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Jeunesse

800 personnes à l’AG de rentrée

À l’heure où Macron vide les facs par la force, le Mirail résiste et reste mobilisé

Tandis que dans de nombreuses facs les étudiants mobilisés se sont fait évacuer par les forces de répression, l’université du Mirail à Toulouse maintient le cap : mobilisés depuis le 13 décembre, les étudiants et personnels en lutte étaient plus de 800 en assemblée générale le lundi 30 avril.

Lundi 30 avril marquait la rentrée des vacances de printemps au Mirail, en lutte depuis le 13 décembre. Si le blocage, qui a débuté le 6 mars, s’est maintenu pendant les deux semaines de vacances – au cours desquelles plusieurs dizaines d’étudiants continuaient à occuper la fac - la réussite de l’assemblée générale de rentrée était très incertaine. En effet, en presque cinq mois, les étudiants et personnels du Mirail en lutte ont réussi à enjamber deux périodes de vacances scolaires sans que la mobilisation faiblisse : les vacances de Noël et la session d’examen qui s’en est suivie, ainsi que les vacances de février. Pari tenu donc, puisque cette assemblée générale de rentrée a réuni plus de 800 personnes.

À l’heure actuelle, de nombreux regards sont tournés vers le Mirail qui, par le maintient de la mobilisation depuis plusieurs mois, avec notamment Rennes 2 et Paris 8, est une épine dans le pied du gouvernement. Cela s’est traduit par une forte présence de médias nationaux (Le Monde, Cnews, AJ+, AFP, France 3…) au cours de cette assemblée générale.

Les étudiants ne gagneront pas seuls

La force de la mobilisation toulousaine est notamment issue des liens que les étudiants ont réussi à tisser avec des secteurs de travailleurs, à commencer par les personnels du Mirail à l’origine de la mobilisation, mais aussi avec les cheminots et les travailleurs de la santé. Convergence qui s’était notamment cristallisée dans un meeting de lutte organisé à la fac le 10 avril.

Ainsi, en guise d’ouverture à l’assemblée générale du Mirail, des cheminots sont venus apporter leur soutien aux étudiants et personnels mobilisés, en rappelant que si les forces de répression venaient à les déloger, ils lutteraient à leurs côtés et leur donneraient accès aux gares.

Ils étaient nombreux ce lundi à pointer les limites de la grève de deux jours sur cinq imposée par les directions syndicales aux cheminots, qui empêche les autres secteurs de s’y agréger, entraînant un manque de perspectives qui se répercute le mouvement étudiant en premier lieu. En effet, l’impossibilité de se coordonner dans la durée avec les cheminots tend à renforcer le repli sur soi des étudiants mobilisés, qui ont peu tendance à sortir des campus universitaires.

Au cœur des débats, la contradiction d’une colère généralisée qui ne s’exprime pas dans la rue

De très nombreuses interventions revenaient sur la particularité de la mobilisation étudiante actuelle : les assemblées générales sont extrêmement massives dans de multiples universités, mais les étudiants mobilisés sortent très peu dans la rue et leur lutte a peu de visibilité en dehors des campus.

Alors que les universités mobilisées sont évacuées par la force l’une après l’autre et tandis que les cheminots peinent à agréger d’autres secteurs dans la lutte, un nouveau souffle pourrait venir des lycéens – secteur particulièrement explosif et en première ligne de la sélection que cherche à imposer Macron – qui vont bientôt recevoir les résultats de Parcoursup. Ainsi, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité d’envoyer de grosses délégations étudiantes sur les lycées à la veille du 3 mai, date de grève et de mobilisation des cheminots mais aussi de l’éducation, appelée de la maternelle à l’université.

L’AG a également voté la participation du Mirail à la coordination nationale étudiante (CNE) qui se tiendra à Paris le week-end des 5 et 6 mai.

Vers la perspective d’un déblocage ?

Le Mirail reste aujourd’hui l’université la plus mobilisée, par l’ampleur de la lutte et sa durée. Mais la difficulté à se coordonner pour faire de grosses démonstrations de force dans la rue, le risque de répression policière et la tendance au repli sur soi, entraînent chez certains étudiants un manque de perspectives. Ils envisagent alors le déblocage comme une perspective qui permettrait en soi de faire bouger les lignes, d’agréger de nouveaux étudiants.

Pourtant, un déblocage du Mirail à l’initiative des étudiants en lutte ne résoudrait en rien cette contradiction : sous la pression des enseignants et de l’administration pour rattraper les cours et passer les examens, nombre d’étudiants et de personnels cesseraient de se mobiliser. De plus, le vote d’un déblocage, alors que les autres facs se font évacuer dans la violence sur ordre du gouvernement, enverrait un très mauvais signal au reste du mouvement étudiant. Si la discussion s’est ouverte au cours de l’assemblée générale, le blocage a été reconduit jusqu’à la prochaine AG à la majorité. Mais il s’agit désormais de réfléchir à la façon de transformer le blocage en point d’appui pour la mobilisation, à l’inverse du repli sur soi qu’il a engendré dans de nombreuses facs.

Mais le risque d’un déblocage par la force n’est pas non plus à écarter au Mirail. En effet, voilà plusieurs jours que l’UNI – après avoir tenté de blinder les AG pour faire voter massivement le déblocage, sans résultat – a déposé un recours au tribunal administratif pour exiger l’intervention de la police pour vider le campus. Si Richard Laganier (l’administrateur provisoire de la fac) et le préfet de Haute-Garonne affirment qu’ils sont défavorables à cette option – par peur d’une contestation qui embraserait la ville rose – rien n’est sûr quant à la décision que prendra la justice. Le rendu aura lieu mercredi et pourrait déterminer la suite de la mobilisation étudiante à Toulouse. Dès le lendemain, jeudi 3 mai, une assemblée générale est prévue, suivie d’un rassemblement devant la Cité administrative (métro Compans Cafarelli).

Dès mardi 1er mai, à Toulouse, la jeunesse a manifesté dans la rue dans un cortège combatif qui a réuni plusieurs centaines de personnes.




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