situation est absolument critique dans 86 établissements pénitentiaires sur les 250 que compte la France.

Leptospirose


Comme les rats sont partout à Fresnes, les détenus astreints aux tâches de nettoyage ont pour beaucoup contracté la leptospirose. Cette maladie infectieuse, peu fréquente en France, avec cinq cas pour un million d’habitants et par an, touche massivement les personnes incarcérées. Ce n’est pas étonnant puisqu’à Fresnes, à l’accumulation de salpêtre et à la crasse sur les murs s’ajoute la présence « en masse » des rats au pied des bâtiments ainsi qu’à l’intérieur : « il arrive que l’on voie l’urine des rats s’écouler des plafonds » pointe la contrôleure.

Des matons violents


Hazan souligne également une « conception particulièrement rigide de la discipline ». « Autrefois objective et ferme », selon elle, elle serait devenue « illisible et brutale », impliquant un « usage banalisé et immédiat de la force » de la part des matons.

La situation n’est pas nouvelle. Simon, incarcéré dans le Val-de-Marne dans le passé, s’exprimait ainsi sur la question : « On a toujours su qu’à Fresnes les surveillants cognaient davantage. C’est simple : un transfert dans le Val-de-Marne, ça signifiait bouffer des rats et manger des coups. La situation, depuis, n’a pas changé. En réalité elle s’est aggravée ».

On comprendra, dans ce cadre, les mutineries qui se sont multipliées depuis la fin de l’été : à Aiton, en Savoie, le 7 septembre puis le 17 octobre, à Vivonne, dans la Vienne, le 12 septembre, ou encore à Valence, dans la Drôme, le 25 septembre. Établissements « nouveaux », « rénovés » ou « modèles », tous présentent des conditions d’incarcération absolument inhumaines. Et dès lors que les détenus se révoltent, ils sont brutalement réprimés par les matons spécialisés dans la répression des mutineries, les ERIS. Jusqu’à présent, en tout cas.




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