Société

Racisme et islamophobie à peine croyables

A l’affiche : « Ils arrivent », le nouveau film d’épouvante de Robert Ménard

Publié le 11 octobre 2016

Rire ou pleurer ? Le choix est difficile face au niveau d’atrocité auquel doit avoir recours Robert Ménard, maire FN de Béziers, pour abonder le discours anti-migrants et obtenir ainsi les gros titres. On peut dire qu’il sait se taper l’affiche : alors qu’il y a quelques mois déjà, on s’effarait des panneaux publicitaires parés de « Désormais, la police municipale a un nouvel ami », slogan fièrement accompagné d’un pistolet, vantant les nouvelles mesures d’armement des policiers – qui ont déjà fait un mort le mois dernier, les mêmes sucettes scandent aujourd’hui « Ils arrivent », voulant effrayer par là les Biterrois quant à l’annonce d’une augmentation des places d’accueil des migrants dans la ville. Entre détournement de la réalité et instrumentalisation islamophobe, on préférerait presque croire à une mauvaise blague.

Mar Martin

Des mensonges factuels…

 
Les affiches qui ont fleuri dans la ville ce mardi matin sont accompagnées d’un communiqué de la Mairie dénonçant « l’incroyable mépris de l’Etat pour les Biterrois  ». On peut ainsi y lire que la mairie a appris «  par une indiscrétion […] qu’un nouveau Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA) ouvrirait très prochainement ». Et ce par décision de l’État sans consultation de la municipalité. Le communiqué laisse entendre que cette arrivée de migrants serait contradictoire avec le travail de « re-dynamisation du centre-ville  ». Et finit par s’insurger d’une « politique qui consiste à ouvrir grand les portes de notre pays à une véritable immigration de peuplement », promettant la « résistance » des Biterrois.

Certains éléments ont rapidement été démentis : aucun « nouveau centre  » ne va être ouvert, mais il est question de l’extension d’un centre déjà existant, un CADA géré par la Cimade, qui offrira 40 places supplémentaires, passant ainsi de 50 à 90 hébergements proposés. Le nombre de demandeurs d’asile à Béziers sera de 170, ce qui représente 0,23% d’une population de 74 811 habitants, rien de comparable à une invasion de zombies donc, contrairement à ce que l’affiche pourrait suggérer. Par ailleurs, cette extension a lieu dans des locaux inoccupés depuis longtemps. 

… au renforcement de la propagande anti-migrants

 
Néanmoins, au-delà de la falsification des faits et la « résistance » ponctuelle, ces affiches s’inscrivent dans une cabale plus solide contre les migrants, ou plus largement, les « non-Gaulois ». Car cette affiche reprend un montage sorti il y a un an dans le Journal de Béziers, à l’époque attaqué en justice par l’AFP. On y voyait déjà à l’époque un groupe de personnes racisées, femmes voilées, sacs sur le dos et enfants sur les épaules. Devant eux, un train d’une autre époque sur lequel il est inscrit « Béziers, 3865km. Scolarité gratuite. Hébergements et allocations pour tous. » En bas, le même « Ils arrivent ! » en grosses lettres jaunes, tel un avertissement. Et en haut, une petite citation de Ménard en personne : « Notre émotion est forte. Mais aidons les réfugiés sur place !  » Entendez : « Nos ancêtres : les Gaulois ; votre actualité : nos bombes en Syrie ». Ce dossier anti-migrants s’accompagnait tranquillement d’une vidéo du maire expulsant les migrants de « sa » ville.

Il faut croire que le photomontage lui avait plu à tel point que les affiches actuelles sont presque identiques. Cette fois, c’est un groupe composé exclusivement d’hommes, racisés, représentés de sorte à ce que le spectateur soit pris au milieu de ce groupe, alors même que son regard est amené à admirer l’immense et attractif bâtiment catholique qui le surplombe. Mais la foule semble le rendre incapable de parvenir au lieu de culte. Un symbole pris au hasard pour représenter le centre-ville de Béziers ? Difficile à croire, vu le passif islamophobe de l’intéressé. En témoigne par exemple ce tweet à propos de la « polémique » de cet été autour du « burkini » :

Espérons que la « résistance des Biterrois » ne sera pas celle imaginée par Ménard, qui relève presque d’un mauvais film de science fiction, mais bien plutôt une réponse à l’unisson contre les politiques racistes et contre le désastre humanitaire que représente les massacres en Syrie et bien ailleurs.