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Accusée d’avoir instauré des quotas d’expulsion, la ministre britannique de l’Intérieur démissionne

Dans une lettre révélée par “The Guardian” l'ex-ministre Amber Rudd a déclaré vouloir “augmenter la quantité d'expulsions forcées de plus de 10% au cours des prochaines années”.

Crédit photo : EFE/ NEIL HALL

La ministre de l’Intérieur britannique, Amber Rudd, a présenté ce dimanche sa démission après plusieurs jours de polémique au Royaume Uni à propos de l’établissement de quotas annuels de déportations d’immigrants en situation “illégale”, cela selon les critères du droit européen des migrations.

L’opposition, après avoir nié être au courant de ces quotas durant une commission parlementaire, avait terminé par demander sa démission à la suite de la publication par les médias britanniques de documents indiquant qu’elle en avait effectivement déjà été informée.

La première ministre, la conservatrice Theresa May, “a accepté cette nuit sa démission”, selon un porte-parole de Downing Street, le bureau officielle de la cheffe du gouvernement.

Une lettre envoyée par Rudd à May en janvier 2017 a été révélée ce dimanche après midi par le journal “The Guardian”, indiquant que, jusqu’à présent, la ministre s’était fixé pour objectif “d’augmenter la quantité d’expulsions forcées de plus de 10% au cours des prochaines années”.

Mercredi dernier, devant la commission de l’Intérieur de la Chambre des Communes, Rudd avait assuré que son ministère n’avait pas fixé de quotas concernant l’expulsion des migrants, une position qu’elle a fini par nuancer le lendemain face à la chambre basse elle même.

Elle a fini par admettre qu’effectivement avait été mis en place des objectifs quantitatifs d’usage “interne”, tout en souhaitant assurer qu’elle n’approuvait pas ces mesures et que “jamais elle ne soutiendrait une politique qui fait passer les quotas avant les personnes”.

La polémique a surgi lorsqu’il est apparu que son ministère avait déjà commencé à appliquer des quotas d’expulsions lorsqu’il était dirigé par Theresa May qui l’avait précédée dans ses fonctions.

Diane Abbott, porte-parole du Parti travailliste pour les affaires intérieures, a appelé ce jeudi au Parlement à la démission de Rudd pour “une question d’honneur”.

La députée de l’opposition a affirmé que la ministre ne pouvait pas rester en fonction “à moins qu’elle ne soit là qu’en tant que bouclier humain de May”.

Alors même que l’on apprenait la nouvelle de la démission de la ministre, le “numéro deux” des travaillistes, Tom Watson, a déclaré que Rudd “était en train de payer le prix de la personne initialement responsable de ce scandale, Theresa May”.

Le gouvernement conservateur était déjà impliqué depuis plusieurs jours dans le dénommé scandale de la “génération Windrush”, ces milliers de personnes qui sont arrivées au Royaume Uni entre 1948 et 1973, originaires des pays caribéens qui, ces dernières années ont vu leur statut devenir illégal alors qu’elles avaient résidé dans le pays depuis des décennies, lorsque le pays accueillait en masse une main d’oeuvre peu couteuse pour l’exploiter à bas prix et poursuivre sa reconstruction.

Un resserrement de la loi qu’avait promulgué May lorsqu’elle était en fonction à l’Intérieur eut pour conséquence la nécessité pour ces personnes de prouver avec des documents officiels toutes les années qu’elles avaient vécu au Royaume Uni, un processus bureaucratique que certains d’entre eux n’étaient pas en mesure de respecter.

Face à cette situation, plusieurs d’entre eux ont perdu leur emploi, se sont vus nier leur accès à la santé, ont reçu des menaces de déportation ou n’ont pas pu retourner au Royaume-Uni après avoir visité son pays d’origine.

Ce lundi, la première ministre britannique, Theresa May, a nommé Sajid Javid comme nouveau titulaire à l’Intérieur devant la démission de Amber Rudd.

Sajid Javid, fils de conducteur de bus d’origine pakistannaise, était jusqu’à présent ministre pour l’administration locale, poste qu’occupera désormais le député conservateur James Brokenshire, qui fut jusqu’à janvier dernier ministre en Irlande du Nord.

Le nouveau responsable de l’Intérieur, âgé de 48 ans, entrait pour la première fois au Parlement en 2010, et avait soutenu la campagne contre le Brexit dans le référendum du 23 juin 2016, durant lequel les britanniques votèrent en faveur de la sortie du bloc européen.




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