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Société

« Ma mère souffre chaque jour un peu plus »

A l’EHPAD des Opalines, on continue à mourir dans la souffrance. Une lettre ouverte qui interpelle

Nous relayons cette lettre ouverte très crue de la fille d’une patiente des Opalines, qui vit ses derniers jours dans des conditions indignes et révoltantes. C’est ce traitement inhumain des personnes âgées qui avait provoqué l’impressionnante grève pour la dignité des personnels de cet EHPAD du Jura pendant 117 jours au printemps-été 2017. Un an plus tard, il semblerait que les choses n’aient pas beaucoup changé, malgré les conquêtes de la lutte. Les grévistes avaient d’ailleurs averti que leur lutte n’était qu’un début…

« Comme vous le savez docteur, puisque c’est vous-même qui me l’avez annoncé, le pronostic vital de ma maman de 90 ans est engagé depuis le 3 mai. Elle a une gangrène de la jambe qui nécessite une amputation. A 90 ans on n’ampute pas les gens, donc maman a choisi et demandé à mourir dans sa chambre à la maison de retraite. Accordé. Pas d’hôpital donc. Vous m’avez rassurée en me disant que tout serait mis en oeuvre pour qu’elle ne souffre pas. Parfait, merci. Le problème c’est qu’elle souffre chaque jour un peu plus que la veille, et qu’elle ne bénéficie pas d’une prise en charge de la douleur adéquate. Un patch de morphine, puis deux, et de la morphine en gouttes. Ce traitement a marché pendant deux semaines et puis le corps s’est habitué et maman est toujours consciente, de sa mort prochaine, de sa douleur, de son état qui se dégrade.

Je vous ai demandé pourquoi vous ne mettiez pas en place le protocole de pousse-seringue qui diffuserait la morphine en continu, pas de réponse de votre part, mais vous avez dit "je suis contre l’euthanasie, c’est philosophique". Très bien docteur, mais ce n’est pas une euthanasie que l’on vous demande, juste un confort de fin de vie, qui lui permettra de mourir en douceur. Aujourd’hui à 5 heures du matin, maman baignait dans ses excréments, elle en avait jusqu’au milieu du dos. Philosophique vous avez dit ? Maintenant elle développe des escarres partout, dans le dos, elle hurle de douleur dès qu’on veut la bouger.

J’avais commencé à percevoir que vous étiez un salaud, quand vous avez si mal parlé des infirmières en grève à Foucherans, grève qui a duré trois mois, pour le droit à une meilleure prise en charge des patients, pour une prise en charge plus humaine, vous les traitiez avec mépris en faisant de ces femmes des écervelées sous l’emprise de la CGT ? Tout allait bien dans le meilleur des mondes, circulez. Vous aviez cette arrogance des gens bien-nés, vous savez le charme discret de la bourgeoisie, on traite les petits par le mépris.

J’ai essayé de parler avec vous de la prise en compte de la douleur de ma mère, et vous m’avez parlé de démocratie, que vous seriez le dernier rempart, pour un peu il aurait fallu vous passer sur le corps pour qu’elle ait enfin son pousse-seringue ! Aujourd’hui, l’infirmière cadre a clairement exprimé son refus de continuer à voir ma mère souffrir, et elle a mis en place le protocole d’injection, elle a rempli les papiers, prévenu les soins palliatifs, signé la feuille mais il faut la signature du médecin et vous avez refusé de signer. Quel est votre problème docteur ? Les femmes doivent-elles expier jusqu’au bout ? Etes-vous mortifère ? J’étais sous le choc de votre refus et je vous ai aperçu dans le couloir, et bien pour finir en beauté, vous vous êtes enfui dans votre bureau dès que vous m’avez vue pour ne pas avoir à vous expliquer.

Je finirai par paraphraser Jean Cocteau qui fait dire aux funérailles du général dans Les mariés de la tour Eiffel : « vous ne vous êtes jamais rendu, même à l’évidence », et l’évidence c’est que vous devriez vous acheter une paire de couilles, essayez, vous verrez ça vous fera du bien. En attendant maman, maman, ma petite maman ».




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