Société

Une justice à deux vitesses

Affaire Neyret : le commissaire corrompu n’aura fait que 8 mois pour avoir collaboré avec la mafia lyonnaise

Publié le 5 juillet 2016

Il y a des moments où la justice bourgeoise révèle sa vraie nature de manière plus flagrante qu’à d’autres. Elle vient à nouveau de nous en donner une idée avec le rendu du jugement contre le commissaire Neyret, accusé d’avoir étroitement collaboré avec la mafia lyonnaise en échange de cadeaux et de colossales sommes d’argent illicites. Pour de tels services rendus, il aura finalement fait 8 mois de prison ferme seulement.

Léo Serge

Rappelons tout d’abord les faits reprochés – et prouvés – au commissaire Neyret, cette « légende » avec trente-deux ans de carrière derrière lui dont une vingtaine passée à la tête de la brigade antigang de Lyon. Michel Neyret est adulé par ses équipes et ses supérieurs. Son affaire est donc exemplaire, pour lui, mais aussi pour ses hommes et pour sa hiérarchie qui l’avait même décoré de la Légion d’honneur pour ses résultats, préférant ne rien voir jusqu’à sa chute.

Les faits expliquant sa chute ? Trois fois rien : il a fourni des informations confidentielles à la mafia lyonnaise en échange des cadeaux et de sommes importantes d’argent liquide. Il prélevait aussi sa dîme sur la came pour rétribuer ses indics… L’homme roulait par ailleurs en voiture de luxe. S’il avait su être plus discret, il aurait peut-être coulé une retraite agréable comme tant d’autres commissaires et officiers de police corrompus de ce pays.

Sa condamnation ? Exactement celle demandée par le procureur, à savoir 30 mois de prison ferme. Ni plus ni moins. Comme l’ancien commissaire a déjà fait 8 mois en préventive, il peut désormais sortir de prison, en demandant un réaménagement pour le reste de sa peine.

Nous revient alors en tête la chanson de Noir Désir, Fin de siècle : « On aura tout compris. Même les shérifs ceux qu’on achète. On les distingue mal des bandits. »

Oui, un flic est avant tout quelqu’un qu’on achète. Pas exactement comme n’importe quel autre salarié car il n’a pas exactement le même pouvoir sur la société. Il faudrait faire cette longue liste des grands policiers corrompus ou ex-bandits. Comme Eugène-François Vidocq, forçat évadé du bagne, qui devient chef de la « brigade de sûreté » avant de créer sa propre entreprise : « Bureau de renseignements pour le commerce ».

Depuis la Révolution française qui fit naître des Vidocq, beaucoup de choses ont certes changé, mais le rôle de la police est resté fondamentalement le même. Ce n’est pas Charles Pasqua ni le SAC, ni Sarkozy ni Valls qui démentiraient. Et ce n’est pas le commissaire Neyret et ses supérieurs qui nous diraient l’inverse…

« Je suis soulagé, c’est une parenthèse de cinq ans de ma vie qui s’est refermée aujourd’hui », a déclaré l’ex-commissaire à l’issue du jugement. Une parenthèse avant de continuer le même genre de travail dans le privé, comme ce commissaire des renseignements généraux qu’on voit dans Merci Patron ?

Rappelons enfin que Neyret n’était évidemment pas seul. Six autres personnes comparaissaient dont sa femme, condamnée à 8 mois de prison avec sursis. Le capitaine Jean-Paul Marty a été, lui, condamné à 3 mois de prison avec sursis et avec non-inscription au casier judiciaire. Les indics ont pris des peines plus fortes. Des peines qui se veulent exemplaires mais qui ne sont rien pas rapport aux condamnations subies par les militants contre la « loi travail ». Une justice à plusieurs vitesses, comme à son ordinaire, et une couverture médiatique quasiment nulle. Un épisode de plus qui nous rappelle ce que sont la police et la justice, qui elles servent et avec quelles méthodes.