Politique

Par la voix de leur avocate, 3 policiers s’expriment !

Adama Traoré. L’argumentaire policier en train de se fissurer au grand jour ?

Publié le 12 octobre 2016

Trois mois après les faits, il semble que des langues se délient au sein de l’institution policière. En effet, par la voix de leur avocate, Me Caty Richard, les trois policiers ayant initialement interpellé Adama Traoré sont sortis du silence … et leur discours a pour le moins fissuré la version policière tenue jusqu’ici. Un phénomène dû à la mobilisation autour de cet homicide ?

Frédéric Apoyo

«  Sans justice, vous n’aurez jamais la paix  ». Ce slogan, qui s’affiche en manifestation ou sur les t-shirts à la mémoire d’Adama Traoré, n’est sans doute pas étranger à la sortie médiatique de Me Caty Richard, avocate des trois policiers, qui a brisé le silence autour de cette sinistre affaire. « Mes clients n’avaient pas envie de se justifier sur ces faits alors qu’il ne s’est rien passé d’anormal lors de leur mission. Mais aujourd’hui, ils ont trop entendu dire qu’on leur reprochait des violences ayant entraîné la mort, puis un homicide involontaire et maintenant une non-assistance à personne en danger », a ainsi annoncé en préambule l’avocate, ce qui en soit est une véritable bombe vis-à-vis de la version policière tenue jusqu’alors. On ne parle plus d’accident mais d’homicide involontaire et de non-assistance à personne à danger … au sein même du commissariat.

« Mes clients n’ont rien remarqué d’anormal quant à son état de santé. À chaque fois, Adama Traoré repart en courant… », a ainsi précisé Me Richard. « Depuis, ils ont fait l’objet de menaces de mort, ils ont été mutés très rapidement dans leur intérêt, un déménagement brutal pour eux et leur famille. Et bien sûr qu’ils ont été affectés d’apprendre le décès de ce jeune homme de 24 ans. Pour mes clients aussi les conséquences humaines de ce drame sont terribles. » Une façon très claire pour ces policiers de se délimiter des faits dramatiques qui se sont déroulés au sein du commissariat, où Adama Traoré a trouvé la mort ce soir-là. Une forme de désolidarisation qui n’est pas due au fruit du hasard, alors que les cas de meurtres ou mutilations policières sont légion … et que le discours tenu est peu ou prou toujours le même : celui de l’accident, au mieux de la bavure, qui ne remet jamais en question la responsabilité de l’institution policière.

Dans ce cadre, nul doute que la mobilisation autour de l’affaire Adama Traoré a joué un rôle central. Outre les quatre nuits de révolte qui ont suivi le drame à Persan et Beaumont-sur-Oise, de nombreuses manifestations se sont tenues et la campagne Justice pour Adama n’a depuis pas faibli, s’imposant dans la durée. Face à cette pression populaire, les langues commencent à se délier et, comme le disait Assa Traoré au meeting de Tolbiac, qui a réuni 600 personnes jeudi dernier autour du thème de la répression et des violences policières, des brides de vérités vont progressivement sortir sur la place publique. Ces déclarations en sont un exemple frappant, ou les policiers ayant interpellé initialement Adama Traoré ne veulent en aucun cas payer les pots cassés face à ce qui s’apparente à une affaire délicate pour l’institution policière, qui a bien du mal à couvrir la « bavure » comme à l’accoutumée. Bien sûr, le combat est loin d’être fini et l’ouverture d’une enquête autour d’une accusation d’homicide est aujourd’hui une hypothèse crédible. Quoi qu’il en soit, et le cas de Zyed et Bouna fait office de jurisprudence , la pression de la rue ne doit pas être relâchée pour faire sortir définitivement la vérité du bois. L’émergence d’un front démocratique large, rassemblant l’ensemble des victimes de violences policières dans les quartiers, en manifestations et les victimes de la répression syndicales, peut être un appui décisif dans ce combat afin d’établir un rapport de force capable de faire plier une institution aussi solide que celle de la police.