Politique

Une question de train de vie…

Affaire Cahuzac, en rire et en larmes. Plongée au cœur du mensonge « démocratique ».

Publié le 13 septembre 2016

Une fois n’est pas coutume. Jour après jour, c’est plutôt aux chômeurs, aux sans-papiers, aux « assistés », comme ils disent, de justifier de leurs actes et de leurs modes de vie. Mais aujourd’hui à la barre du tribunal, c’est bien plus que Cahuzac que l’on voit s’effondrer dans le ridicule : c’est bien le masque « démocratique » et « progressiste » des institutions et des gouvernants qui nous dirigent. Retour sur les dernières révélations de « l’affaire Cahuzac ».

Marah Macna

Drame familial

 

Est-ce le caractère quelque peu dramatique du personnage, ou au contraire sa banalité ? Toujours est-il que l’affaire Cahuzac ne semble pas avoir fini de dévoiler tout ce que cache nos élus et ministres. Une vie de vacances à la Beaule et de « goût de luxe », telle que l’exprime Patricia Cahuzac, future ex-épouse de l’ex-ministre inculpée comme lui pour fraude fiscale. Au fond, tout cet argent, ils n’en avaient pas besoin, elle se serait contentée dit-elle « d’un poulet rôti à la campagne ». Mais pour Jérôme Cahuzac, il s’agissait néanmoins de maintenir le standing de la famille : « privé d’indemnités parlementaires, mes revenus s’en ressentent forcément : je ne peux plus assumer le train de vie de ma famille. » Pire encore, dit-il à la barre, je suis déjà très souvent absent physiquement, absent psychologiquement. En 2003, je ne peux pas financer les vacances », relate-t-il. « Je n’ai pas su concilier les deux impératifs [vie professionnelle et familiale] ou en sacrifier un. » Voilà pourquoi il aurait commencé, avec sa femme, à utiliser le compte de sa mère, Thérèse Cahuzac, et à faire passer de l’argent sur des comptes sur l’île du Mans et en Suisse, évitant ainsi les charges fiscales. Quand des milliers de travailleurs luttent à chaque fin de mois pour tenir les deux bouts, et quand « concilier » vie familiale et professionnelle devient de plus en plus difficile à mesure que s’accentue la précarité, la triste vie de Jérôme Cahuzac a de quoi faire rire… jaune bien entendu.

Et pourtant, dans les médias, c’est bien de cette « triste vie » que dépeignent si bien les journalistes pour relater le déroulement du procès. Un homme effondré, sujet aux pensées suicidaires, tel est le personnage qui est dépeint. Une « vie broyée » : « Je ne suis pas un professionnel du mensonge. J’ai été pris dans une histoire terrible, triste, qui m’a complètement dépassé... », raconte-t-il, lui qui n’a pas assumé que ses « responsabilités politiques devaient avoir comme conséquence une diminution du train de vie de [sa] famille ».

Mais ce personnage tend à se fissurer lorsque c’est Patricia Cahuzac qui reprend la parole, et la farce laisse place à la réalité. Celle que son ex-mari cherche à accabler assume une vérité : les époux savaient être dans l’illégalité. Et il n’est pas difficile de la croire quand on sait à quel point, chez Cahuzac comme chez tant d’autres, lorsqu’on est à un certain niveau de richesse et de hautes fonctions politiques, on peut « jouer » avec la légalité.

Derrière les ors de la République

 

Car derrière les larmes de crocodile que Cahuzac déverse à la barre, il y a la tranquillité avec laquelle il a pu, pendant des années, être un escroc en col blanc. En 2007 déjà, des années avant qu’explose « l’affaire Cahuzac », l’ex-ministre était condamné pour avoir employé dans sa clinique une travailleuse sans papier, payée 250 euros par mois pour 40 heures de travail. Pour les sans papiers qui ont le malheur de se retrouver dans les mailles de la justice française, c’est la violence des camps de rétention auquel ils ont droit. Pour Cahuzac, déjà intégré au milieu de la gauche caviar, dans les jupons de Michel Rocard, un petit chèque de remboursement à l’URSAFF, et l’on s’en tire à bon frais, sans même que cela soit inscrit à son casier judiciaire. Nul doute que lorsqu’on est à cette place sociale qui est la sienne, savoir qu’on est dans l’illégalité pour fraude fiscale pendant des dizaines d’années ne fait pas vraiment peur.

C’est d’ailleurs cette conviction qui lui a certainement permis d’accepter sans hésitation le poste de Ministre du Budget chargé de résoudre la dette publique, ou bien promettre sans sourciller devant l’Assemblée Nationale, en décembre 2012 après les révélations de Médiapart, qu’il ne s’était jamais rendu coupable de fraude fiscale. Mais comme le révèle l’affaire Cahuzac, il ne s’agit pas là d’un homme, ni même d’une famille bourgeoise habituée à son train de vie confortable, mais bien d’un système qui rend cela possible. Et c’est pourquoi la défense de Cahuzac est parsemée de hautes têtes politiques, de Rocard à Marine Le Pen, jusqu’à Hollande à qui l’ex-ministre promet « n’avoir jamais menti », et que cela ne nous étonne même plus.

Car ce « train de vie » que Jérôme Cahuzac cherchait à faire perdurer grâce à la fraude fiscale suite à la perte de ses indemnités parlementaires, c’est un train de vie dont profitent tous les élus, loin de nos salaires réels. Il est ainsi très facile de se considérer au-dessus de ceux qui au quotidien subiront l’austérité imposée par le Ministre du Budget. Il est possible que ce ministre-là se retrouve à payer, pour lui-même et pour d’autres, dans cette affaire là. Mais pas pour tous les autres, et pour ce pseudo-système démocratique, nous aurons à nous battre pour que rien ne reste impuni, et quelque soit les petites misères de leur « train de vie » qu’ils financent sur notre dos.