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Jeunesse

Déni de démocratie

A l’université Paris 1, le coup de force électoral qui pourrait bénéficier à l’extrême droite

Le 28 et 29 mars, à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auront lieu les élections étudiants pour renouveler le CA (Conseil d’Administration) et le CFVU (Conseil de la Formation et de la Vie Universitaire). Prétextant la mobilisation en cours contre le « plan étudiants », la direction a décidé de faire fermer 3 centres de vote. Un coup de force électoral qui pourrait bien bénéficier aux trois formations d’extrême droite en lice.

Depuis quelques jours, le centre universitaire de Tolbiac, situé dans le XIIIe arrondissement de Paris, est occupé par les étudiants mobilisés contre le plan étudiants . Ce blocage a été reconduit, malgré la présence importante d’anti-bloqueurs, par un vote massif lors de l’Assemblée Générale du lundi 27 mars : ce sont quasiment 700 personnes sur les 800 présentes qui se sont prononcées pour le blocage et l’occupation du centre universitaire.

C’est avec ce prétexte que le président de l’université, Georges Haddad, a décidé de faire fermer le centre électoral de Tolbiac. Pourtant, les étudiants mobilisés lui avaient proposé d’organiser le vote dans le bâtiment occupé, ce qui paraissait largement possible, vu les conditions actuelles de l’occupation qui se fait de manière particulièrement organisée. Jusqu’à aujourd’hui, aucune dégradation n’a été constaté et les consignes affichées sont très claires : pas de tag, interdiction de fumer à l’intérieur, pas de drogue, etc. Des cours alternatifs, une cantine et des projections de film sont par exemple organisés. Les occupants ont même arrangés un espace travail silencieux où des étudiants viennent travailler en toute tranquillité.

En cas de refus, le président de l’université avait toujours la possibilité de reporter les élections. Mais celui-ci a préféré faire feu de tout bois. Après avoir annoncé la fermeture du centre de Tolbiac, celui-ci a même étendu la fermeture aux centres de René Cassin et de Saint-Charles dans la journée de mardi. Les trois centres fermés seront délocalisés au Panthéon. Cette décision va réduire très fortement la participation des étudiants aux élections étudiantes, un scandale quand on sait qu’en 2016 seul 7,4% des étudiants de l’université s’étaient prononcés lors du scrutin et que les trois centres fermés représentent 66,3% du corps électoral.

De plus, cette décision va fortement modifier les équilibres électoraux étant donné que les différents centres électoraux présentent des profils très différents. Les centres de Tolbiac et de Saint-Charles, épicentres des mobilisations de l’université depuis plusieurs années, sont réputés pour voter (très) à gauche. En 2016, les listes de l’UNEF et de Solidaires-Etudiants avaient réuni 84,24% des suffrages à Saint-Charles, un score bien supérieur à la moyenne de 41,39% à l’échelle de l’université. Le centre du Panthéon, lui, avait été le cœur du vote d’extrême droite avec un score de 4,72% pour La Cocard, largement au-dessus de la moyenne de 2,57% sur l’ensemble des centres.

Or, cette situation pourrait être encore plus prononcée cette année dans un contexte où l’extrême-droite est à l’offensive, notamment face aux étudiants mobilisés contre la sélection à l’université. Cette année, ce ne sont pas une mais trois listes labellisées d’extrême droite qui se présentent : La Cocarde, L’Union des Etudiants Patriotes ou encore Alliance. Elles sont de plus renforcées par les prises de position d’enseignants-chercheurs cautionnant la violence exercée par les étudiants, à l’image de cette tribune de François Xavier-Lucas justifiant l’attaque commise par un commando fasciste contre les étudiants de Montpellier, auquel la présidence ne trouve rien à redire. Le coup de force électoral décidé par le président de l’université pourrait bien jouer à plein en faveur de l’extrême droite. Il constitue dans tous les cas une attaque frontale contre une « démocratie universitaire » déjà très relative, et les étudiants de l’université, en particulier celles et ceux qui sont mobilisés actuellement contre le « plan étudiants », auquel Georges Haddad s’était pourtant dit opposé.

Crédit photo : Julien Pitinome/NurPhoto/AFP




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