^

Politique

Présidentielles

A trois jours du 1er mai, Macron en berne, Le Pen à l’offensive et l’abstention qui gronde

Quatre jours après les résultats du premier tour, Macron et Le Pen sont à nouveau en campagne. Mais face à eux se dresse un nouvel adversaire : le ni-ni, ou tous les jeunes et travailleurs qui ne veulent pas faire le choix de la peste ou du choléra.

Emmanuel Macron, dans une passe difficile malgré le Front Républicain cherche à séduire à droite

Emmanuel Macron, arrivé en tête au premier tour (24%), est à la peine dans cette nouvelle campagne qui commence. Son discours de dimanche a été mal perçu, tandis que son dîner à la Rotonde a résonné comme un remake du dîner au Fouquets de Sarkozy en 2007 : le candidat n’arrive pas à passer la seconde malgré un fort soutien de toutes les grandes formations politiques, de Fillon au PCF. On pourrait penser que ce Front Républicain, qui a réuni très large, aurait permis à Emmanuel Macron de faire un second tour « facile ».

Pourtant, il n’en est rien : contrairement à Jacques Chirac en 2002, le candidat d’En Marche ! doit faire une campagne qui n’est pas gagnée d’avance, car le « no pasaran » face à Marine Le Pen ne fait plus recette face à un électorat, notamment une partie non négligeable du peuple de gauche qui a rompu avec le PS, qui voit bien que c’est le programme d’Emmanuel Macron qui construit le terrain favorable au FN. Dès lors, dans son intervention sur TF1, ce soir, d’en appeler à la responsabilité des électeurs de faire barrage à celle qui veut sortir de l’Europe et faire sortir la France de l’histoire. Une façon d’agiter l’épouvantail du Front Républicain en usant des thèmes plutôt « majoritaire » chez les électeurs à savoir le maintien de la France dans l’Union Européenne.

Ainsi pour éviter le thème Mélenchon, Macron a choisi de s’adresser directement aux abstentionnistes au travers du prisme du FN, qu’il définit comme l’ennemi de la République. Mais, le cœur de cible, ce soir, c’était le peuple de droite vers lequel il n’a cessé de faire des appels du pied, face à Marine Le Pen, qui souhaite nationaliser, des entreprises. Face aux licenciements, il a gardé sa ligne d’acceptation de tous les plans de licenciements : « quand des entreprises ferment parce qu’elles vont mal : quand elles suppriment des emplois, elles doivent faire des plans sociaux généraux[…] chez Whirlpool, qui a donné des dividendes généreuses, les employés doivent avoir des avantages généreux ». De la même façon, il assume clairement sa méthode des plus anti-démocratiques de passer par des ordonnances pour imposer ses contre-réformes libérales. Séduire le peuple de droite, faire des injonctions aux abstentionnistes de prendre leurs responsabilités, tel était sa stratégie de contre-attaque, en martelant son projet d’une loi travail démultipliée :

« je veux une réforme du travail qui accompagne les mutation de l’économique, une réforme dès l’été : définir par la loi les grands principes, et renvoyer aux accords de branches les définitions de ce qui fait le travail »

Marine Le Pen tente de se faire passer pour le candidat des salariés et rattrape son concurrent

La fille de Jean-Marie Le Pen a commencé tout autrement la seconde partie de sa campagne, grignotant petit à petit son adversaire. Car si au milieu du mois d’avril, Marine Le Pen perdait, selon le sondage journalier opinionway pour Les Echos, à hauteur de 35% contre 65% pour Macron, les écarts n’ont cessé de se resserrer : au lendemain du premier tour, ils étaient déjà à 39% / 61%, et ils sont maintenant à 41 % / 59 %. C’est donc près de 2 points d’écarts qu’a perdu Emmanuel Macron dans les sondages en quatre jours. Une dynamique Le Pen qui peut s’expliquer avant tout par la mauvaise image qu’est en train d’acquérir Macron, après notamment le faux pas de la Rotonde, ou encore les soutiens du système qu’il ne cesse d’engranger, faisant de lui le candidat de la « mondialisation », clivage sur lequel joue Marine Le Pen.

C’est avec un discours pseudo « social » des plus gauchie que Marine Le Pen entame ce second tour en faisant une visite surprise aux salariés en grève de Whirlpool que Macron avait décidé de snober. C’est aussi sur le volet dédiabolisation que la candidate reprend l’initiative après l’erreur tactique des déclarations sur le Vel’d’hiv. La candidate a tenté de rayer le plus de marques de son passé : exit le logo du FN sur l’affiche de campagne ; exit le nom « Le Pen » sur la même affiche ; elle a même expliqué sur TF1 « qu’elle n’était pas la candidate du FN, mais qu’elle était soutenue par la formation » pour mieux se dire « candidate des français ».

Une rhétorique qui pourrait peut être payé dans dix jours, d’autant plus qu’elle attaque de plus en plus Macron, qu’elle n’hésite pas à décrire comme le candidat des « traders » ou le candidat des « banques ». Sa venue à Whirlpool hier a réussi à couper l’herbe sous le pied du candidat d’En Marche !, en continuant de le présenter comme « le candidat d’une loi travail puissance 1000 ». La candidate tente d’imposer le clivage entre les élites mondialisés et le peuple, ceux d’en bas, surtout les français de souche, qu’elle dit défendre. Des tours pour le moins grossier, car l’historique des votes du FN au parlement Européen notamment, le mettrait plus dans la case « candidat du néolibéralisme » que la case « candidat opposé à la loi-travail ».

Avant le 1er mai, de nombreuses manifestations qui remettent les deux finalistes dos à dos

Face aux deux candidats, l’atmosphère est cependant très partagée, notamment à gauche chez les classes populaires et les ouvriers qui ont pu voter pour Hamon, Mélenchon ou encore Poutou et Arthaud. En effet, face à ce choix « entre la peste et le choléra », de plus en plus de personnes ne veulent plus jouer le jeu d’un Front Républicain qui ne sert en dernière instance, en maintenant les néo-libéraux au pouvoir ne fait que nourrir le FN.

Ainsi, près de 33% des électeurs ayant voté Mélenchon voudraient s’abstenir, un taux qui a augmenté depuis dimanche soir, et ne voter ni pour la guillotine ni pour le gibet. Philippe Poutou et Nathalie Arthaud ont respectivement dit vouloir s’abstenir et voter blanc, et c’est bien cette ligne qui semble en partie se dégager dans la rue. Pour notre part, compte-tenu du système électoral Ve républicain, c’est bien l’abstention active, qui est lui comptabilisé, le vote blanc ne l’est pas, qui est notre choix. Une marque de défiance contre leur démocratie.

Dès dimanche soir, des manifestants sont descendus dans les rues pour dire « Ni patrie ni patron, ni Le Pen ni Macron » ; les manifestations, quoique pour l’instant assez minoritaires sont cependant de plus en plus importantes et augurent un premier mai qui aura une résonance présidentielle. Des dizaines de lycées parisiens bloqués ce matin, les manifestations à Lille, Rennes et Paris pourraient être le début d’une vague plus importante de rejet, contre le projet libéral de Macron incarné dans sa nouvelle loi travail ou les projets nationalistes et xénophobes de Le Pen. Ce rejet, sur le mode d’une indépendance claire de la jeunesse et du monde du travail face à deux candidats qui ne proposent au salariat que de l’écraser sous le poids de ses contre réformes serait en ce sens salutaire, comme un forme d’avertissement au futur président.




Mots-clés

Marine Le Pen   /    Manifestation   /    Présidentielles 2017   /    Journée internationale des travailleurs   /    Macron   /    FN   /    Politique