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Affaire Las Vegas : Pénicaud s’enfonce toujours

Pas de repos pour Pénicaud. L’ancienne présidente de l’agence Business France et (encore) actuelle ministre du travail voit son dossier s’alourdir dans l’affaire Las Vegas depuis la découverte d’e-mail contentieux, et du fait de sa déclaration tronquée. La liste des chefs d’accusation ne devrait pas tarder à s’allonger.

Maly Drazkami

Previously on « Illégalisme et corruption »

L’affaire a pour épicentre la soirée French Tech Night se tenant à Las Vegas en janvier 2016 en présence et en l’honneur de Macron, alors ministre de l’économie, et à la gloire de ses chères start-ups. Or, c’est l’agence Business France, établissement public à caractère industriel et commercial, avec pour directrice Muriel Pénicaud, qui a la charge d’organiser l’événement. Petit couac : le projet est directement attribué à Havas, société du groupe Bolloré, par Pénicaud, sans qu’aucun appel d’offre n’ait été lancé.

Au-delà de l’indécence du montant versé par l’agence étatique pour offrir hôtel de luxe et petits fours au gratin de la finance (382 000€), l’organisation frauduleuse de cette soirée met en cause Muriel Pénicaud pour « délit de favoritisme, complicité et recel de favoritisme ». De nombreux autres « dysfonctionnements » entourent cette absence d’appel d’offre, notamment à propos des transactions financières de Business France à Havas.

Une première transaction irrégulière est versée à Havas en décembre 2015. Pénicaud commande un audit au cabinet EY en février, qu’elle ne remet pas au conseil d’administration en décembre 2016. Mais est néanmoins demandé de faire continuer, discrètement, la transaction à Havas. Le contrôleur général économique et financier refusant de signer le protocole avec Havas aux vues des irrégularités, l’IGF (l’Inspection Générale des Finances) est saisie. L’enquête est donc lancée, ce qui mène à la (perquisition le 20 juin des bureaux de Business France et de Havas→ http://www.revolutionpermanente.fr/Soiree-Macron-a-Las-Vegas-perquisition-chez-Havas-groupe-Bollore-et-Business-France ).

Et maintenant : tentative de dissimulations

Le problème est donc bien que Muriel Pénicaud, qui était donc en possession dès juillet 2016 du rapport d’EY d’une soixantaine de page n’a informé le conseil d’administration que fin décembre. Et l’information s’est limité à une synthèse de quelques lignes enjolivant la situation et tronquant le rapport d’EY. Selon Libération, le rapport témoignait en effet que « la mise en concurrence n’a pas eu lieu concomitamment entre les trois prestataires contactés », « le périmètre du marché à propos duquel les trois fournisseurs ont été consultés a semble-t-il été modifié », « il n’y a eu aucun bon de commande, aucun devis réalisé, aucun contrat signé, aucune facture », l’affaire pouvant alors « engager la responsabilité pénale (délit de favoritisme) des auteurs ». Analyses que Pénicaud a dissimulé au conseil, ce qui est embarrassant pour sa défense qui reposait sur le fait que c’est elle-même qui avait commandé cet audit.

L’autre partie de sa défense consiste à dire qu’elle n’a été au courant que bien plus tard des irrégularités que comportaient l’organisation de la soirée et des transactions. Ce qui est très largement mis en doute par le mail révélé par le JDD, envoyé en décembre 2015 par la directrice de communication de Business France, Fabienne Bothy-Chesneau, à son adjointe indiquant : « Muriel, briefée par nos soins, ne fait rien. Donc elle gérera aussi quand la Cour des comptes demandera des comptes à Business France, ce ne sera pas faute d’avoir dit et redit. »

De la difficulté d’être exemplaire lorsqu’on ne l’est pas

Muriel Pénicaud pourrait donc être éjectée du gouvernement par cette affaire, puisque le mot d’ordre (très théoriquement) du nouveau gouvernement est un renouveau en « moralité politique ». Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a néanmoins tenu à protéger sa collègue en estimant que « c’est à l’enquête » de trancher. Et de donner quelques conseils aux médias : « Avant de montrer du doigt tel ou tel qui serait en responsabilité, je vous invite à ne pas chercher à affaiblir […] tel ou tel. Parce que, vous avez raison, on est dans un moment important pour la ministre du Travail », celle-ci étant en effet en charge de la destruction du droit des travailleurs.

Si c’est principalement sur le cas de Pénicaud que se focalise les autorités, elle n’est néanmoins pas la seule à avoir un rôle « pas très net » dans l’histoire. Bien qu’elle ait tenté de disculper Macron en affirmant qu’il n’avait eu aucun lien avec l’organisation de l’événement, des mails ont révélé que son cabinet avait influé sur le choix de l’hôtel et sur les modalités de la soirée. Ce qui est assez opportun lorsqu’il s’agit de rencontrer foules d’entrepreneurs et de possibles financeurs avant de commencer sa campagne présidentielle.

Mais comme elle le déclarait plus tôt dans la semaine à Libération, cette accusation est une « blague ». Ce qui nous fait rire – un peu jaune tout de même – c’est en tout cas de voir le peu d’inquiétude que la ministre du Travail a face à ses accusations. Mais en même temps comment être inquiète quand l’exemple a bien montré que ses petits camarades étaient toujours relaxé dans les affaires de corruption, de détournement de fonds publics, de fausses déclarations, d’évasions fiscales, etc...




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