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Politique

La "moralisation" de la vie politique...

Affaire Richard Ferrand : Vous avez dit renouvellement de la vie politique ?

Pour l’heure, Macron était le maitre du temps. Tel un horloger, il imposait son calendrier, manœuvrait en jouant la carte du « renouvellement ». Pire, il infligeait défaite sur défaite à toute l’ancienne classe politicienne, prise dans le tourbillon de la crise organique. Mais… Un premier grain de sable s’est glissé dans l’horlogerie.

A peine cicatrisée que la plaie de l’affaire Fillon se ré-ouvre toute ensanglantée. L’opération de « renouvellement démocratique », qui vise à enterrer l’ancienne classe politicienne par l’avènement de la « société civile », n’aura pas mis longtemps à se dévoiler. Le mélange des genres dans l’affaire Richard Ferrand, puis les soupçons d’emplois fictifs de Marielle De Sarnez touchent deux ministres du premier gouvernement Macron, tandis que nombre de candidat En Marche issus de la « société civile » sont sous le coup de scandales à répétition.

Et on a presque l’impression de voir l’histoire se répéter. Il arrive ce qu’il y a de pire pour un politicien professionnel à savoir le feuilletonnage de l’affaire. D’abord le Canard Enchainé qui déclenche la première estocade, Mediapart dans la foulée, puis la grande presse qui relaye pour se saisir de l’audience autour de telles affaires. Cette fois-ci, même les médias mainstream, particulièrement avares pendant la campagne présidentielle, se mettent à enquêter. C’est notamment le cas du journal Le Monde qui, semble-t-il, est en train de voir le vent tourner alors que la presse est particulièrement malmenée depuis l’avènement de l’ère Macron.

Cependant, l’affaire Fillon est déjà passée par là. Alors même que l’affaire Ferrand semble pour le moment être une petite affaire Fillon, elle frappe de plein fouet et de façon accélérée un gouvernement en pleine campagne législative. Ainsi on parle déjà de couper des têtes, 70% de la population estimant que Ferrand doit démissionner, tandis que l’on assiste à une défense du gouvernement bis-repetita de la stratégie de défense de Fillon. Dès lors, la mayonnaise pourrait vite monter, même si pour l’heure seulement quelques sièges parlementaires pourraient être le prix à payer.

Pourtant à la différence de l’affaire Fillon, où les emplois fictifs et l’argent publique payés par le contribuable en avaient été le cœur, ce qui est mis en exergue cette fois-ci, ce sont les bonnes vieilles combines qui ont fait chuter et vaciller, il y a une vingtaine d’années, nombre de dirigeants du PS. C’était autour de la Mutuelle nationale des étudiants de France, la MNEF, que Jean-Christophe Cambadélis, Jean-Marie Le Guen et Dominique Strauss-Kahn, ministre l’Économie et des Finances sous Jospin, avaient été condamnés.

Le futur premier secrétaire du PS sera condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis et 20 000 euros d’amendes pour emploi fictif. Jean-Marie Le Guen sera mis en examen pour emploi présumé fictif. C’est finalement un non-lieu pour insuffisance de charges qui sera prononcé. Pour sa part, DSK avait perçu en tant que conseiller de la MNEF 603 000 francs d’honoraires en février 1997. Pour se défendre de tout emploi fictif, il produira des documents antidatés. Une fois la supercherie découverte, il dut démissionner de Bercy en novembre 1999 puis sera finalement relaxé en 2001.

En un sens, plus que les affaires concernant la « société civile », qui commencent à toucher certains candidats En Marche, c’est le retour des vieilles combines au sein même du « renouvellement » opéré par En Marche qui font taches. En effet, les ressemblances entre l’affaire de la MNEF et l’affaire Ferrand sont pour le moins troublantes. Les Mutuelles de Bretagne sont elles aussi une mission de délégation de service public. En ce sens, bien que ce ne soit pas directement de l’argent public, les fonds sont collectés en vue d’assurer une mission de service public. Dès lors, après le parquet de Brest, le Parquet National Financier pourrait bien devoir être forcé à enquêter.

Ainsi, l’affaire Richard Ferrand pourrait bien ouvrir la première crise gouvernementale, même si, pour l’heure, les dégâts touchent plus particulièrement Richard Ferrand, et que la digue tient. Par ailleurs, Macron maintiendra sa position tant que Richard Ferrand ne sera pas mis en examen, car l’enjeu dépasse largement le cas de Ferrand. « Avec 50% de ministres et de candidats issus de la société civile, donc qui ont cherché dans une vie antérieure à développer leur boite et à gagner de l’argent, le risque que ce type d’affaire se multiplie est réel. Il ne peut pas lâcher ses mecs à chaque papier dans le Canard ou ouverture d’une enquête préliminaire, cela créerait une jurisprudence », affirme un proche de Macron.

Dès lors, l’opération cosmétique de Macron pour maquiller l’ancien monde au travers de la « société civile » pourrait bien ne pas faire long feu. Renommer le projet de « moralisation de la vie politique », en projet « pour la confiance dans la vie démocratique » comme l’a présenté Bayrou semble bien ne pas suffire. Une première reculade donc pour éviter notamment « de laisser penser qu’on va régler les problèmes de morale individuelle », une référence claire à l’affaire Ferrand. La supercherie est d’autant plus grande que selon le journal L’opinion, les nouvelles règles annoncées par Bayrou n’auraient pas empêchés Richard Ferrand d’être ministre...




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