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Politique

4 mois de sursis pour un sérum phi

Affaire Benalla et les inculpés du 1er mai : une justice à deux vitesses

Lors de son audition, Gérard Collomb a justifié l’agression de deux manifestants par Alexandre Benalla après la manifestation du 1er mai par un contexte politique « très violent ». Retour sur la répression du 1er mai qui s’est abattue sur les manifestants et la criminalisation de l’action politique par une justice à deux vitesses.

Depuis quelques jours, l’affaire Benalla a pris une tournure politique sans précédent depuis le début du quinquennat Macron, mettant en crise l’ensemble du gouvernement. Le 1er mai dernier, dans une situation politique polarisée par les mobilisations cheminotes et étudiantes, la manifestation annuelle de la fête du Travail, avec plus 210 000 manifestants à travers la France, a été très violemment réprimée. Pour ce 1er mai 2018, marqué par une profonde colère sociale et la détermination de tout un ensemble de secteurs de la jeunesse et des travailleurs, de nombreuses forces de police ont été mobilisées partout en France, et tout particulièrement à Paris où la police a dissous le cortège à coup de gaz lacrymogènes . C’est dans ce contexte qu’une vidéo a viralisé sur les réseaux sociaux, montrant un CRS qui violente un homme et une femme Place de la Contrescarpe, en fin de journée. Mais depuis quelques jours, le journal « Le Monde » a révélé au grand jour l’identité de l’auteur de cette agression : un proche conseiller du président de la République, Alexandre Benalla.

C’est désormais l’implication du ministre de l’intérieur, au courant de l’affaire depuis le lendemain du 1er mai, qui est pointée du doigt. Hier matin, Gérard Collomb, lors de son audition par la Commission d’enquête parlementaire, s’est réfugié derrière un contexte politique « tendu » : selon ses mots, « il était clair que pour un certain nombre de groupes, il s’agissait de casser, d’agresser les policiers dans un appel assumé « à saper tout cadre légal » » le 1er mai dans le quartier Latin. Le ministre de l’intérieur a en effet décrit des individus « violents » et des affrontements Place de la Contrescarpe sans précédent : « des moments d’une brutalité inouïe ».

Une version largement démentie d’une part par la vidéo, qui montre bien que le jeune homme brutalisé par Benalla était pacifique au moment de l’intervention, mais également par les nombreux témoignages des manifestants. Lucas (*), présent ce jour-là, raconte « Je suis arrivé dans le quartier latin après la manifestation, l’ambiance était très tranquille. Aucun manifestant n’était masqué, les gens papotaient, c’était très détendu. Mais tout à coup, les CRS nous ont chargé, sans aucune raison, ils ont gazé tout le monde et ont embarqué des dizaines de personnes sans raison. »

En réalité, l’affaire Benalla est une nouvelle fois l’expression d’une justice à deux vitesses : celle qui couvre un proche de Macron pour des faits de violence, et qui dans un autre temps condamne à des peines lourdes des manifestants du 1er mai. En effet, ce jour-là, des dizaines de jeunes sont interpellés et passent pour certains 72h en garde-à-vue avant d’être jugés en comparution immédiate pour des dossiers vides. Le 3 et le 4 mai de nombreux procès politiques se succèdent contre les manifestants et les sanctions tombent. L’un d’entre eux, T., interpellé à la manifestation du 1er mai est arrêté Place de la Bastille alors qu’il attend sa copine. Vêtu d’un sweat turquoise, le jeune homme est bien loin du profil « casseur » que les médias véhiculeront après la manifestation. Il est condamné à 1000 euros d’amende pour la détention d’un fumigène. Un autre, dont le procès a été reporté à mi-juin, est lui condamné à quatre mois de prison avec sursis, pour la détention de sérum physiologique et le port d’un sweat noir.

Plus généralement, c’est cette même justice qui ne condamne que très rarement les policiers qui tuent des jeunes dans les quartiers populaires, qui protège les politiciens mais qui dans le même temps ne cesse d’incriminer ses opposants politiques, qu’ils soient syndicalistes, à l’image de l’acharnement judiciaire contre Philippe Poutou ou Gaël Quirante, ou de simples manifestants comme ceux du 1er mai.




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