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Les ordures sont à Matignon

À la violence policière, les éboueurs de Paris répondent par la démocratie ouvrière

Publié le 8 juin 2016

Mercredi matin, les CRS ont tenté de déloger les éboueurs de la propreté de la ville de Paris, sans succès. En effet, en assemblée générale, les grévistes ont reconduit la grève à 95%, rendant inutile l’intervention des briseurs de grève.

Arthur Nicola

C’est l’occasion de faire le point sur la grève des territoriaux de la ville de Paris alors que les poubelles commencent à s’entasser dans certains quartiers. Après 10 jours de blocage, l’incinérateur d’Ivry est maintenant à l’arrêt total : il faudra 900 tonnes de bois et un jour et demi pour le redémarrer. C’est contre la loi travail, mais aussi plus généralement pour la reconnaissance de la pénibilité de leur métier que les ouvriers sont en grève. L’ambiance sur le piquet était très bonne : pour beaucoup de salariés, c’est aussi l’occasion de rencontrer les collègues dans un cadre autre que celui imposé par les chefs.

A Paris, le dépôt de déchets de Romainville était bloqué par les territoriaux de ce matin. D’autre part, l’incinérateur de la TIRU de Saint Ouen sera en grève demain. Les garages des camions sont eux aussi bloqués : ceux d’Ivry Victor Hugo, et de Romainville sont en grève majoritaire, tandis que ceux de Saint Ouen, Issy les Moulineaux, Aubervilliers et Porte de Clichy sont en grève minoritaire. Quoiqu’il en soit, une grande solidarité s’installe, les grévistes d’un site n’hésitant pas à se déplacer pour bloquer d’autres dépôts.

La stratégie de division des salariés et de libéralisation des services publics marche en partie. Sur Paris, les déchets de près de la moitié des arrondissements (1er, 3ème, 4ème, 7ème, 10ème, 11ème, 13ème, 15ème, 18ème, 19ème) sont collectés par des entreprises privées comme Derichebourg ou Veolia : ce sont les camions de ces entreprises qui acheminent difficilement les déchets jusqu’à Chartres. Souvent en situation précaire, il est difficile pour les salariés du privé de se mettre en grève : beaucoup sont en intérim et ne peuvent risquer de ne pas se faire réengager.

Crédits photo : Gueules de Parisiens