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Politique

Culture du viol

Accusé de viol, Darmanin reçoit ... le soutien de la classe politique

Malaise au sein du gouvernement : Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics est accusé de viol. Face à cette nouvelle affaire de violences sexuelles au sein de la classe politique, la réponse du gouvernement est toujours la même : omerta, complicité et impunité. Une affaire qui remet sur le devant de la scène la culture du viol et le fait que celle-ci soit entretenue par les institutions telles que l'Etat et la justice.

L’enquête préliminaire à l’encontre de Gérald Darmanin pour viol a été ouverte ce 22 janvier. Les faits, quant à eux, se sont déroulés en 2009. La victime présumée, Sophie Spatz, sympathisante de l’UMP au moment des faits, a sollicité l’aide de Darmanin, à l’époque chargé de mission au service des affaires juridiques de l’UMP, dans le cadre d’une affaire judiciaire dans laquelle elle était incriminée. Gérald Darmanin devait ainsi lui permettre d’effacer son casier judiciaire. Cependant, cette aide ne s’est pas faite sans contrepartie. Sophie Spatz relate en effet qu’en échange de son aide, Gérald Darmanin a exercé à son encontre une « pression morale extrêmement forte » pour avoir des relations sexuelles avec elle : « il va falloir m’aider vous aussi ».

Ainsi, ce dernier l’a invité à dîner, puis aux Chandelles, un chic club libertin de la capitale. Suite à cela, ce dernier devient insistant : « il me prend la main, me dit à deux reprises : Mais non, vous savez bien que je vais vous aider », se sentant prise en « otage », « Je me dis que je suis obligée : demain j’aurais ma lettre ». Selon ces faits, il est clair que nous avons affaire à un véritable abus de pouvoir et de faiblesse de la part du futur ministre. L’avocate de Sophie Spatz affirme que sa cliente « a manifesté clairement et sans ambiguïté, même si c’était de manière courtoise et avec tact, qu’elle ne souhaitait pas se plier aux sollicitations sexuelles de monsieur ». Des échanges de SMS entre Darmanin et Sophie Spatz semblent confirmer cet abus de faiblesse. Ainsi, face à cette rupture de consentement, celle-ci plaide le viol par surprise.

Face à cela, Darmanin nie bien évidemment en bloc et adopte une position victimisante : « J’ai reçu des lettres de menaces de mort, vous voyez. C’est difficile de voir qu’on peut faire naître autant de violence... C’était un homme qui écrivait, qui m’accusait d’abus de faiblesse, d’abus de pouvoir, voire de viol. Une lettre de dénonciation calomnieuse, une lettre infâme ». Plus que cela, les avocats de Darmanin invoque une « grossière intention de nuire », attaquant le passé de la présumée victime pour décrédibiliser ses propos « intention de nuire de la part d’une personne qui a déjà fait l’objet d’une condamnation pénale pour des faits de chantage ». Une présomption de mensonge qui est au cœur de la culture du viol qui structure nos sociétés patriarcales.

Une vague de soutiens pour... Gérald Darmanin !

Quasiment toutes les réactions provenant de l’entourage de Darmanin et de la classe politique témoignent de cette culture du viol et prennent le parti pris de ce dernier, le présentant comme une victime de propos calomnieux, que ce soit explicitement ou implicitement.

En effet, l’entourage du ministre déclare que Darmanin fait face à « une épreuve difficile », mais que ce brave homme reste « combattif »... Celui-ci étant de fait, et ce avant tout procès et vérification des propos de Sophie Spatz, traitée comme la victime dans cette affaire. Nous voici ici confronté à une belle inversion des rôles...

Le gouvernement, quant à lui, a également affirmé son soutien explicite à son ministre des comptes publics. Ce dimanche, la garde des Sceaux a déclaré qu’il n’y avait « pas de doutes » sur le fait que Darmanin puisse rester au gouvernement. Tout en rappelant que, comme collègue, ce dernier était « très clair, très rigoureux, très attentif » dans ses relations avec les autres collègues. Un homme rigoureux et attentif au travail et envers ses collègues ne peut-il donc pas violer une femme ? Ces propos font échos aux rhétoriques des plus sexistes qui consistent à laver les hommes de tout soupçon sous prétexte que ces derniers seraient des hommes respectables et bons sous tout rapport. À noter par ailleurs que les expériences vécues par Sophie Spatz sont utilisées à son encontre et comme preuve de sa culpabilité et de l’innocence de Darmanin. Tout d’abord par les avocats de ce dernier, qui utilisent comme significatif le fait qu’elle ait été condamnée dans une affaire de « chantage » pour décrédibiliser ses propos. Mais également de la part d’individus qui, sur les réseaux sociaux, écrivent : « Une call girl qui accepte d’aller dans un club libertin avec un homme puis dans une chambre d’hôtel et qui, plusieurs années après, crie " au viol ", c’est un peu gros... ». Une call girl (dans le cas de Sophie Spatz ancienne call girl), ne pourrait en effet pas être victime de violences sexuelles, de rapports non consentis... Le fameux « elle l’a bien cherché... ».

Parmi cette pluie de soutien, Darmanin reçoit également celui de l’ancien premier ministre, Manuel Valls, qui apporte son soutien à un « garçon de talent » : « Moi j’ai le sentiment qu’on ne peut pas avoir beaucoup de doutes, mais enfin attendons le travail de la justice, mais encore une fois il faut que ça aille vite, sinon on vit avec l’épée de Damoclès et c’est pour lui tout à fait épouvantable d’être soumis à ces accusations ». Voilà qu’avant même la fin de l’enquête et du jugement - bien que le jugement ne soit pas un gage d’innocence, la justice patriarcale acquitte de nombreux agresseurs – le débat est tranché : le présumé accusé de viol devient la victime, et la présumée victime, la coupable. Toutes ces déclarations et le traitement médiatique de cet énième affaire de viol au sein de la classe politique est symptomatique de la manière dont sont traités les cas de violences sexuelles dans notre société patriarcale, qui plus est lorsque les auteurs font partie des sphères de pouvoir. Le traitement est toujours le même, à savoir minimisation des faits, silence, complicité, responsabilisation de la victime. A travers cette affaire, c’est la culture du viol qui est mise sur le devant de la scène. En effet, la présomption d’innocence des hommes accusés de violences sexuelles, et, de fait, la présomption de mensonge pour les femmes victimes de ces violences étant au cœur de la culture du viol de nos sociétés patriarcales. Le discours patriarcal insiste en effet sur la culpabilité présumée de la victime et remet constamment en cause la parole des femmes, et ce parfois même lorsque celles-ci apportent les « preuves » des violences subies. Ce qui constitue une violence supplémentaire énorme pour les victimes de violences sexuelles, qui se retrouvent face à une banalisation des violences sexuelles et à une l’impunité qui structurent nos sociétés patriarcales et qui permet entre autre aux violences de genres de se perpétuer. Les institutions tels que l’Etat, la justice, mais également les médias, sont directement impliqués et jouent un rôle clé dans le maintien de cette impunité et de la culture du viol. D’autant plus si les auteurs sont des hommes de pouvoirs. L’affaire récente d’Harvey Weinstein ainsi que la manière dont cette nouvelle affaire de viol est traitée en témoignent. Cela démontre la réalité de la culture du viol, de l’oppression patriarcale ainsi que celle des hommes puissants, que tout protège et qui peuvent en toute impunité harceler et violer.

Une affaire qui met le gouvernement dans une situation délicate

Face a ces accusations de viol, la pression commence à se faire sentir du côté du gouvernement Macron. Tout d’abord, du côté de ses opposants politiques, qui ne se privent pas de sauter sur l’occasion. Ainsi, Laurence Saillet, porte-parole des Républicains, a indiqué lundi que, « compte tenu des graves accusations qui sont portées, et pour la sérénité de l’action publique, le ministre n’a pas d’autre choix que de démissionner ». Une autre porte-parole de LR, Lydia Guirous en a également profité pour enfoncer Macron et son gouvernement : « Sur un plan politique, on voit bien que le monde vertueux, irréprochable d’Emmanuel Macron se casse la figure ».

Outre ces pressions, qui relèvent plutôt d’une instrumentalisation que d’une réelle préoccupation féministe, plusieurs militantes féministes ont réagi. Une pétition a notamment été lancée dimanche, appelant à ce que Darmanin soit démis de ses fonctions.

Crédits photos : ©GUILLAUME SOUVANT -