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Politique

Complicité assumée

Accusé de viol, Darmanin a le droit à une... standing ovation à l’Assemblée

Scène peu croyable hier à l’assemblée. Gérald Darmanin , actuellement en plein cœur d’un scandale, se fait applaudir par ses collègues qui ont tenu à témoigner de leur soutien au ministre accusé de viol. Tableau d’une omerta et d'une complicité non plus cachées mais clairement assumées.

Crédits photo : vu sur start.lesechos.fr

Accusé de Viol par Sophie Spatz, alors sympathisante des l’UMP au moment des faits, le ministre de l’action et des comptes publics nie les accusations dont il fait l’objet. Sophie Spatz dénonce un abus de faiblesse et de pouvoir exercé par Gérald Darmanin, qui était à l’époque secrétaire de l’UMP chargé de mission au service des affaires juridiques. Sophie Spatz relate en effet que Gérald Darmanin a exercé à son encontre une « pression morale extrêmement forte » pour avoir des relations sexuelles avec elle, alors qu’elle était embourbée dans une affaire judiciaire qui nécessitait l’aide de ce dernier. Assurant que sa plaignante a exprimé clairement son refus d’avoir des relations sexuelles avec Darmanin, et que nous sommes de ce fait face à une rupture de consentement, l’avocate de Sophie Spatz plaide la rupture de consentement et le viol par suprise. On peut donc se surprendre de cette standing ovation reçue par Gérald Daramanin, au vu des graves accusations qui lui sont portées.

Il est difficile de ne pas prendre ces applaudissements comme un signe de soutien à l’égard du ministre qui fait l’objet d’une ouverture d’enquête dans les 3 prochains jours. Cette scène, bien qu’étrange au vu du contexte, n’est en réalité que le reflet d’une classe politique, qui protège l’un des siens et ses intérêts. Les propos tenus par Marlène Shiappa sur France Inter « Si Gérald Darmanin était mis en examen pour viol, bien évidemment, il devrait quitter le gouvernement » semblent peser peu face à cet élan de compassion, symptomatique d’un loyalisme aveugle qui était déjà bien présent au tout début de l’affaire. En effet ce dimanche, la garde des Sceaux a déclaré qu’il n’y avait « pas de doutes » sur le fait que Darmanin puisse rester au gouvernement. Tout en rappelant que, comme collègue, ce dernier était « très clair, très rigoureux, très attentif » dans ses relations avec les autres collègues. Alors que le gouvernement avait opté en 2017 pour une loi sur la moralisation de la vie publique touchant essentiellement à la corruption, ce serrage de coudes entre élus laisse transparaître la véritable hypocrisie du gouvernement Macron, prêt à défendre les siens, même si l’individu en question est accusé d’un crime aussi grave qu’un viol..

Il est fort probable que la justice patriarcale ne poursuive pas l’accusation, et que Gérald Darmanin s’en tire sans plus de justification. On pourra ( une fois de plus) faire le triste constat d’un patriarcat sclérosant de manière visible les sphères du pouvoir. D’abord, on notera la présomption d’innocence de Gérald Darmanin, renversant les rôle de la victime et de l’agresseur, un schéma récurrent dans le traitement des violences sexuelles.On relèvera aussi la mise en avant de l’ancienne activité de Call Girl de Sophie Spatz, afin de discréditer toute accusation. En guise d’illustration, le journal France soir ne se prive pas de souligner ce qu’il juge comme être une incohérence directe « Une ex-call girl a en effet déposé plainte pour viol, agression qui aurait eu lieu en 2009 » ( France soir 31 janvier 2018). Derrière l’association subtile de ces deux élément ( call-girl et plainte pour viol), on retrouve un discours bien ancré chez de nombreux internautes masculins ; « une call girl qui accepte d’aller dans un club libertin avec un homme puis dans une chambre d’hôtel et qui, plusieurs années après, crie " au viol ", c’est un peu gros... » comprenez « Elle l’avait bien cherché ». Nous avons affaire ici à une euphémisation de l’agression subie et une présomption d’innocence de l’accusé, qui ne fait pas exception dans le traitement des violences sexuelles dans notre société où la culture du viol règne en maître, et où les membres du gouvernement, ostensiblement complices, s’unissent pour défendre les leurs.