Notre classe

En présence de Guillaume Vadot et de militants syndicaux

A Saint-Ouen, une projection sur la lutte des Goodyear et un riche débat sur la répression

Publié le 17 octobre 2016

A l’initiative de Révolution Permanente-Saint Ouen et du comité du Nouveau Parti Anticapitaliste-Saint Ouen, unecinquantainede personnes se sont réunies vendredi soir dernier lors d’une projection-débat autour du film Liquidation, qui retrace la lutte des ouvriers de Goodyear depuis 9 ans. Aujourd’hui, 8 travailleurs de Goodyear font face à la justice de classe qui les condamne à de la prison ferme pour avoir défendu leurs emplois. Le 19 et 20 octobre prochain, lors de leur procès en appel, une mobilisation et un rendez-vous à ne pas manquer aura lieu à Amiens pour les soutenir. Un riche échange a eu lieu ce vendredi à ce sujet, qui permet d’en envisager d’autres.

Laure Varlet

Une lutte acharnée depuis 9 ans et un combat qui nous concerne tous !

Fermée en 2014, l’usine de Goodyear à Amiens Nord, c’est l’histoire de 1173 travailleurs et travailleuses, c’est à dire 1173 familles, qui ont été mis à la porte par des patrons voyous. Les salariés de Goodyear ont lutté, sans relâche, occupant leur usine, interpellant directement leurs patrons, cherchant à construire les liens avec les autres usines en lutte, s’opposant au chantage imposé par le patronat qui voulait leur faire accepter des indemnités de licenciements pour mieux les faire taire. Et ils luttent encore. Le combat des Goodyear est un combat contre les licenciements, mais c’est aussi une lutte contre la « mort en bout de chaîne », comme l’expliquent les travailleurs interviewés par le réalisateur Mourad Laffitte. Les conditions de travail étaient déplorables au sein du site d’Amiens Nord,avec l’exposition àdes produits cancérigènes et nocifs pour la santé des ouvriers. A travers ces images et ce que racontent les salariés, on voit bien que pour les patrons la vie des ouvriers et leurs familles ne vaut pas grande chose. Des centaines de vies broyées, des suicides, voilà les conséquences de la fermeture du site Goodyear à Amiens Nord. A travers ce film documentaire, on revient sur des années de travail, d’accidents quotidiens dans l’usine, mais aussi sur la lutte des ouvriers de Goodyear qui ont tout simplement refusé de baisser la tête, et c’est bien pour ça qu’on les condamne aujourd’hui. Mais comme l’explique Mickael Wamen, de la CGT Goodyear, ilest grand temps de dire STOP, démontrer que la condamnation des 8 de Goodyear à de la prison ferme, est tout simplement le coup de trop !

Si l’on touche à l’un d’entre nous, nous devons riposter par milliers !

Le débat qui a suivi la projection du film a été très riche et a permis de mettre en commun diverses expériences. Flora Carpentier, de Révolution Permanente, a introduit le débat en revenant sur la situation politique et comment la question de la répression est malheureusement omniprésente dans la situation actuelle, d’où la nécessité de se battre tous ensemble. Anasse, cheminot délégué de SUD-Rail, est revenu sur les cas de répression à la SNCF, et plus en général, sur l’importance de tous se mobiliser en soutien aux 8 de Goodyear, car le gouvernement cherche à en faire une leçon pour l’ensemble du mouvement social et pour tous ceux et celles qui cherchent à relever la tête. Guillaume Vadot, victime de violences policières à Saint Denis lorsqu’il filmait une interpellation violente contre une femme noire à la gare, est également intervenu à la tribune pour raconter ce qui lui est arrivé. Il est aussi et surtout revenu sur la campagne qui a été lancée notamment à partir du meeting « Faisons Front ! » contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie, qui s’est tenu jeudi 6 octobre à l’université de Paris 1 Tolbiac, en présence de plus de 600 personnes.

Après les interventions de la tribune, un riche dialogue entre deux générations ouvrières d’origine marocaine a ému l’ensemble des présents. D’un côté Anasse, cheminot fils de marocain et aujourd’hui délégué syndical de SUD-Rail, et de l’autre côté Abdallah, ancien ouvrier à PSA Poissy et militant CGT, arrivé de Casablanca en 1967 pour travailler sur le site Peugeot à Poissy. Celui-ci a raconté les discriminations que subissaient les ouvriers d’origine immigrée et comment ils se sont organisés pour faire face et contrer la dictature patronale. Celle-ci imposait notamment aux ouvriers de prendre leur carte dans les syndicats patronaux, tandis que militer à la CGT était synonyme de clandestinité jusqu’à la grève victorieuse de 1982. Abdallah a ému la salle, en relatant à quel point cet acharnement anti-militant l’avait marqué, au point d’en rêver encore chaque nuit aujourd’hui. Son intervention permettait surtout de se rendre compte que la répression qui s’abat férocement contre les militants aujourd’hui, s’exprimait de façon encore plus violente envers les travailleurs immigrés il y a quelques décennies.

L’ensemble des présents, touchés par ces histoires de vie et de lutte, sont partis avec l’idée de se retrouver prochainement pour une nouvelle projection-débat à Saint-Ouen, autour de la thématique des luttes ouvrières qui touchent également à l’oppression et au racisme, comme c’est le cas des luttes ouvrières dans l’automobile dans les années 80. Une chose est sûre, le prochain rendez-vous, à ne pas manquer, est celui des 19 et 20 octobre à Amiens pour soutenir les Goodyear.