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Politique

Ex-filloniste

Affaire Urvoas : le député macroniste Solère bientôt dans la tourmente ?

L’affaire a été une nouvelle fois révélée par « le Canard enchaîné ». Le député macroniste Thierry Solère, ex-soutien de Fillon, a été le destinataire en mai 2017 d’une note judiciaire censée être « confidentielle » transmise par Jean-Jacques Urvoas, ancien garde des sceaux en exercice. La note contenait des informations sensibles sur l’enquête visant le député pour fraude fiscale. Urvoas, l’ancien homme de main de Hollande, est passible de la Cour de justice de la République.

Tous les projecteurs sont braqués sur Urvoas. L’affaire, qui implique l’ancien garde des sceaux, tout nouveau retraité de la politique, et ancien homme de main de Hollande, met en lumière une nouvelle fois des pratiques courantes qui existent entre les hautes sphères de l’Etat et la justice à son service.

Dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle, le député macroniste Thierry Solère, à l’époque toujours membre du parti Les Républicains, a reçu par l’intermédiaire de la messagerie cryptée Telegram, une note de la Direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) sur l’état d’avancement d’une enquête ouverte pour fraude fiscale le visant. Le député macroniste était soupçonné, notamment, d’avoir « omis » de régler une partie de ses impôts sur les revenus touchés entre 2010 et 2013. La DACG est la principale direction du ministère de la justice, vers laquelle remontent toutes les informations sur les dossiers.

La ligne de défense de l’ancien porte-parole François Fillon vise à relativiser la gravité des faits. Selon ses avocats, la note dont il a été le destinataire, découverte dans son portable lors d’une perquisition à son domicile en juin dernier, ne faisait que confirmer « de manière neutre et objective […] l’existence du contenu de l’enquête en cours, d’ores et déjà rendu publique ». De la sorte, la réalité du message transmis par l’ancien garde des sceaux est admis. C’est le caractère sensible de l’information que tente de Solère et ses avocats comptent mettre en cause.

Pourtant, selon Mediapart, c’est suite au message transmis par le ministre de la justice de l’époque Urvoas que Solère a pu obtenir en mai dernier la confirmation officielle que l’enquête préliminaire le visant avait changé d’objet. L’enquête qui le visait pour « fraude fiscale » a été requalifié pour porter sur des soupçons de « corruption », « trafic d’influence » et « recel d’abus de biens sociaux ». Au-delà, même du conflit d’intérêts, c’est une information qui illustre un changement de dimension de l’affaire passible de dix ans d’emprisonnement, contre cinq pour la « fraude fiscale ».

Plus que Urvoas, dont la retraite politique est actée, l’affaire pourrait faire tâche d’huile sur le gouvernement. En effet, cette affaire pourrait bousculer son calendrier concernant une réforme de la justice qu’il comptait mener au printemps avec trois lois. Mais plus inquiétant, l’affaire pourrait aussi rouvrir les fillonneries et autre conflits d’intérêt qui concernent Solère. Selon Mediapart, le député macroniste a servi de multiples intérêts privés en parallèle de son mandat parlementaire. Salarié de l’entreprise Chimirec, spécialisée dans la collecte de déchets, il avait signé un amendement favorable à l’entreprise qu’il conseillait, qui visait à exonérer de certaines taxes les camions collectant des déchets industriels dangereux.

Pour l’heure, médiatiquement, Thierry Solère est peu éclaboussé par l’affaire. Or les conflits d’intérêts du tout nouveau député de La République En Marche, et ancien potentiel ministrable de Macron, a de pourrait rejaillir. Après l’affaire des questeurs, poste que Thierry Solère a voulu gardé envers et contre tout, rejaillissant y compris sur Macron, c’est encore un nouveau signal qui démontre que l’ancien monde est toujours là et bien là. Peut-être une nouvelle épine dans le pied de Macron ?




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