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Genres et Sexualités

Justice patriarcale

Accusé de « viols en réunion », Georges Tron est acquitté

Pour rappel : en France, moins de 2% des affaires de viols aboutissent à une condamnation en cour d’assises.

Accusé de viol en groupe et acquité

Accusé de « viols en réunion », six ans de prison ferme avaient été requis par le parquet contre Georges Tron, et quatre pour sa complice Brigitte Gruel.

Les deux plaignantes, Virginie Ettel et Eva Loubrieu, ont accusé l’ancien secrétaire d’Etat et son ex-adjointe à la culture à la mairie de Draveil pour attouchements et pénétrations digitales entre 2007 et 2010. L’accusation de viol en réunion avait été retenu par le parquet. Pourtant, la cour d’assises de Seine-Saint-Denis a prononcé l’acquittement.

Georges Tron a toujours nié les faits. Sa défense consistait à dire qu’il était victime d’un complot de l’extreme-droite, qui avait manipulé le « ressentiment » des deux plaignantes.

 "Ça ne s’appelle pas une agression sexuelle, cela s’appelle une promotion canapé"

Les préjugés sexistes réactionnaires s’expriment clairement dans ce verdict qui ne déroge pas à la règle. Car George Tron n’est malheureusement pas une exception. Pour rappel : en France, moins de 2% des affaires de viols aboutissent à une condamnation en cour d’assises.

Plus encore, l’avocat de Georges Tron, Eric Dupond-Moretti, a dénoncé un réquisitoire "démago", qui expose selon lui les dégâts de la médiatisation et de la sacralisation des déclarations des femmes qui se posent comme victimes. L’avocat a en effet déclaré « Il y a une des dames qui raconte qu’elle est allée voir Georges Tron 26 fois, pour se faire violer, voilà ce qu’elle dit. Une autre dit : ’Je l’ai laissé me caresser la cuisse, il devait savoir que je n’étais pas consentante parce que c’est pour le boulot que je l’ai fait’. Ça ne s’appelle pas une agression sexuelle, cela s’appelle une promotion canapé. »

Une façon de banaliser et légitimer les violences faites aux femmes en niant les rapports de force et de domination non seulement entre hommes et femmes, mais surtout de subordination directe, Georges Tron usant alors de sa position hiérarchique privilégiée.

Plus encore, on apprend dans l’Express que les deux plaignantes ont dénoncé les expertises psychologiques, qui ont qualifié l’une d’entre elles d’ « un peu tragédienne » et « manipulatrice ». Là encore une démonstration de la façon dont des « expertises » légitiment des rapports de domination en niant les propos des femmes : une femme dénonçant des violences étant alors nécessairement étiquetée « hystérique ».

Un an après MeToo, et malgré la déferlante qui avait mené de nombreuses femmes à briser le silence sur les violences sexuelles, le système patriarcal démontre à travers ce procès, où un homme accusé de viol en groupe peut finir par être acquitté, l’ampleur du système patriarcal en place.

Crédits photo : (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)