Genres et Sexualités

Libération sexuelle

A-t-on besoin de n’être que deux en amour ?

Publié le 9 septembre 2016

Tabea Winter, Klasse Gegen Klasse

« Plaisir de savoir qu’une personne que l’on aime revendique aussi son amour envers une autre personne ». Ainsi décrivent Thomas Schroedter et Christina Vetter le polyamour dans leur livre Polyamour. Un souvenir. Mais quel est l’origine du couple monogame et les considérations des auteurs suffisent-elles à le dépasser ?

Polyamour. Ce terme est aujourd’hui dans toutes les bouches. Thomas Schroedter et Christina Vetter tentent de décrire ce phénomène dans leur ouvrage paru en 2010. Au-delà de toutes les tentatives pour décrire ce qu’est « l’amour », ils se consacrent aux différentes formes historiques de la vie commune. Ainsi, ils nous montrent aussi bien l’amour dans la Grèce antique que le couple monogame catholique au Moyen-Âge. Ils nous décrivent aussi différentes formes d’amour non-monogames, qui vont de la relation libre jusqu’à la « polyfidélité » (vie commune et relations libres, dans un cadre à caractère familial).

Une part importante du livre thématise la théorie queer de Judith Butler dans sa dimension de polyamour. La théorie queer est considérée par l’auteur comme progressiste. Mais pour elle, le plus difficile est de définir ce qu’est cette théorie.

« A présent, le terme queer est un pot-pourri pour décrire tous ceux qui sont différents, c’est-à-dire ceux qui ne correspondent pas ou ne veulent pas correspondre au schéma dominant qui est celui de l’hétéronormativité. »

Ils se réfèrent de façon positive à la théorie de la « matrice hétérosexuelle » de Judith Butler. Même si la théorie queer est difficile à associer au polyamour, les auteurs voient un lien entre les deux au travers de la métaphore d’une boule à facette, qui éclaire différemment selon la lumière qu’elle rencontre :

«  Je suis une boule à facettes, une surface de projection. Mes facettes scintillent à la lumière. Tu peux voir ce que tu veux voir. Je suis une boule à facettes, et chacune d’entre elles est une petite représention de mon moi intime. Ensemble, elles forment quelque chose de rond, trop encombrant pour entrer dans un tiroir. Plus ta lumière brille sur moi, plus tu peux voir de choses. »

La vie de queer signifie pour les auteurs une séparation un peu moins raide entre les différentes formes de relations. Mais c’est également leur valeur qui est tout autre :

« En particulier la séparation que l’on fait en général entre le couple, qui permet les rapports sexuels, et les relations entre amis, « platoniques ». Il peut donc exister des formes de relations floues, qui intègrent différents aspects, sans considérer l’une comme supérieur à l’autre ou instrumentaliser les relations sexuelles pour faire du couple la forme la plus élevée de relation ». Cependant, ni dans ce passage, ni dans la description des formes de relations du passé, les auteurs n’abordent l’origine matérielle du couple monogame. Pourtant, ce n’est pas par hasard que l’hétérosexualité s’est imposée comme une norme.

Le patriarcat est apparu en même temps que la propriété privée, et depuis, tous deux détruisent main dans la main la vie de milliards de personnes. Les femmes ont longtemps été considérées comme propriété de l’homme, comme cela est décrit dans le chapitre « Tout a commencé à Babylon » et « L’humanité au Moyen-Âge ». La cellule familiale bourgeoise consolide la domination idéologique du capital sur la vie privée. Même si dans les pays impérialistes, on tolère de plus en plus des formes alternatives de relations entre les personnes, le capitalisme demeure dépendant de l’existence de la famille. Les femmes doivent remplir leur rôle de reproductrices, en s’occupant de leur famille et faisant preuve d’ « amour et d’instinct maternel ».

En tant que marxistes féministes, nous voyons d’un regard critique le mariage monogame hétérosexuel. Cependant, nous ne considérons pas les communes hippies et l’amour libre comme une stratégie suffisante pour dépasser le capitalisme. Chacun-e d’entre nous doit pouvoir vivre le type de relation qui lui plait. Mais pour que ce soit possible pour tout le monde, nous devons combattre les causes de l’hétéronormativité et du sexisme. On ne peut décrire l’amour sous le capitalisme sans faire une critique du capitalisme lui-même.

Trad. C.R

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