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Abus sexuels en Afghanistan : l’armée américaine fait tout pour étouffer l’affaire

Ivan Matewan L’armée états-unienne souffre de toute évidence d’un « mal de dents » en Afghanistan. C’est ainsi que la population fait référence aux abus sexuels sur mineur commis par des militaires et policiers afghans. La presse vient de les révéler malgré la tentative acharnée de l’armée états-unienne pour étouffer l’affaire. Affirmant qu’il s’agit avant tout d’un « problème culturel », l’armée de la puissance nord-américaine a ordonné à ses membres d’ignorer les abus sexuels dont étaient victimes de jeunes garçons afghans aux mains des seigneurs de la guerre alliés.

Le journal états-unien The New York Times a récemment révélé ce que l’armée américaine en Afghanistan dissimulait : des abus sexuels sur mineurs commis par les commandants militaires afghans ont été cachés sous le tapis pendant plusieurs années. Ainsi, l’état-major états-unien a ordonné des années durant à ses soldats de passer sous silence les multiples cas d’abus sur jeunes garçons, alors même que ceux-ci se produisaient sous leurs yeux. Certains d’entre eux, qui ont osé briser le silence, se sont retrouvés devant les tribunaux et lourdement sanctionnés.

Cette situation s’est progressivement installée, au fur et à mesure que l’armée états-unienne recrutait, finançait et entraînait les milices afghanes pour combattre les talibans après 2001. Dans certains cas, les États-Unis sont allés, en toute connaissance de cause, jusqu’à mettre des commandants militaires accusés de pédophilie à la tête de certains villages.

En effet, l’abus sexuel sur mineurs est une arme souvent employée en Afghanistan par les seigneurs de la guerre afin d’assurer le contrôle des populations et d’affirmer leur haut statut social. Cette pratique a même un nom – bacha bazi  – et consiste principalement en l’enlèvement et la prostitution de garçons prépubères, vendus à des hommes puissants pour les divertir comme danseurs ou véritables esclaves sexuels.

L’armée justifie sa politique en affirmant que l’enlèvement et le viol de jeunes garçons est en réalité un problème « culturel » qui devrait être traité dans le cadre de la loi nationale afghane. Mais la politique de non-intervention en cette matière, notion pourtant foncièrement étrangère à l’impérialisme états-unien dans d’autres domaines, vise surtout à maintenir de bons rapports avec les miliciens et seigneurs de la guerre qu’ils ont entraînés et financés pendant les dix ans de guerre contre les talibans. Certains soldats ont même déclaré, bien que personnellement dérangés par les abus dont ils étaient témoins, que « si on regarde la situation dans son ensemble, l’objectif n’était pas la lutte contre les agressions sexuelles, mais bien la lutte contre les talibans. »

Les États-Unis et son appareil militaire ont déployé beaucoup d’efforts pour minimiser et justifier les actes odieux de ces seigneurs de la guerre qui s’enrichissent impunément sur le dos des populations locales qu’ils maintiennent dans un état de peur constante, comme ce cas d’une jeune mère afghane qui raconte que son fils a été réduit en esclavage sexuel et enchaîné à un lit par un commandant de police collaborant étroitement avec l’armée états-unienne. Quand elle a réclamé la libération de son fils, ce commandant lui a infligé des coups violents. Son fils se trouve aujourd’hui en liberté, mais tous deux craignent que cela se reproduise…

L’impérialisme états-unien a par ailleurs fait une brillante démonstration de son mépris envers les peuples qu’il pille et opprime à travers le monde. Il a su savamment s’appuyer sur cette pratique répugnante pour mieux assurer, à travers ces seigneurs de la guerre, le contrôle qu’il exerce sur le pays et la terreur qu’il y fait régner depuis plus de 14 ans. Mais ce n’est pas nouveau pour les armées impérialistes comme en témoignent les récents viols d’enfants et de femmes commis par des soldats français en Centrafrique. Malgré les témoignages dérangeants de plusieurs soldats états-uniens, l’armée de la première puissance impérialiste du monde ne semble pas disposée à mettre fin à cette politique et a décidé, pour le moment du moins, de plutôt poursuivre ces soldats en justice.




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