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Politique

Recueilli par L’Humanité

Affaire Benalla. « Vous l’avez tabassé il faut l’emmener à l’hôpital », un nouveau témoignage place de la Contrescarpe.

Un étudiant, Wilson, 26 ans, étudiant en histoire de l'art, habitant près de la place de la Contrescarpe, a assisté à l’agression d’un jeune homme par le conseiller de Macron, Benalla. Interviewé par l’Humanité, il raconte la scène de violence à laquelle il a assisté.

Une nouvelle vidéo de l’agression :

Extrait du témoignage :

Je suis étudiant en histoire de l’art à Paris 4, j’habite rue Mouffetard, pas très loin de la place de la Contrescarpe. Le jour du 1er mai j’étais chez moi, en train de travailler, car la bibliothèque que je fréquente était fermée. J’ai entendu des bruits dans la rue, j’ai regardé par a fenêtre et j’ai vu des manifestants qui sont entrés sur la rue Mouffetard qui étaient poursuivis par des CRS. Je suis descendu et j’ai marché jusqu’à la place de la Contrescarpe où j’ai vu qu’il y avait une occupation pacifique de la place. Disons une centaine de personnes, voire un peu plus, assis sur la place, tranquillement. Des CRS sont arrivés sur toutes les rues qui donnent à la place de la Contrescarpe pour bloquer l’accès, empêcher d’autres manifestants de gagner la place, et d’empêcher les gens de sortir.

L’Humanité : Combien étaient les CRS ? Il y avait beaucoup de camions ?

Il n’y avait pas de camions, comme les rues qui donnent sur la place de la Contrescarpe sont un peu étroites. C’étaient des CRS dans leur armure et leur bouclier, qui faisaient une sorte de mur humain, enfin… et de plastique ou de verre.

Ils ont bloqué les passages puis chargé la foule créant un mouvement de panique. A ce moment-là j’ai vu Benalla prendre une jeune fille, puis l’entraîner avec lui, comme on le voit dans les vidéos qui ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux. A ce moment-là, quand les CRS ont chargé la foule, je me suis assis à une terrasse en faisant semblant d’être un client. Je l’ai vu prendre cette jeune fille aux cheveux châtains, et l’emmener vers ses collègues, des CRS qui n’avaient pas chargé la foule, mais restaient sur les rues qui donnent sur la place. Ce jeune homme, qu’on voit dans deux vidéos être agressé par les CRS puis Benalla – j’ai l’impression que c’était son petit copain – a essayé de la récupérer, et c’est à ce moment-là que les CRS sont descendus sur lui. Dans la vidéo que j’ai faite on voit un groupe de cinq ou six CRS qui pointent ce jeune homme, l’entraînent, le traînent par terre, et lui donnent des coups de matraque.

A ce moment, quand j’ai vu ce qu’il se passait, je me suis approché … j’étais un peu loin par rapport à l’autre personne qui enregistrait. L’agression entre ce jeune homme et Benalla. Je me suis approché comme on le voit dans la vidéo, et j’ai essayé de parler avec ce Benalla parce que j’avais l’impression que ce jeune homme allait très mal, que peut-être il avait des convulsions. J’ai essayé de le convaincre de ramener ce jeune homme à l’hôpital plutôt qu’en prison, parce que ça se voyait qu’il allait très très mal.

L’Humanité : « On vous entend sur la vidéo dire « vous l’avez tabassé, il faut qu’il aille à l’hôpital

Oui il était très très mal. Après que cette autre personne qui enregistré aussi, a réussi a filmé le visage de Benalla, il est parti. A ce moment-là, les autres CRS sont aussi partis, laissant ce jeune homme-là, sans l’interpeller dans un premier temps. J’ai essayé de le redresser et comme je n’habitais pas loin, je lui ai proposé de venir chez moi pour m’occuper de lui le temps qu’on appelle une ambulance. Il n’a pas voulu laisser sa copine là, il a décidé de rester, et c’est à ce moment-là, qu’ils ont été rejoints pas les CRS, et que les deux ont été interpellés. Je n’ai pas vu ce qu’il s’est passé après.

Comment avez-vous eu ce réflexe de filmer ?

Je suis américain, ça fait 4 ans que je suis en France, dans mon pays on a aussi de gros problèmes avec les violences policières donc c’est un geste que beaucoup de gens de ma génération ont adopté. Et surtout je pense que j’étais choqué de voir la façon les CRS ont dans un premier temps chargé la foule, sur la place, car ils occupaient pacifiquement, il n’y avait pas de provocation.

Vous étiez au courant de pourquoi ces gens manifestaient et quelles étaient leurs revendications ?

Oui, je manifeste aux Jeunesses Communistes donc je savais de ce qu’il se passait ce jour-là, j’avais regardé pendant un temps à la fenêtre les échanges entre les CRS et les manifestants. A ce moment-là je ne savais pas qui c’était exactement mais j’avais vu qu’il devait y avoir une occupation pacifique ce jour-là. [...]

Est-ce que vous avez compris que des hommes casqués n’étaient pas des CRS ?

Non au contraire j’ai pensé que c’était tous des CRS, Benalla portait un casque de CRS donc j’ai cru qu’il faisait partie de leur équipe. [...]

Est-ce que vous avez des informations sur ce jeune homme ?

Malheureusement non, je lui ai donné mon numéro et mon prénom, qu’il a mis dans sa veste mais après il était extrêmement très perturbé, très désorienté.

[...]

L’ensemble du témoignage sur L’Humanité




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