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Académie de Créteil : une centaine de stagiaires enseignants menacés de licenciements

Début juillet, c'est une centaine de stagiaires de l’Académie de Créteil convoquée devant le jury académique qui doit décider de leur avenir. L'affaire est révélatrice d'une situation catastrophique pour les professeurs stagiaires soumis à des pressions managériales insoutenables.

Le mercredi 5 juillet, un rassemblement devant le rectorat de Créteil a réuni les stagiaires pour exiger leur titularisation à l’issue de leur année de stage. Les stagiaires témoignent. « J’ai passé une année horrible ! On se retrouve dans des situations graves, en fragilité, parce qu’on n’est pas du tout soutenus, ni conseillés. »
Les représentants syndicaux du Snudi-FO alertent « sur les problèmes de formation des professeurs stagiaires depuis la mastérisation. Comment peut-on leur reprocher de ne pas être capables de faire classe quand on ne les a pas formés pour ? »

La « refondation » de l’école mis en place par le gouvernement Hollande avait pour pierre maîtresse la réforme de la formation des enseignants, censée « garantir une préparation au métier digne de ce nom ». La réalité est tout autre. La pression sur les enseignants-stagiaires de la part de la hiérarchie est devenue immense pour obtenir le sésame de fonctionnaire.

Cette année a vu fleurir des mobilisations dans plusieurs ESPE (école supérieure du professorat et de l’éducation) dénonçant les conditions de travail et d’études des stagiaires. A Grenoble, réunis en AG, les professeurs stagiaires ont lancé un mouvement de protestation à l’ESPE pour dénoncer le « bizutage » que constitue l’année de stage. Même constat dans l’Académie de Créteil. Tous expriment un véritable mal-être et dénoncent des contenus de formation déconnectés des besoins réels, qui font preuve d’un manque de concertation et d’encadrement et ont une conséquence réelle dans la surcharge de travail inquiétante des stagiaires. De surcroît, ils dénoncent des pressions hiérarchiques très fortes venant des ESPE, le tout dans un accompagnement infantilisant pour des enseignants ayant tout juste obtenu le concours de recrutement parfois menacés toute l’année de ne pas obtenir la titularisation. Au final, la charge de travail est énorme pour les stagiaires entre les cours à préparer et le mémoire à rendre. Et bien sûr, l’accompagnement à la réussite des stagiaires est absent.

Voilà donc qu’après avoir trimer un an les professeurs stagiaires se voient recevoir en récompense un retour à la case départ par l’Académie de Créteil. Par contre, ils pourront toujours postuler comme professeurs contractuels. Jugés pas assez bon pour être fonctionnaires mais suffisamment pour devenir des enseignants précaires de l’éducation nationale flexibles et corvéables à merci.

Selon le rapport Carle, on est passé de 1% de démissions chez les professeurs stagiaires en 2012 à 3.2% en 2015-2016 dans le premier degré. Une évolution comparable se dessine chez les stagiaires du second degré où on passe de 1.1% à 2.5%. Autrement dit, le taux de démission a triplé chez les futurs professeurs des écoles et doublé chez les futurs professeurs du secondaire.

Pire encore, la pression managériale peut pousser les enseignants stagiaires au suicide comme ce fut le cas cette année d’une institutrice stagiaire à l’ESPE d’Ivry Gargan

Ces logiques managériales du « marche ou crève » , on les retrouve dans tous les secteurs – dans le privé comme dans le public – car c’est la logique du profit de cette société capitaliste qui soumet des millions de travailleurs au chômage, alors que d’autres sont soumis à des cadences infernales ou à des pressions psychologiques qui poussent au burn-out ou au suicide.

Et le gouvernement Macron entend bien intensifier ces logiques.




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