Politique

Violences policières contre un prof à Saint-Denis

Affaire Guillaume Vadot. Une journaliste de BuzzFeed a rencontré des témoins

Publié le 28 septembre 2016

Après le témoignage de Guillaume Vadot, agressé par la police, de nombreux appels à témoins ont été lancés par les médias suite à l’exposition des faits ce lundi à la conférence de presse. BuzzFeed News a fait sa propre enquête et a recueilli des témoignages de trois hommes interrogés qui confirment les faits exposés par Guillaume Vadot. Nous relayons ci-dessous des extraits de l’article publié par BuzzFeed News.

Journaliste : Assma Maad

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La nuit tombe lorsque le RER D arrive en gare de Saint-Denis. Il est 20h et le hall est quasi vide ce mardi. Sur la place de la gare, le parvis est peuplé par une vingtaine de personnes qui discutent avec des amis, ou attendent seuls, le regard tourné vers leurs smartphone. Quelques vendeurs à la sauvette tendent leurs paquets de cigarettes aux passants devant un grand stand de fruits et légumes qu’il est difficile de rater. Rissmo Kongo, un homme de 34 ans qui arbore une petite barbe, parcourt la place pour essayer de reconstituer la scène à laquelle il a assisté cinq jours avant.

« Une femme a été interpellée, je l’ai entendue crier »

Jeudi 22 septembre au soir, sur cette même place de la gare, il nous raconte avoir vu la police frapper Guillaume Vadot, un enseignant de la Sorbonne âgé de 28 ans et dont le témoignage a été massivement relayé sur les réseaux sociaux. Militant activiste des droits de l’homme, Rissmo Kongo était présent depuis l’après-midi pour réaliser un micro-trottoir sur l’esclavage en Mauritanie. Il raconte que plusieurs policiers étaient à la gare.

« Ce jour-là, il y avait un barrage pour contrôler les gens qui avaient des billets, les policiers étaient placés du côté de la sortie droite de la gare. Après 19h, une femme s’est fait interpeller, je l’ai entendue crier, alors j’ai cherché à savoir ce qui s’était passé. »

Il précise que des membres de la police ferroviaire et de la police nationale formaient un cordon de sécurité devant la femme noire interpellée. « Au début il y avait entre 15 et 20 policiers, mais quand les gens ont commencé à s’attrouper là où il y avait la scène, les équipes de policiers ont augmenté », se rappelle-t-il.

Puis il aperçoit Guillaume Vadot avec son téléphone. Il dit l’avoir vu se faire plaquer contre la porte grise située sur le côté droit de la gare. « La personne qui a commencé à filmer s’est fait plaquer par les policiers, il a commencé à se prendre des coups et j’entendais son amie qui l’accompagnait demander aux policiers pourquoi ils l’avaient intercepté ». Rissmo Kongo raconte avoir fui après une charge de la police destinée à disperser la foule attroupée autour, et dit avoir aussi pris un coup de matraque au passage par un des policiers.

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« Il a filmé la police mais ça ne leur a pas plu »

« La scène s’est passée très vite », raconte Moussa (le prénom a été changé à sa demande), un deuxième témoin de la scène interrogé par BuzzFeed News. Cet intérimaire de 30 ans confirme qu’une femme avait été interpellée avant que Guillaume Vadot ne se fasse repérer par les policiers. « Je l’ai entendue crier, j’ai vu la police sortir de la gare avec la femme et se mettre sur le côté pour attendre que leur voiture arrive. » Il ajoute qu’un attroupement s’est rapidement formé autour des policiers et de la femme « aux cris stridents », lorsqu’il a aperçu l’enseignant arriver par l’un des couloirs de la gare.

« Un homme qui arrivait du tunnel avec une femme à ses côtés sortait de la gare, il a filmé la police mais ça ne leur a pas plu, explique-t-il. L’un d’entre eux a décidé de contrôler le monsieur, la femme a commencé à protester puis elle a reculé. » Moussa s’est ensuite éloigné de la scène lorsque les policiers ont dispersé la place.

Du côté droit de la gare, un groupe de quatre personnes discutent, l’un assis sur un scooter appuyé sur le mur, et les trois autres autour. « Hey m’dame moi j’ai tout vu, j’étais là, ça s’est passé juste ici », crie Abel (il a demandé à ce qu’on modifie son prénom parce qu’il est sans-papiers), l’un des hommes debout, en pointant du doigt la porte grise juste à côté. Guillaume Vadot a confirmé à BuzzFeed News que l’altercation avec la police s’est passée là. Une caméra est située juste au-dessus de la porte grise.

« Ne filme pas sinon on va te frapper »

« Je ne me souviens plus de l’heure, mais c’était après 19h car la nuit commençait à tomber, explique Abel à BuzzFeed News. Le monsieur était derrière la grille, à l’intérieur de la gare, quand il a sorti son portable après avoir vu la femme crier de douleur. Mais les policiers lui ont dit qu’il n’avait pas le droit de filmer ». Abel a sorti à son tour son téléphone, comme a pu le voir le gérant du taxiphone de la place, mais un policier lui a ordonné de ranger son portable en le menaçant avec une matraque. Abel dit que le policier lui a ordonné : « Ne filme pas sinon on va te frapper », et qu’il s’est exécuté sans perdre des yeux la scène.

« Ils ont plaqué le monsieur contre la porte grise, ont tordu son bras, ensuite ils lui ont mis un coup de taser parce que le mec ne voulait pas lâcher son téléphone », explique Abel :

« Puis ils l’ont fouillé, ils ont pris son portable, un des policiers a collé son pied et sa main gauche contre le monsieur et il l’a palpé avec la main droite. »

Pendant ce temps, il raconte que la femme aux menottes avait été embarquée dans un véhicule de police. « Après pour le lâcher, ils ont fait une diversion en nous chargeant et nous demandant de circuler, c’était une manière de nous faire partir. »
Abel affirme alors avoir aperçu alors Guillaume au loin partir avec son amie : « Je vais vous dire, je suis un peu plus fort que le monsieur, mais la manière dont ils lui ont tordu le bras, même moi ça m’aurait tué l’épaule. »

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