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Révélations Médiapart

Lafarge. Ou quand un élu FN participe au financement de Daech

Un élu FN, Jean-Claude Veillard, est très impliqué dans l'affaire du financement de Daech par le cimentier Lafarge. Ou quand le terrorisme, le capitalisme, le Front National et l’extrême droite, font bon ménage.

Le rôle joué par l’entreprise française Lafarge dans le chaos en Syrie n’est pas une nouveauté. La responsabilité de l’Etat français impérialiste, et des derniers gouvernements, dans le massacre Syrien, non plus. L’affaire révélée par Mediapart, en plein second tour des élections présidentielles, alors que le FN brigue l’Elysée, vient pointer, preuves à l’appui, les liens entre le FN, et Daech. Les faits ? En 2014, Jean-Claude Veillard était à la fois cinquième sur la liste du trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, lors des municipales à Paris, et dans le même temps le directeur sûreté du cimentier Lafarge supervisant les « négociations » entre l’entreprise et l’Etat islamique.

Marine Le Pen et le Front National ont fait de la lutte contre le terrorisme, contre Daesh, le cœur de leur programme. La solution lepéniste contre Daech ? Fermer les frontières, instaurer l’état d’urgence permanent, renvoyer les migrants, augmenter les effectifs de police, chasser les fichés « S ». Marine Le Pen aime à dire, ces dernières années et principalement sous le quinquennat Hollande, quand elle s’imagine présidente de l’état français, qu’une fois arrivée au pouvoir, elle mènera une « guerre de tranchées » à Daech en s’attaquant notamment aux financements de l’organisation terroriste. Pourtant, d’après les révélations de Mediapart, l’un de ses anciens candidats et fervent soutien est également l’un des dirigeants du groupe Lafarge, qui aurait collaboré avec l’Etat islamique du printemps 2013 à septembre 2014, achetant du pétrole et payant des passe-droits, afin de maintenir l’activité sur son site de Jalabiya, situé au nord d’Alep. Bref, quand une multinationale française finance le terrorisme. Une affaire, impliquant cet homme d’affaire frontiste, qui montre que le FN n’est définitivement ni l’ennemi des grands patrons, ni celui de la finance, et ni celui du terrorisme.

Il s’appelle Jean-Claude Veillard. Celles et ceux qui ont suivi l’affaire dans laquelle est plongée l’entreprise LaFarge, révélée l’année dernière, ont déjà du rencontrer ce nom. C’est une enquête menée par le journal “Le Monde” et publiée le 21 juin 2016 qui a permis de faire éclater la coopération entre l’entreprise française Lafarge- numéro un mondial du ciment depuis sa fusion avec la multinationale suisse Holcim - et le groupe Etat Islamique. Comme le rappelle le dernier article publié par Mediapart ce mercredi 3 mai : “cette collaboration avait abouti à divers appuis financiers de Lafarge en faveur du groupe terroriste : achat de pétrole, dont la production était contrôlée par l’EI, fourniture de camions de ciment et paiement d’une taxe pour assurer le passage et la sécurité des employés de l’entreprise en Syrie.”
Ces faits ont depuis, en octobre 2016, été suivis de deux plaintes pour « financement d’entreprise terroriste », « complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », « mise en danger délibérée d’autrui », « exploitation abusive du travail d’autrui », « négligence » et « recel » La première a été initiée par les associations Sherpa et ECCHR, le 15 novembre 2016, tandis que la seconde a été lancée par le ministère français de l’Économie.

Quel rôle a joué Jean-Claude Veillard dans l’affaire ? L’homme est depuis son arrivée dans l’entreprise, en 2007-2008, l’un des « piliers du groupe Lafarge », avec ses 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Fier de son passé dans les forces spéciales, ex-capitaine de frégate ayant passé trente ans dans les commandos de marine, est mouillé depuis le début dans ce dossier accablant pour l’entreprise française. Des preuves viennent attester que lorsque Lafarge a fait le choix, d’entrer en négociation financière avec l’organisation terroriste pour pouvoir continuer ses affaires sur place et « assurer la sécurité de son personnel », Jean-Claude Veillard a été constamment informé de « chaque phase de la négociation avec les djihadistes ».

Le rôle joué dans l’affaire va plus loin que ça. Comme l’explique Mediapart, des témoignages et des preuves vont dans le sens d’accuser Lafarge d’avoir « sciemment mis en danger son personnel sur place dans le seul but de continuer à faire du profit  ». Plus précisément, « en tant que responsable de la sûreté du groupe, Jean-Claude Veillard n’ignorait rien des compromissions de Lafarge avec l’EI puisque toute la stratégie sécuritaire du groupe en Syrie reposait sur ses deals avec l’organisation terroriste. C’est lui qui, dans le cadre de ses fonctions, évaluait la menace en Syrie, supervisait directement le travail du gestionnaire des risques de la filiale syrienne et gérait les questions de sécurité les plus délicates qui dépendaient des relations – y compris financières – nouées avec les groupes armées présents autour de l’usine de Jalabiya, dont l’EI. »

Lorsque en septembre 2014, l’EI a fini par attaquer et reprendre l’usine, Veillard était chargé du rapatriement des salariés. Il semblerait que cette évacuation se soit très mal passée. Le responsable ? Jean-Claude Veillard.

Mis à part financer Daesh quelle était l’autre activité centrale dans l’agenda de Veillard à la même période ? Soutenir et même militer pour le compte de Front National comme candidat aux municipales de mars 2014 à Paris. Il était alors placé cinquième sur la liste du candidat du Rassemblement Bleu Marine, Wallerand de Saint-Just, qui est actuellement le trésorier de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Aujourd’hui, le PDG de Lafarge, Eric Olsen, a donné sa démission et Veillard, au cœur de l’affaire, est aussi sur la sellette.

Ces liens entre le FN et le terrorisme viennent mettre à jour le vrai visage du front national : celui d’un parti d’extrême droite qui loin d’être le « parti du peuple » est composé d’un ensemble de militants, de cadres, de politiciens, proche des grands patrons, des grandes entreprises et agents de l’impérialisme français au Moyen-Orient.

 « Depuis dix ans, sous les gouvernements de droite et de gauche, tout a été fait pour que nous “perdions” la guerre contre le terrorisme  ». Y compris financer l’EI. Ces propos de Marine Le Pen sont à l’image de la ligne qu’elle soutient, d’autant plus depuis les attentats qui ont touché la France. Marine Le Pen amalgame à chacune de ses apparitions, dans chacune des interventions, l’immigration, l’islamisme et le terrorisme dans des propos sans ambiguïté et d’une violence toujours assumée : « Derrière l’immigration massive, il y a le terrorisme, derrière l’immigration massive, il y a l’islamisme ». Et ceci pour ne jamais avoir un seul mot sur l’impérialisme français – les regrettables attentats en étant pourtant le résultat indirect. Pourquoi n’a-t-on jamais entendu le FN condamner les tractations de l’entreprise Lafarge ? Les frappes aériennes en Syrie ? Parce que le projet de Marine Le Pen est un projet réactionnaire, nationaliste, raciste, bâti sur des mensonges, l’argent et des complicités meurtrières.

Crédit photo : Franck FIFE / AFP




Mots-clés

Daesh   /    FN