Politique

Auto-radicalisation sur fond de montée de l’antisémitisme et d’islamophobie

Agression antisémite à Marseille : Quand la jeunesse se trompe de colère...

Publié le 12 janvier 2016

Yano lesage

Marseille, quartier du 9ème arrondissement. Il est 9h quand Benjamin Amsellem, enseignant, se rend sur son lieu de travail, l’Institut franco-hébraïque de Marseille. Sur le chemin, il se fait attaquer au couteau. Son agresseur, un lycéen de 15 ans, l’aurait frappé au dos et à la main dans l’objectif de le tuer. Interpellé par la police, l’auteur de l’agression a revendiqué le caractère antisémite de son acte et a dit avoir agi au nom de « l’Etat Islamique ». L’expertise psychiatrique ne fait état d’aucun déséquilibre mental : le mineur lycéen aurait agit en toute lucidité et en pleine conscience de ses actes.

Un acte antisémite dans un climat de montée des tensions entre les communautés

Le caractère antisémite de l’agression ne fait pas l’ombre d’un doute. Elle est révélatrice, tout comme les attentats contre l’hyper-casher de janvier dernier, d’une véritable montée de la haine à l’encontre des personnes de confessions juives. Un acte de haine antisémite que nous condamnons fermement.

Depuis plusieurs années, un antisémitisme latent se diffuse au sein des quartiers populaires et en particulier parmi les populations de confessions musulmanes. Cet antisémitisme ne tient pas tant de l’importation de la question israélo-palestinienne sur le sol français que de sa manipulation. Que ce soit Dieudonné et de Soral, mais aussi des propagandistes de l’EI qui profitent de la toile pour diffuser leurs idées nauséabondes, ces derniers dessinent un trait d’union entre position anti-sioniste et antisémitisme . L’objectif, in fine, est d’utiliser la fracture sociale qui s’était clairement exprimée lors de la révoltes des banlieues de 2005 et auquel aucun gouvernement n’a jamais répondu si ce n’est pas “le karcher” de Sarko ou par la désillusion rapide en la présidence d’Hollande, pourtant appuyée en 2007 par de larges secteurs de la population et notamment de confession musulmane.

Ces types d’agression, tout comme la propagande djihadiste qui l’enveloppe, plutôt que de les affaiblir, donnent du grain à moudre aux organisations sionistes... pour accuser dans l’amalgame le plus total les musulmans d’êtres des antisémites, pour renforcer le climat d’islamophobie et de répression à l’encontre des personnes perçues comme “musulmanes”. L’un dans l’autre, l’objectif est de diviser les jeunes et les travailleurs sur des bases communautaires et non de classe. Pour cela, la lutte contre toutes les formes de racisme est priomordiale, et particulièrement au sein des secteurs les plus exploités de la populations, celles et ceux qui subissent en première ligne l’impérialisme et le racisme de l’Etat français.

A sa manière, le gouvernement français entretient également l’amalgame entre soutien à la politique d’Israël et lutte contre l’antisémitisme. La venue de Netanyhaou pour défiler le 11 janvier 2015 en commémoration des attentats, la défense de la politique coloniale d’Israël... Ces éléments de politique internationale s’ajoutent au deux-poids- deux mesures des réactions gouvernementales en ce qui concerne la condamnation des actes d’islamophobie et d’antisémitisme. La vague d’actes islamophobes qui a suivi les attentats de novembre dernier, les lynchages de musulmans, les mosquées vandalisées en Corse et ailleurs n’ont pas suscité des réactions à la hauteur de ce qui se met en place, depuis plusieurs années, autour des écoles et des lieux de cultes juifs.

Pis encore, les attentats de l’hyper-casher et aujourd’hui l’agression contre cet enseignant juif à Marseille donnent au gouvernement la latitude nécessaire pour réduire toute opposition à Israël et à la politique sioniste à un soutien à l’Etat Islamique. Loin d’en être à son premier amalgame, le gouvernement tente de tout résoudre par le sens de la formule : l’Etat Islamique s’attaque à l’Etat Français et à Israël, donc tout ce qui s’attaque à l’Etat français est à Israël est synonyme d’Etat Islamique, envoyant au panier toute critique refusant cette logique campiste.

Profil de l’agresseur : lycéen, 15 ans, bon élève, auto-radicalisé

Dans cette logique de camp contre camp, rien d’étonnant à voir n’importe quel forme de radicalité en épouser les contours. Parler « d’islamisation de la radicalité » comme le fait Olivier Roy s’avère très juste. Face à l’absence de perspectives politiques offertes à cette jeunesse et à sa colère, pour une partie de cette jeunesse de banlieue, la barbarie de Daesh apparaît comme la seule offre de radicalité disponible sur le « marché ». En définitive et c’est un bien triste constat, pour ce jeune qui en vient à s’auto-radicaliser sur internet, Daesh donne l’illusion d’être une forme d’expression et d’opposition radicale face à cette société de classe, au gouvernement et à la politique de l’Etat sioniste.

Au delà de l’évidente émotion d’un tel acte de folie et de haine et sans rien excuser, les « explications sociologiques » que M. Valls souhaite à tout prix faire taire, nous, nous les revendiquons. Et c’est en nous battant aujourd’hui contre tous les préjugés, les discriminations et les amalgames que nous pourrons mettre fin à ce genre d’actes terribles. Qu’elles soient antisémites ou islamophobes, notre camp social, jeunes et travailleurs, doit rejeter au loin ce genre d’attaques. C’est à lui aussi que revient de construire une véritable perspective face à l’alternative morbide entre les atrocités de Daesh et les crimes de l’Etat français ou sioniste.

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