^

Société

Témoignage d’un habitant du quartier

A un an de la mort d’Adama, lacrymos et provocations des gendarmes font monter la tension à Boyenval

Ces 15 derniers jours, alors que le triste anniversaire de la mort d’Adama approche, la tension monte à Boyenval, le quartier où réside la famille Traoré à Beaumont-sur-Oise. Les descentes et les provocations policières sont quotidiennes, les armes menaçantes, le gaz lacrymogène au rendez-vous. Passées 22 heures, les habitants se voient forcés de passer par des barrages policiers pour rentrer chez eux.

Tout laisse à penser que les forces de répression cherchent des prétextes pour faire interdire la marche de commémoration de la mort d’Adama Traoré, prévue de longue date pour ce samedi 22 juillet à 14 heures à Boyenval. Nous donnons la parole à un résident du quartier, proche d’Adama.

Propos recueillis par Flora Carpentier

Peux-tu nous décrire un peu le climat qui règne à Boyenval depuis la mort d’Adama ?

Depuis les émeutes de l’été dernier, les rondes des gendarmes ont repris normalement sans incidents... mais quelques fois certains officiers s’arrêtent et descendent de leurs véhicules pour essayer de renouer un dialogue impossible avec les jeunes depuis la mort d’Adama.
La famille Traoré continuait cependant de subir des pressions, de la part des autorités et même de la justice. Deux frères sont encore en prison et un autre a été difficilement relâché.
Dans ce contexte, il est impossible pour les jeunes d’accepter que les présumés assassins de leur ami puissent venir discuter avec eux, flashball et gazeuse au point, parfois même au fusil d’assaut.

Quand on voit les vidéos qui tournent sur le net, il semble que la tension soit montée d’un cran ces derniers jours…

Oui, depuis deux semaines, la tension est devenue plus forte. Presque une année est passée, le verdict de l’expertise est tombé... c’est devenu clair pour tous... pour les gendarmes aussi, les regards sont noirs.
Le 7 juillet, à la première descente, pour un banal accident de la route dans le quartier, les gendarmes interviennent à 40 hommes casqués et boucliers... Ils sont restés stationnés sur leurs positions plus de 2 heures, jusqu’à ce que les jeunes les délogent à coups de mortier.
Depuis, c’est comme ça tous les soirs : les policiers font des barrages tous les soirs à chaque accès au quartier, avec contrôle d’identité. Ça crée un climat de tensions, les jeunes vont les caillasser, et ça finit en affrontements mortier/caillou d’un côté et flashball/lacrymo de l’autre.
Et puis au bout d’un moment, ils rentrent tous dans le quartier en bombardant à tout va sans aucune cible précise.

Ce week-end, la répression policière a été particulièrement violente ?

Oui, samedi soir, les gendarmes sont rentrés de deux endroits différents dans le quartier et tout en avançant, ils ont envoyé des palets lacrymogènes sur tout le monde. Avec des amis, on était posés tranquillement en train de fumer une chicha. Ils n’ont pas fait dans le détail, ils ont envoyé une bonne dizaine de grenades.

Du coup, dimanche soir ils sont rentrés dans le quartier sans gazer... il n’y avait plus un chat dehors... un couvre-feu imposé au lacrymogène.

Et ils ont dit une phrase qui ne vous a pas plu…

Un voisin a crié par la fenêtre d’arrêter le gaz et le chef gendarme a répondu : « il faut les éduquer ». Bien sûr, ça a tout de suite été relevé par l’un de nous... Mais ce genre de phrases est très courant depuis deux semaines, j’ai l’impression qu’ils ont changé de politique. Le jour de l’accident de la route par exemple, le chef gendarme a ordonné à ses collègues : « maintenez ça », en parlant des personnes présentes. Vendredi, une voiture de PSIG (Pelotons de surveillance et d’intervention de la gendarmerie) s’arrête au milieu des jeunes, ils sortent armés jusqu’aux dents et l’un d’eux déclare : « Je suis chez moi, vous n’êtes pas chez vous » et un autre dit « fini la médiation ». Et il y a beaucoup d’autres exemples comme ça. Ils font tout pour envenimer la situation avec les jeunes. Il y’a évidemment un but recherché.

Tu penses que leur stratégie de la tension est liée à l’approche de la commémoration de la mort d’Adama ?

C’est fort possible. La famille Traoré demande aux jeunes de se calmer afin d’éviter que la marche du 22 ne soit interdite par les autorités.

Comment s’organise la journée du 22 juillet dans le quartier ?

Tout le monde est impliqué. Du daron malien/sénégalais au père de famille algérien/tunisien/marocain, en passant par le voisin « blanc », les retraités, les jeunes… On est en train de s’organiser au niveau logistique pour l’accueil des manifestants après la marche, 350 chaises, 50 tables, la viande pour le barbecue, le charbon, le pain, l’eau, les boissons, etc. Ça prend beaucoup de temps et de moyens !

Boyenval est devenu un village dans une ville qui s’en fout de nous. Depuis le mois de juin, on a organisé plusieurs grands repas dans le quartier, des barbecues, des tournois de foot… à chaque fois tout le monde est convié, certains peuvent apporter des plats faits maison...

Le quartier vit très bien... jusqu’à il y’a environ 2 semaines, peut-être moins, où les gendarmes ont « durci un peu le ton ».

Avec la marche du 22, quel message voudrais-tu qu’il soit entendu ?

Que justice soit faite, que les responsables de la mort d’Adama soient jugés, comme tout citoyen.

Nous invitons nos lecteurs à soutenir la famille Traoré :
▶ en participant à la première commémoration de la mort d’Adama ce samedi 22 juillet à Beaumont-sur-Oise : rendez-vous à partir de 14h au rond-point de Beaumont-sur-Oise, à 10 minutes de la gare à pied (prendre la Rue de la Gare puis tourner à droite sur l’Avenue Jean Jaurès).

▶ en participant à la cagnotte pour payer les frais de justice de la famille Traoré.




Mots-clés

impunité policière   /    Adama Traoré   /    Violences policières   /    Société