Monde

#FeesMustFall2016. Le combat pour la gratuité de l’éducation

Afrique du Sud. Les étudiants à nouveau dans la rue

Publié le 23 septembre 2016

En Afrique du Sud, l’annonce de la hausse des frais de scolarité à l’université a suscité à nouveau la réaction du mouvement étudiant. Les étudiants exigent la gratuité de l’éducation universitaire.

Diego Sacchi

Lorsque lundi dernier le ministre de l’Education d’Afrique du Sud, Blade Nzimande, a annoncé la probable hausse des frais de scolarité à l’université, l’étincelle s’est à nouveau allumée chez les étudiants. Nzimande a autorisé les universités du pays à augmenter jusqu’à 8% les frais de scolarité payés par les étudiants. Il a présenté cette hausse comme une mesure gouvernementale qui a comme objectif d’éviter les augmentations abusives. Mais depuis un moment les étudiants réclament que « les frais doivent baisser » (#FeesMustFall est le slogan du mouvement). Ils estiment que les explications et l’attitude du gouvernement sont la preuve du refus du gouvernement d’apporter une réponse à la revendication d’éducation gratuite.

Quelques heures après les annonces, les manifestations étudiantes qui s’étaient mises en veille en raison de la répression et sanctions aux militants depuis le dernier mouvement, a émergé à nouveau. Occupations de campus et bâtiments universitaires, blocages de routes et d’accès se sont étendus tout au long des principaux lieux d’études du pays. Les étudiants de l’Université du Cap, de Witwatersrand, de Pretoria, de KwaZulu-Natal, de Free State, de Stellenbosch, l’Université Métropolitaine Nelson Mandela, l’Université technologique de Tshwane et l’Université du Nordeste ont manifesté mardi dernier.

A l’Université de Witwatersrand à Johannesburg, l’un des épicentres des mobilisations, 31 étudiants ont été arrêtés pendant qu’ils tentaient de bloquer les accès au campus central et un autre groupe qui bloquait la circulation a été dispersé à coup de balles en caoutchouc.

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#FeesMustFall et la revendication d’une éducation gratuite

Les assemblées et conseils étudiants au sein des universités demandent à ce que soit suspendu la hausse des frais pour 2017 jusqu’à ce que le gouvernement déclare la gratuité de l’université. Les étudiants assurent qu’ils ne permettront pas la reprise de cours jusqu’à ce que le ministre revienne sur sa position.

Fin 2015, la plus grosse mobilisation étudiante depuis la fin de l’apartheid, a amené le gouvernement à rejeter son plan d’augmenter les frais de scolarité de 6%.

Avec ce précédent encore dans l’esprit des étudiants, le Ministère de l’Education et les responsables de plusieurs universités ont prévenu du risque de banqueroute si, à défaut d’obtenir l’augmentation des frais de scolarité, le gouvernement ne versait pas plus d’argent dans leur compte. Cet avertissement agit comme un chantage contre la revendication des étudiants en cherchant à retourner des enseignants, des travailleurs des universités et des étudiants qui estiment menacée la continuité de leur carrière. Mais la force avec laquelle les manifestations ont démarré semble indiquer que pour le gouvernement il ne sera pas facile de faire fléchir le mouvement.

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Une jeunesse qui se soulève contre l’héritage de l’Apartheid

Le mouvement étudiant d’Afrique du Sud ne se mobilise pas uniquement pour l’accès gratuit à l’université. Avec le mouvement « #FeesMustFall2016 », a surgit la campagne et la mobilisation « #RhodesMustFall », qui avait comme objectif de retirer la statue de Cecil John Rhodes (un patron colonialiste et défenseur de l’impérialisme britannique) de l’esplanade de l’Université du Cap (UCT), l’une des plus prestigieuses du pays. Le mouvement s’est étendu à d’autres universités et a représenté une bataille contre ce que les étudiants voient comme une continuité de l’Apartheid au sein même des universités, à savoir les différences en ce qui concerne l’accès et la possibilité de continuer des études entre étudiants noirs et blancs.

Cette lutte de la jeunesse contre les inégalités et le racisme est toujours d’actualité à plus de deux décennies de la fin de l’Apartheid et elle ne se centre pas seulement dans les universités. Au début du mois de septembre, la revendication d’une jeune noire de 13 ans a eu comme conséquence le surgissement d’un mouvement contre les règlements racistes au sein des écoles et lycées, dans plusieurs régions du pays.

Plusieurs décennies après que l’ANC, avec Nelson Mandela à sa tête, ait réussi à éviter la chute du régime colonialiste, la promesse d’une république multiraciale et d’égalité sociale et économique entre blancs et noirs après la chute de l’Apartheid disparaissent face à la discrimination et aux inégalités dont les noirs en sont les premiers touchés en Afrique du Sud.

Les actions des étudiants sont l’expression d’une insatisfaction nationale beaucoup plus large au sujet de la politique du gouvernement de l’ANC qui, loin d’obtenir des droits égaux pour tout le monde, n’a bénéficié qu’à une petite élite noire qui agit comme gérant les business des multinationales

Trad. LV