^

Société

Sans eau ni nourriture

Affrontements entre des migrants à Calais : la répression, seule réponse du gouvernement

Après les affrontements entre migrants qui ont eu lieu jeudi à Calais, le gouvernement, sûrement dans le but d’améliorer les conditions de vie des migrants, choisit d’accélérer sur la voie de la répression et maintient sa politique visant à les priver du minimum vital.

Photo : Jungle de Calais, le 1er mars 2016. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Jeudi, à Calais, ont éclaté des rixes entre des migrants qui ont fait autour de vingt blessés dont quatre par armes à feu. Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, n’a pas perdu une seconde pour se rendre sur place et y dénoncer « un degré de violence jamais connu ». Qu’il s’agisse d’un cas de violence extrême est incontestable, pour autant, ces actes de violence sont aussi à mettre en parallèle avec les violences policières que subissent les migrants au quotidien, un migrant a perdu un œil la semaine dernière, et l’état de misère extrême dans lequel le gouvernement les maintient.

Les affrontements ont éclaté à différents endroits, notamment au moment d’une distribution de nourriture. Les témoins rapportent l’attaque d’une centaine d’Érythréens armés de bâtons contre un groupe d’Afghans ainsi que, comme le précisent des associations locales, dans d’autres endroits, des possibles règlements de compte entre passeurs. Ce n’est pas la première fois que des violences entre migrants se produisent. Étant donné le climat qui règnent aux alentours de Calais où les migrants sont pris en étau entre les pressions quotidiennes de la police, et les violences des passeurs qui tentent de faire de l’argent avec la misère. Certains grands médias ont pu présenter les conflits entre Érythréens et Afghans comme un conflit « ethnique ». La bourgeoisie a toujours tendance à dresser ce constat que les pauvres et parmi eux, les pauvres non-blancs, sont violents par nature là où ceux-ci devraient prendre exemple sur le chaleureux vivre-ensemble des nantis. Gageons qu’une bagarre engageant des Européens ou des Nord-Américains n’aurait pas été analysée de cette façon.

L’extrême indigence dans laquelle vivent les 800 migrants à Calais a amené l’ONU à condamner la France récemment, l’accès à des points d’eau n’étant même pas garanti. Les migrants doivent mener une lutte constante pour leur survie que ce soit en termes de nourriture, d’abri ou de sécurité.
Dans cette situation de misère, des violences ne peuvent qu’éclater. L’intervention de Gérard Collomb instrumentalise ces affrontements afin d’augmenter la présence policière sur Calais. Les passeurs, qu’il accuse d’être une source de la violence, ne peuvent exister que parce que le gouvernement choisit une politique répressive et de laisser dans la misère la plus totale les personnes migrantes. Le ministre a osé déclarer que « Chacun est accueilli. Ceux qui sont ici veulent rester comme des clandestins, ce n’est pas possible ». Pourtant, personne n’est dupe, si les migrants sont hébergés dans les centres prévus à cet effet, ils seront fichés, comme le veut la circulaire que Collomb a mise en place et, conformément aux règlements Dublin, renvoyés dans le premier pays européen où ils sont arrivés.

L’intervention du ministre prouve avant tout la volonté de l’État de continuer à réprimer durement et de sauter sur toutes les occasions, pour s’en légitimer. Il est plus commode pour Macron de mobiliser la police que de mettre en place un accueil décent pour les migrants. Pas besoin du FN pour mener une politique d’extrême-droite. Après les avoir laissé vivre dans des conditions inhumaines pendant des années sans autre aide réelle que celle apportée par les associations, qui sont par ailleurs elles-mêmes criminalisées et réprimées, il est de bon ton de braquer les projecteurs sur la brutalité des migrants.

Si Collomb veut « réaffirmer [leur] mobilisation face aux passeurs qui nourrissent quotidiennement violences et rixes », nous réaffirmons que la violence principale que subissent les migrants et qui créent des tensions extrêmes à Calais, c’est bien la politique répressive de Macron, de Collomb, et de leur bras armé.




Mots-clés

Calais   /    Violences policières   /    Immigration   /    Répression   /    Société