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Politique

Débat télévisé

Agressif et médiocre, le match Le Pen-Macron vu par la presse étrangère

Les superlatifs et les analogies guerrières ne manquent pas dans les articles des grands quotidiens étrangers pour qualifier les échanges musclés sur le plateau de France 2 et TF1 entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron.

Un échange aux allures de guerre ouverte

Dès le début, Marine Le Pen a donné le ton : démolir Macron comme le candidat soumis et complice de Bruxelles et des grands patrons, en essayant par tous les moyens de le pousser au dérapage, à la crise de nerfs, mais en vain. Si le candidat d’En marche ! n’a pas brillé par sa prestation, restant plus sur la défensive, et tentant de se poser comme rassembleur, les sondages à l’issu de ce débat lui sont toujours favorables, si ce n’est plus. Mais la teneur de ce face à face semble marquer un tournant dans l’exercice du débat télévisé, ce qui n’a pas échappé à El Mundo, qui affirme : « cette vieille cérémonie républicaine, où le respect et l’intelligence des deux candidats sont censés s’exprimer, a peut-être été avilie pour toujours ». Et le journal helvétique Le Temps de titrer que mercredi soir marqua le débat « le plus violent de la Ve République ». Finie, donc, l’image de la France de Descartes et des Lumières où triomphent la raison et l’intelligence, la « sobriété » et la « mesure » soulignées par TheWashington Post. C’est bien à un show à l’américaine que se sont prêtés les candidats, rappelant les joutes verbales cinglantes de Trump et Clinton, où tous les coups bas, même les attaques personnelles, sont permis, quitte à reléguer les questions de programme au second plan. The Washington Post affirme ainsi que « malgré les enjeux, ce débat a rarement atteint la hauteur et la qualité rhétorique qui caractérise d’habitude en France la parole politique. Ce débat ressemblait aux échanges entre Hillary Clinton et Donald Trump ». Et le Zeit allant jusqu’à écrire que « Le Pen a fait du Trump ». Car, en effet, ce qui a marqué les esprits, c’est surtout le niveau d’agressivité de la candidate frontiste entre piques et gros dossiers, d’ailleurs bien évidence sur la table, qui ne lui a pas évité certaines confusions et quelques mensonges (en particulier son revirement sur l’âge de départ à la retraite). Macron, bien entendu, ne fut pas en reste, essayant de décrédibiliser son adversaire en mettant en évidence la dangerosité et l’irréalisme du programme frontiste. The New York Times relève ainsi que « c’était un cas de combat verbal violent : les deux ont été agressifs, se coupant la parole, remuant les poings, pointant du doigt, laissant les modérateurs perplexes et impuissants ».

Mondialisme contre nationalisme

Ce fut donc pour la presse internationale le choc de deux visions, deux paradigmes : celui d’un libéralisme pro-européen (l’Europe du capital, bien entendu) contre un nationalisme identitaire prônant le patriotisme économique. Un correspond de la BBC a ainsi déclaré que cette rixe entre candidats « diamétralement opposés » a permis de rendre « un grand service » puisque « les débatteurs ont mis à nu, dans toute sa nouveauté rigide, la grande division de notre époque : non pas entre la gauche et la droite, mais entre la nation et le monde ». Une analyse qui touche du doigt le nouvel "antagonisme" que souhaitent voir s’établir les classes dominantes dans le débat politique, car "la nation" contre "le monde" permet d’évincer l’antagonisme de classe qui structure la société capitaliste, et dont Marine Le Pen et Emmanuel Macron sont deux pourfendeurs. Macron semble toutefois avoir plus séduit. Ainsi le Soir, journal belge, affirme que « Macron a tenté de dérouler son programme, maîtrisant ses dossiers, mais incapable de rendre ses propositions totalement audibles dans un débat très peu tenu par les deux arbitres », dans un article adroitement nommé « le bulldozer contre le professeur ». En Espagne, El Mundo y a vu « un spectacle honteux, [où] Macron est apparu comme un mal mineur et Le Pen un mal majeur ». Pour El Pais, il s’agit d’un « combat anormal, asymétrique, de l’escrime contre du catch, un fleuret contre un marteau, des arguments contre de l’affect ». La hargne de Marine Le Pen et ses hésitations maladroites, en particulier sur l’euro, ont ainsi pris l’allure d’une stratégie de la dernière chance qui, en définitive, a échoué. De l’aveu même des militants frontistes et de Jean Marie Le Pen, Marine n’a pas était à la hauteur, ce qui a décrédibilisé le parti. Cette rhétorique ultra agressive a alors permis à Macron de se démarquer, mais bien par défaut, donnant aux spectateurs un sentiment d’ « amertume démocratique » comme l’écrit Le Temps. Surtout, ce débat n’aura pas permis à Emmanuel Macron de convaincre de la nécessité d’un Front Républicain face au FN. Un débat raté de ce point de vue, puisque le "Ni-Ni", en dernière instance, ressort avec d’autant plus de force comme une réelle alternative politique.




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