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Genres et Sexualités

Les anti-IVG à l’offensive

A l’Assemblée Nationale, une députée d’extrême droite organise... un colloque d’anti-IVG

« Affronter le transhumanisme » : c'est le nom du colloque anti-IVG organisé le 17 janvier prochain à l'Assemblée nationale par la députée Marie-France Lorho. L'élue de la Ligue du Sud, le parti d'extrême droite fondé par Jacques Bompard y tiendra sa 3e édition de « la journée pour la vie »…

Le 17 janvier, les anti-IVG investissent l’Assemblée nationale. Des membres d’associations comme Choisir la vie, l’Institut du Bon Pasteur, Riposte catholique ou le journal royaliste Action française 2000, le président de la Fondation Lejeune, qui présentent toutes la particularité d’assumer des positions anti-avortement, devraient en effet se croiser au détour d’un sympathique colloque pour la « journée de la vie ». Parmis les invités, le sulfureux journal d’extrême droite Boulevard Voltaire, un site fondé par un certain… Robert Ménard, dont les dernières campagnes d’affichage faisant l’apologie du féminicide sont encore toute fraiches dans les mémoires. De quoi donner le ton… de la réaction ouverte sur toute la ligne.

Prévue quatre jours à peine avant la « marche pour la vie », le colloque compte bien être un happening pour chauffer à blanc les réactionnaires en vue de la grande manifestation annuelle des anti-IVG. Jusqu’à présent, le colloque était passée relativement inaperçue, ne soulevant publiquement aucune polémique. Il s’agit même de sa troisième édition. L’objectif a pourtant toujours été affiché. Organisé précédemment par Jacques Bompard, l’événement rassemble quasiment les mêmes intervenants, dont des personnalités de l’extrême droite catholique, comme l’abbé de Tanoüarn, Guillaume de Thieulloy, propriétaire du site d’extrême droite Le Salon beige, influent parmi les milieux catholiques traditionalistes et pro-vie, ou encore Guillaume de Prémare, ancien président de la Manif pour tous.

Certains au sein même du parti de Macron ont fait mine de s’insurger. La députée LREM Marie-Pierre Rixain, par ailleurs présidente de la Délégation aux droits des femmes, s’est dit « scandalisée que l’Assemblée nationale où Simone Veil s’est battue pour l’IVG, ouvre en 2017 ses portes à de telles idées obscurantistes », avant de suggérer le « retrait » du colloque. Le hic, c’est qu’on n’a pas entendu ces mêmes députés s’insurger de l’entrée de Darmanin, ministre homophobe au gouvernement, qui défendait notamment « Manif pour tous », « théorie du genre » et interdiction du voile et autres valeurs réactionnaires, ou encore lors de l’entrée au gouvernement, trois jours avant la Marche des Fiertés, de deux opposants au mariage pour tous.

C’est ensuite que l’entourage de Marie-France Lorho s’est ému, auprès de France Info, de « cet appel clair à la censure ». « La précédente majorité était plus dure sur ces sujets-là mais elle-même n’a pas pensé à demander l’interdiction de ce genre de réunions. « On n‘est pas d’accord avec l’évolution de la loi sur ces sujets-là et on veut y réfléchir ». Une affirmation qui a de quoi faire sourire tant l’auto-organisation des réactionnaires de tout bord semble communément admis et institutionnalisé au sein même de l’Assemblée. Pourtant, lorsqu’il s’agit pour les opprimés de pouvoir s’organiser notamment avec des espaces de non-mixité, comme le festival afro-féministe NYANSAPO, ces espaces sont bonnement interdits. Pour rappel, en 2011, un militant kurde s’est vu interdire l’entrée de l’Assemblée Nationale pour un colloque sur la question kurde…Qui a dit deux poids deux mesures ?

Mais qu’on se rassure, ce ne sont pas seulement les anti-IVG qui ont pignon sur rue à l’Assemblée Nationale. Ce sont aussi les islamophobes et identitaires de tout bord. En 2013, encore une fois Jacques Bompard, qui s’est déjà référé au mouvement d’Alain Soral, Egalité et réconciliation, dans des questions écrites à Benoît Hamon, organisait, avec Paul-Marie Couteaux, un colloque à l’Assemblée nationale en présence de nombreuses personnalités d’extrême droite. Au menu : « Pourquoi laïcité et liberté religieuse n’ont rien à voir avec l’Islam », « L’islamisation des entreprises contre la laïcité et la liberté de conscience », avec des invités de premier choix comme l’Abbé Pagès, prêtre du diocèse de Paris qui soutenait la thèse que l’Islam est une hérésie et tient un blog intitulé « Islam et Vérité », Frigide Barjot, « figure » des opposants au mariage homosexuel, ou encore l’éternel Robert Ménard.

Quoiqu’il en soit, cela fait longtemps que l’extrême-droite a pignon sur rue à l’Assemblée Nationale. Pourtant, ce n’est pas pour autant qu’il ne s’agirait pas de dénoncer, aussi bien dans la rue contre les réactionnaires anti-IVG, qu’à l’Assemblée Nationale, même si n’est pas le terrain le plus aisé, l’expression des réactionnaires de tous bords. L’on attend par ailleurs, les dénonciations des députés de la France Insoumise ou du parti Communiste, qui devraient se prononcer sous peu, on l’espère, contre l’expression de ceux qui s’organisent entre-autre pour construire un mouvement pour interdire l’IVG. Mais qu’on se rassure, cette année, le colloque anti-IVG n’aura pas le logo de l’Assemblée Nationale….




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